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Lexique » Substantif féminin » Lèpre

Lèpre
Contribution de Elisabeth Féghali

Autres

Bref aperçu sur la lèpre au Moyen Age

S'il est vrai que le mot lèpre a pu désigner au Moyen Age toutes sortes de maladies, on sait à présent qu'elle a été mieux identifiée qu'on a pu le prétendre et, ce, grâce à des symptômes caractéristiques du stade avancé :

    • Faciès léonin
    • Nodosités
    • Insensibilité
    • Mutilations multiples des membres qui obligent à utiliser béquille et bâton
    • voix étrange bien différente de celle des biens portants


Les signes physiques de la maladie en font le châtiment même du péché.
Les lépreux inspirent l'horreur et la terreur : ils doivent s'équiper d'une crécelle afin de se faire entendre pour écarter les gens de leur passage et leur éviter la contagion. Ils vivent vraiment à part.

Comme toute maladie, elle fut perçue comme un châtiment divin, sorte d'ultime punition en réponse à  tout péché grave. C'était en fait le signe même de l'éloignement de Dieu.
Aux XIe et XIIe siècles, elle fut le symbole de l'humanité déchue, de l'impureté (lavée par le baptême).


Pénitents entourant un moribond
La "bonne mort" est le souci de chacun,
alors on prie et dit des messes pour le repos de l'âme.

Le malade, pauvre parmi les pauvres, dut faire face au mépris général. La société le rejetant, on note une indifférence totale à son égard. Se développent alors des maladreries. L'endémicité de 2 à 3 ‰, a été surévaluée en raison de son impact psychologique. Elle s'est estompée face à la peste et à la tuberculose, si bien que le XVe siècle ne garda en mémoire qu'un souvenir tardif des rituels d'exclusion.

La licorne, très précieuse au Moyen Age, l'était pour diverses raisons : son foie pulvérisé en poudre et mélangé à du jaune d'œuf combattait la lèpre ! Néanmoins son unique corne passait pour avoir un pouvoir de contrepoison universel. Ce que l'on vendait à prix fort élevé au Moyen Age sous le nom de corne de licorne, était en fait la défense du narval, encore appelée licorne de mer, dont on "touchait" les mets afin d'y déceler la présence d'une "éventuelle" substance vénéneuse. 

En littérature

Vers 1202, Jean Bodel d'Arras, alors atteint de la lèpre compose un poème de 540 vers, les Congés, avant de se retirer dans la  léproserie du Grand Val de Beaurains, près d'Arras où il mourra en 1209-1210.

Déjà célèbre, il se préparait à partir pour la quatrième croisade (octobre 1202). Les Congés sont certainement l'œuvre la plus originale de cet auteur. Il y fait ses adieux à sa ville natale et à ses amis, et demande aux plus influents d'entre eux de l'aider à obtenir un lit dans une léproserie. Il ressent très nettement l'exclusion due à la maladie :

            

"souvent vous m'aidiez avant que la mal dont on m'accuse [punition de Dieu] me sépare de votre compagnie". 

Il remercie ceux qui l'ont reçu "moitié sain, moitié pori".

Il loue les soins, passés (impuissance de la médecine !), prodigués par "Jouffroi le médecin" :

            

"Il dut se donner beaucoup de mal pour fermer les plaies de ma chair faite d'une si faible matière. Comment osa-t-il enlever les excroissances et inciser une tête qui était tout entière pourrie !".


Vers 1272 (année de sa mort), Baude Fastoul, autre Arrageois, réalise à son tour, dans les mêmes circonstances, et dans le même but (il se retire dans la léproserie du Grand Val de Beaurains, où il doit mourir), un long poème de 696 vers qu'il nomme également Congé : il s'inspire très nettement de son aîné Jean Bodel. La forme, quant à elle, est empruntée aux Vers de la Mort d'Hélinand de Froimont (cf. Citadelle N°1, article sur La Danse Macabre au cimetière des Saints-Innocents à Paris).
Il fait preuve de beaucoup d'imagination et n'épargne en rien son lecteur (humour macabre). Sa lèpre est alors à un stade très avancé et il décrit à ses contemporains sa monstruosité physique, signe de sa souffrance et de sa honte :

            

"Il n'est personne que ma vue ne dégoûte... c'est alors que mon corps tombe en pourriture : mais Dieu choisit de faire tomber les corps quand il veut élever l'âme qui a été nourrie dans l'ordure !".


Un peu plus tard (1276 ou 1280), c'est au tour d'Adam de la Halle, quittant Arras et encore sain de corps, de nous offrir ses Congés :

            

"Arras, Arras, ville de haine et de perfidie, qui jadis étiez toute noblesse..."

Le roi ladre

Amaury, roi de Jérusalem avait nommé Guillaume de Tyr chancelier et lui avait notamment confié l'éducation de son fils, le futur Baudouin IV. C'est ainsi que le futur archevêque de Tyr découvrit la terrible maladie dont fut atteint le jeune enfant dès l'âge de 9 ans. Voici ce que nous révèle sa Chronique1 :

            
"Li fil aus hauz homes de la terre qui estoient enfant reperoient entor cel enfant [c'est-à-dire se divertissaient ensemble] : Un jor avint que il se jooient ensemble tant quil se comencierent a esgratiner les mains et les bras par jeu [le jeu consistait à se pincer bras et mains]. Li autre enfant crioient quant len les blecoit Baudoins li filz le Roi nen disoit mot. Ceste chose avint par pluseurs foiz tant que ses mestres li arcediacres Guillaumes sen prist garde. Premierement cuida que li enfes le feist de vigueur et de proesce que il ne se deignast mie plaindre de ce que len le blecast; lors en parla a lui et li demanda porquoi il soffroit que len li feist mal et nen fesoit autre chiere. Il li respondi quil ne le blecoient pas et quil ne sentoit nul mal de lesgratineure. Lors regarda son mestre son braz et sa main et aperceut bien que il li estoit endormiz. Si neis quant il le mordoit il ne le blecoit mie. Lors ala au roi son pere et li dist. Li Rois i fist venir ses mires qui assez i mistrent emplastres et oignemenz ; poisons li donerent et autres medicines mes rien ne li valuerent ; car il estoit au comencement de la maladie [la lèpre] quil ot puis et qui mout se descovri quant il comenca a venir en aage dome ; de que les genz du roiaume avoient grant duel quant il le regardoient. Nequedent en senfance estoit il mout biaus vistes et aperz et chevauchoit tresbien mieuz que navoient fet si ancesseur. De tresbonne remembrance estoit ; letres savoit assez estoires retenoit et contoit mout volentiers. James nobliast un corrouz sen li feist et plus a enviz encore les bontez que len li fesoit. Tenanz estoit et avers. Son pere sembloit sur toute rien de vis et de cors daleure et de parole. Engin avoit et sens isnel et cler mes la parole avoit un pou empeschiee."
(L XXI, chp.1)

Notes :

1 "La Chronique" de Guillaume de Tyr est la plus importante de l'Orient latin. C'est celle où puisent tous les historiens qui écrivent sur le "Royaume de Jérusalem". Né en Palestine vers 1130, Guillaume de Tyr y revient après des études menées en Italie et en France. Conseiller d'Amaury Ier, roi de Jérusalem, il assura la régence de son fils Baudouin IV, fut chancelier du Royaume, puis archevêque de Tyr.

C'est en 1169 qu 'il entreprit d'écrire l'histoire de l'Orient latin, soit 23 livres, les quinze premiers consacrés aux événements s'écoulant jusqu'en 1142, les huit suivants relatant les faits de son temps.

Medieval Sourcebook: Guillame de Tyr (William of Tyre): Historia rerum in partibus transmarinis gestarum (La Chronique de Guillaume de Tyr, texte en ancien français)

Geneviève et René Métais en ont donneé une traduction intégrale aux Editions Patrice Du Puy.

 

Ouvrages à consulter :

Les congés d'Arras
Edition Pierre Ruelle,
Paris, P.U.F., 1965.

Michel ZINK
Le ladre, de l'exil au Royaume. Comparaison entre les Congés de Jean Bodel et ceux de Baude Fastoul,
dans Exclus et systèmes d'exclusions dans la littérature et la civilisation médiévale, Cahiers du CUERMA, Aix-en-Provence, Sénéfiance, t.5 (1978), p. 69-88.

"Lèpres et société au Moyen Age"
Sources Travaux hist., 13.
Paris, 1988.

N. BERIOU, F.-O. TOUATI
Voluntae Dei lesprosus. Les Lépreux entre conversion et exclusion aux XIIe et XIIIe siècles.
Spolète, 1991.

F.-O. TOUATI
Lèpre, lépreux et léproseries dans la province ecclésiastique de Sens.
Thèse Paris I.
Paris, 1992.

F.-O. TOUATI
Archives de la lèpre : atlas des léproseries entre Loire et Maine au Moyen Age.
Paris, 1996.

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