Numéro 10 - Novembre 2004
Editorial
Editorial novembre 2004
par Elisabeth Féghali
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Le Roi Arthur
par Shimrod
Le Mouvement Néo-Médiéval
Naissance du Mouvement médiéval - Suite
par Elisabeth Féghali
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Jacques de Bayon
par Olivier Petit
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Les relations entre Byzance et Venise au XIème siècle
par Candice Mendousse
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Les Editions du Triomphe
par Elisabeth Féghali
Le Moyen Age à travers les Petits Formats
par Elisabeth Féghali
Critique de Roman historique
Gros caractères, K7, CD audio et MP3
par Elisabeth Féghali
Actualité DVD
Cadfaël, la série télévisée.
par Elisabeth Féghali
Le Nom de la Rose
par Shimrod
Le Moyen Age du DVD II
par Shimrod
Cadfaël en DVD - Volume 1
par Communiqué de Presse
Sciences & Techniques
Les années bissextiles
par François-Xavier Féghali
Cuisine médiévale
Brouet de cailles
par François-Xavier Féghali
Sabourot de poussins
par François-Xavier Féghali
Jacques de Bayon

Jacques de Bayon

Un chevalier lorrain au service des princes

 

 

Petit-fils du duc Ferry de Lorraine, Jacques de Bayon se mit au service du roi de France, Philippe IV le Bel, qui avait alors fort à faire en Flandre. Il se distingua notamment au cours des batailles de Courtrai, de Cassel et de Mons-en-Pévèle.

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Bataille de Courtrai

Chevalier de sang ducal, souvent cité dans les Chroniques Artésienne et Tournaisienne, Jacques était originaire de Bayon, petite localité située au sud de Nancy, proche de Lunéville, où s'implanta une branche cadette des ducs de Lorraine.

Né vers 1235, Jacques de Bayon était le second fils de Henri de Lorraine dit le Lombard (Fin du XIIe siècle - Avant le 23 avril 1256) et de Damette de Pesmes (Fin XIIe siècle - Avant le 24 août 1285). Pour information, le père de Jacques était le sixième fils de Ferry 1er (Vers 1155-7 avril 1207), duc de Lorraine, sire de Bitche, Sierck, Ormes et Gerbéviller. Avec Henri le Lombard va naître la lignée des seigneurs de Bayon. En ce qui concerne Damette de Pesmes, elle était la sœur de Jacques de Pesmes, chevalier et seigneur de la Résie, en Franche-Comté. En dehors de Jacques, Henri le Lombart et sa femme eurent un premier fils, Philippe (Vers 1230 - Avant le 4 juillet 1301) qui deviendra sire de Bayon, et deux filles, Isabelle et Marguerite, abbesse de Remiremont.

L'étude de ses armories a permit de l'identifier avec certitude comme étant un membre de la famille ducale de Lorraine. En effet, il portait d'or à la bande ducale aux trois alérions chargée d'un lambel d'azur à cinq pendants.

 

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Armoiries de Jacques de Bayon

  • Deux unions.

Il se maria en premières noces avec Agnès de Choiseul, fille de Renart, sire de Choiseul et d'Alix de Dreux. Agnès était alors veuve de Simon de Saxefontaines (mort en 1268) et de Pierre, sire de Lafauche (mort en 1270 au cours de la Huitième Croisade) ; elle avait eu de ses deux hommes huit enfants, quatre à chaque fois. En s'unissant avec Agnès de Choiseul, Jacques de Bayon devint cousin-germain par alliance de Thiébaut II et par la même occasion proche de la Maison capétienne de Dreux. Henri de Bayon, né vers 1285, fut le seul enfant de Jacques et d'Agnès de Choiseul.

Après la mort d'Agnès de Choiseul, qui intervint à l'extrême fin du XIIIe siècle, Jacques convola en secondes noces avec une certaine Jeanne, qui lui survécu et se remaria avec Jean d'Eppe avant 1319.

  • Un vaste patrimoine.

Avant le mois de février 1261, Jacques de Bayon prit possession d'une partie du château et de la terre de Bayon, l'autre partie étant réservée à son frère aîné, Philippe. Il possédait également des dîmes à Borville et à Chamagne.

En juillet 1273, peu après son mariage avec Agnès de Choiseul, Jacques commença l'administration des biens de sa femme et de ses descendants. Le sire de Bayon possédait l'important château de Lafauche et le vaste patrimoine foncier de l'ancienne seigneurie qui comportait des biens situés en Champagne pour lesquels il rendait hommage au comte de Champagne, roi de Navarre.

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Dessin - Reconstitution du château de Lafauche

Le duc de Lorraine, Ferry III, lui remit tout ce qu'il possédait à Rozelieures en avril 1283. Le 2 octobre 1287, l'évêque de Metz, Bouchard reçut l'hommage lige de Jacques pour la terre de Vaxoncourt. Il était également le vassal du comte de Bourgogne Otton IV de qui il tenait un fief à Fresne-sur-Apance.

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Château de Lafauche

  • Un bienfaiteur reconnu.

Seigneur de Lafauche, Jacques de Bayon se préoccupa de la destinée du prieuré de Remonvaux, fondé par ses prédécesseurs au XIIIe siècle ; en lui assignant en janvier 1280 une rente annuelle de 30 résaulx sur le moulin du Val de Circourt. Pour assurer le repos de son âme, de celui de sa femme et de celles des anciens seigneurs de Lafauche ainsi que pour l'entretien d'une lanterne dans l'église prieurale, autorisa le prieur de ce monastère à prélever deux mines de blé sur le moulin à vent de Semilley. Renonçant aux dîmes de Chamagne (village proche de Bayon), il passa un accord avec les chanoinesses de Remiremont, en décembre 1286.

Ce seigneur pouvait compter sur des vassaux comme les seigneurs de Grand, de Pargny-sur-Mureau, le chevalier Jean de Fontenoy (un de ses parents éloignés, descendant des comtes de Toul), les écuyers Mauffrignon et Olry de Romont.

  • Un personnage au rôle politique important en Lorraine.

Le 8 mars 1269, il se porta caution pour le duc Ferry III de Lorraine lors de l'alliance de ce dernier avec Henri, le fils aîné du comte de Luxembourg. La même année, en avril, il devint l'arbitre d'un différend opposant l'abbé de Senones au comte de Salm. Le 25 septembre 1272, lors d'un traité conclu entre Ferry III de Lorraine et Thiébaut de Bar, il fut chargé, en compagnie de Liébaut de Beaufremont, de surveiller l'évêque de Metz et ses fidèles, capturés au cours de la bataille de Hadigny (situé à quinze kilomètres au nord d'Epinal), qui opposa les Messins et les troupes ducales et épiscopales à la mi-septembre. Le 20 juin 1274, Jacques de Bayon fut déchargé de cette tâche avec la libération des combattants messins.

Jean de Choiseul, son beau-frère, fit appel à lui pour règlement de son conflit avec le duc de Lorraine, le 23 juin 1277. Les 12 et 13 mars 1280, lors d'une entrevue entre le comte de Bourgogne, Othon IV et le fils du roi de Jérusalem, Jacques de Bayon fut désigné pour enquêter sur les exactions franc-comtoises en Lorraine. Il rendit sa sentence le 7 novembre 1281.

L'année suivante, le 19 juillet, il assista le duc Ferry III lors d'une conciliation avec le comte Thiébaut de Bar. Le duc de Lorraine lui confia, le 13 mai 1284 et le 15 août 1295, la tâche d'estimer un ensemble de terres qu'il entendait donné à son fils, Thiébaut de Lorraine. Lors de la signature d'une trêve entre ce même duc et Bouchard, évêque de Metz, le 19 juin 1289, Jacques de Bayon était témoin. Il accepta, peu après, d'arbitrer leur nouveau désaccord. Le 4 janvier 1298, il se porta garant du versement de la rançon de deux écuyers du duc de Lorraine, alors détenus dans la geôle du château d'Amance. Le duc Ferry III de Lorraine le sollicita souvent lors de l'entérinement de chartes ; il apposa donc son sceau sur divers documents de 1273 à 1286.

Le 2 février 1280, le duc Ferry III de Lorraine déclara devoir au sire de Bayon 1 000 livres. Afin de récompenser son vassal pour tous les services rendus, Ferry III lui assigna, le 2 février 1281, cinq années du revenu de Neuviller-sur-Moselle (non loin de Bayon) afin de lui rembourser les dettes contractées. En complément, il lui offrit des terres situées à Rozelieures et au ban de Chaumont, en avril 1283. Toujours redevable de 300 livres en 1287, le duc de Lorraine s'acquitta enfin de ses dettes le 15 septembre 1295.

Jacques de Bayon était également le créancier d'autres personnages lorrains comme l'évêque de Metz qui était débiteur à hauteur de 400 livres touloises (il fut contraint d'engager sa terre de Vaxoncourt le 9 octobre 1287 afin d'éponger ses dettes).

En 1290, au cours du mois de novembre, il certifia avec son sceau la vente du fief de Passavant de Jean de Bourgogne, frère du comte de Bourgogne, au duc Ferry III de Lorraine. Le 8 février 1291, il arbitra un différend opposant de nouveau le duc de Lorraine et l'évêque de Metz. Puis, le 15 avril 1295, il intervint dans un accord signé entre ce même duc et Thiébaut de Rumigny.

  • Jacques de Bayon au service du roi de France.

Jacques de Bayon devint vassal du futur Philippe IV le Bel en octobre 1285 lorsque celui-ci se maria avec Jeanne de Navarre, héritière du comté de Champagne. Son engagement au côté de ce souverain lors des guerres de Flandre montre son réel dévouement. Le 11 juillet 1302, il participa à la bataille de Courtrai et assista au désastre des troupes royales en compagnie d'autres princes lorrains, le comte de Salm et Hue de Beaufremont.

http://www.citadelle.org/mediatheque/Articles/Bayon/Pierre_tombale_Jacques_de_Bayon.jpgEn quittant Arras le 1er octobre 1302, Philippe le Bel demanda à Jacques de Bayon et à Miles de Noyers, maréchal de France, de garder la frontière de Flandre. Les deux s'installèrent à Saint-Omer. A cette époque, les Anciennes Chroniques de Flandre présentèrent Jacques de Bayon comme "ung moult vaillant chevallier tenant lieu du connestable de France, qui fut appellé sir Jacques de Baionne". Pendant cette mission, il repoussa les Flamands qui menaçaient Calais à la fin du mois de novembre. Le 5 décembre, en compagnie du comte Othon IV de Bourgogne, il participa à la bataille de Cassel où les troupes royales sortirent victorieuses de leur affrontement avec les Flamands. Puis, le 26 décembre, il mit encore en déroute une compagnie flamande implantée non loin de l'abbaye de Watenes ; au cours du combat, il fut même blessé après une chute de cheval. La chronique artésienne en précise la raison : "il fu navrés d'une grant pierre qui li fu getee et ses chevaus mors".

Le 1er avril 1303, Guillaume de Juliers, le chef flamand victorieux à la bataille de Courtrai, espérait surprendre les Français à Saint-Omer et prendre la ville royale. C'était sans compter sur Jacques de Bayon qui veillait toujours sur cette cité. La bataille se déroula non loin d'Arques. Brisant l'attaque des Flamands, bien supérieurs en nombre, Jacques de Bayon, en fin tacticien, isola le corps des arbalétriers yprois composé alors de 800 hommes d'élite. Guillaume de Juliers, apprenant l'isolement de ses hommes, quitta Saint-Omer laissant derrière-lui près de 600 combattants sur le terrain.

D'après la Chronique artésienne, le 10 juillet 1303, Jacques de Bayon accompagnait le connétable Gaucher de Châtillon lors de la retraite française devant l'armée flamande ;  ils se replièrent sur Thérouanne.

Le 20 août, Philippe le Bel chargea Jacques de Bayon ainsi que Gaucher de Châtillon, Béraud de Mercœur et Miles de Noyers de veiller à ses intérêts en Flandre. Le 19 avril et 1er juillet 1304, Jacques de Bayon fut encore convoqué par le souverain français, en compagnie de seigneurs champenois à Lagny, afin d'avoir une estimation de la situation en Flandre et d'envisager une action décisive. Le 18 août 1304 à Mons-en-Pévèle, il participa à la bataille remportée sur les Flamands par Philippe le Bel.

Le 14 septembre, il négocia au nom du roi la reddition de la cité de Lille, en compagnie de Charles comte de Valois, Louis comte d'Evreux, Gaucher de Châtillon et le comte de Savoie.

Après une vie bien remplie, Jacques de Bayon décéda en 1311 (voir reproduction de la pierre tombale ci à gauche).

 

 

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Ce cadet de la maison de Bayon, issue de celle de Lorraine, fut un capitaine de grande valeur que Philippe le Bel apprécia grandement et remercia pour sa participation sur les champs de bataille de Flandre.

  • Bibliographie sélective:

Fr. Funck-Brentano, Les Origines de la Guerre de Cent Ans, Philippe le Bel en Flandre, Paris, 1897.
P. Marot, Un homme d'armes de Philippe-le-Bel : Jacques de Bayon, dit à tort Jacques de Bayonne in Bulletin Mensuel de la Société d'Archéologie Lorraine, Nancy, 1928, pp. 51 à 58.
G. Poull, La Maison ducale de Lorraine, Nancy, 1991.
L. Quintard, Bayon et ses seigneurs in Mémoire de la Société d'Archéologie Lorraine, 1900, pp. 5 et suivantes.

 

Olivier Petit
Titulaire d'une maîtrise d'Histoire Médiévale en castellologie, l'auteur fait des recherches
sur les châteaux forts, la féodalité et, l'ordre de Cluny

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