Numéro 11 - Octobre 2005
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Linguistique
Vocabulaire utile de codicologie
par Elisabeth Féghali
Nicolas de Gonesse translateur
par Elisabeth Féghali
Valère Maxime translaté par Nicolas de Gonesse
par Elisabeth Féghali
Critique de Roman historique
Moyen Age aux Editions 10-18
par François-Xavier Féghali
Cinéma
Kingdom of Heaven de Ridley Scott
par Shimrod
Hauts Personnages
Saint Abbon
par François-Xavier Féghali
Linguistique
Férir
par Elisabeth Féghali
Devise
par Elisabeth Féghali
Champs sémantiques
La Folie au Moyen Age
par Elisabeth Féghali
Cuisine médiévale
Oyes a la trayson
par François-Xavier Féghali
Cuisson du riz
par François-Xavier Féghali
Valère Maxime translaté par Nicolas de Gonesse

[359a]  
                                                              Le second chapitre qui est de cru-
                                                              auté
.
                                                                             Crudelitatis vero etc. le translateur 
                                                                             http://www.citadelle.org/mediatheque/Articles/Valerius_Maximus/Valere_Maxime_folio_359a.jpgAprés ce que Valerius ou chapi-
tre precedent a determiné de lu-
xure et de Superfluité, en ce chapitre present
il vuelt determiner de cruaulté qui est un vice
moult nuisable* a la chose publique*, et pre-
mierement il propose sa matiere en descrivant
le vice de cruaulté, secondement il la des-
claire* par exemples. 
Quant au premier Va-
lerius
 dist ainsi : aucteur Certainnement
l'abit de cruaulté est horrible , la samblance
crueuse*, les esperis violens, la vois terrible,
toutes choses en elle sont plaines de me-
naces et de commandements crueuls, a la-
quele donner sillence est adjouster accroisse-
ment, translateur car se on vuelt a l'omme
crueuls imposer silence et le faire taire, il
s'embrass[er]a plus fort en sa cruaulté, aucteur
car elle a la maniere que elle a constitué
a soy sans frain de sigillacion et de painne,
translateur car elle ne doubte nulle paine
et se ne vuelt estre refrenee, aucteur mais
quant elle est ramenee jusques au plus
grant effort qu'elle puist venir, elle appaise*
estre doubte, est envers* elle et envers* nous,
est estre haïs, translateur car les crueuls,
principaument, quiert qu'il soit doubtés et
cremus et les autres hommes naturelement
ont haynne encontre celi qui est crueuls,
car cruaulté est une disposition repugnant
a conversacion* civile, a laquele l'omme est
naturelement enclins comme dist Aristo-
te ou premier livre de Politiques, et toute 
chose qui est contre naturelle inclinacion 
est, par nature, hayneuse.

 

 

Lucius Silla etc. translateur
                                                                            
En ceste partie Valerius com-
                                                                             mence a desclairier par exemples
[359b]
la matiere qu'il a tantost proposee, et premierement il met examples des Rommains et secondement des estrangiers.
         Le premier example est des cruaultés Silla, desqueles font mencion Saluste en L'istoire de Jugurte, Orose et Eutrope ou cinquisme livre de leurs Hystoires. Et pour l'entendement du texte Valere, il est assavoir que pour les grandes cruaultés que Marius excerçoit a Romme, Silla, qui menoit la guerre des Rommains encontre Metridates fu mandés de par le senat qu'il venit secourir a son païs, pourquoy il fist tantost pais avec Metridates et amena hastivement tout son ost en Ytalie, et tantost qu'il applica au port de Campaigne, il desconfit le consule Norbanus avec .VI.M. hommes qui estient de la partie Marius, et s'en print bien autretant aprés en aprochant a Romme. Il eust bataille contre le jone Marius, car le vieil estoit ja mort, en laquele furent desconfit et mis a mort . XV . mile de la partie Marius. En aprés, a la porte de Romme c'on appelloit Colinne, il occist en bataille .IIII.XX. mile hommes et ainsi il entra a Romme comme vencheur en laquele il tua . III . mile hommes desarmés qui se estient a li rendus, et comme il fourcenast* par trés grant cruaulté contre les nuisans et les innocens, ung de ses hommes qui estoit appellés Quintus Catulus, li dist : " Avec quelx gens vivons nous se en bataille nous tuons les armés et en pais les desarmés ? "
       Aprés Silla trahi hors Marcus Marius d'une maison pastorale et li trahi les yeux hors de la teste et le fist depecier menuement piece a piece. Aprés il se prosecuta le jone Marius jusques a la cité de Penestre et le compella a mourir, car selonc ce que dist Orose, le chief de Marcus Marius fu portés a Penestre veant le jone Marius qui la se estoit retrais pour laquele chose il se desespera et bailla sa teste a couper a un sien serviteur.
       Aprés Silla eust trés grief bataille contre les parties mariennes [359c] et avoit encontre soy . LXX . mile hommes desquels .XII . mile se rendirent a Silla, tous les autres furent detruis par l'ardeur de l'ire et de la cruaulté Silla.
      De ses choses cy et aucunes autres fait mencion Valerius en la lettre en proposant premiers generalement la cruaulté Silla et secondement en la desclairant particulerement par exemples.
      Quant au premier, il dist ainsi : AUCTEUR Nuls ne peust assés dignement loer Lucius Silla, ne assés dignement vituperer, car quant il quiert victoires, il represente Scipion au peuple Rommain, et quant il les excerce, il represente Hanibal. Certainnement, quant il eust deffendu noblement l'auctorité de la noblesse, il espandi crueusement toute la cité et toutes les parties de Ytalie des flueuves du sanc civil, TRANSLATEUR comme il a esté aucunement touchié en l'istoire devant mise TRANSLATEUR.

Quatuor legionis etc.
         Yci Valerius desclaire particulierement par exemples la matiere qu'il a en general proposee et a ce il amaine sept exemples, desquelz le premier fait mencion comment tuer et jeter ou Tybre quatre legions qui par soy a li se estient rendus et abandonnees pour ce que elles avient esté de la partie de Marius, et c'est ce que Valerius dist en ceste maniere : Cil commanda quatre legions de la partie contraire, qui avient ensivi sa foy et requeirent en vain la misericorde de la dextre decevable, estre trenchiés en la voye publiqu qui estient ou champ marcien, TRANSLATEUR car celi champ, ouquel furent ses quatre legions occis, estoit consecrés au dieu qu'il appellient Mars. AUCTEUR Les oreilles peureuses des cités receurent les clameurs plourables de ycelles, le Tybre impacient de si grant fais fu contraint a porter les corps descirés et derompus par fer es yaues sanglentes.

 

[359d]
Quinque milia etc. TRANSLATEUR
        Yci met Valerius la seconde cruaulté de Silla qui contient en sentence que, comme Silla eust assiegié la cité de Penestre, a laquele se estoit retrais Marius son adversaire, par le maistre des chevaliers Silla fu donnee esperance de salut a ceulz qui se rendirent a lui ; neantmains tantost qu'il furent devestus de leurs armes, il les fist tretous tuer et de ceci a esté faite mencion dessus ou . VIè . livre, ou chapitre De la foy des sers, ou paraphe Consulem autem, et c'est ce que Valerius dist en ceste maniere : AUCTEUR  Comme cinq mile Penestrins, appellés hors des murs de la forteresse par l'esperance de sauveté qui leur estoit donnee par Publius Cethegus, eussent jetté leurs corps a terre et depposé leurs armes, Silla les commanda tantost a tuer et les espandre parmi les champs.


Quatuor milia etc. TRANSLATEUR
         En ceste partie, Valerius met la tierce cruaulté de Silla : pourquoy il est assavoir que, quant il eust occupé la chose publique, il bani crueusement plusieurs milliers d'ommes, les noms desquels il fist escripre en une table d'arain affin qu'il en fut memoire aprés, et plusieurs des citoiens qui estient hommes de pais fist il occire et mettre a mort, et c'est ce que dist Valerius : AUCTEUR Il raconta es tables publiques .IIII. mile et .VII. cens murdres par commandement de crueuse proscripcion, affin que la memoire de si noble chose ne fust effacié ne se ne fut mie contens de fourcener encontre ceulx qui par armes avoient esté dissentans* a li, mais au nombre des proscrips il adjousta les citoyens qui estient de paisible couraige pour la grandeur de peccune, qui furent conquestés par le nom des vestemens chevalereux, TRANSLATEUR car affin qu'il peusist paier les gaiges [360a] des chevaliers, il livra a mort plusieurs des riches citoiens qui estient hommes de pais, proscrips selonc ce que dist Grecisius, sont ceulx des quels les richesses sont confisquees et toutevoies il pueent bien revenir a leur pays, mais je croy que Valere prent ce terme ci plus generaument pour condampné soit a mort, soit a prodicion* de biens. TRANSLATEUR.


Adversus mulieres etc. TRANSLATEUR 
        Yci Valerius met la quarte cruaulté de cel inhumain homme et dist ainsi : AUCTEUR Encontre les femmes il estraingni ses glaives, ainsi que s'il eust esté peu saoulé de l'occision des hommes, TRANSLATEUR car il fist tuer les femmes de ceuls qui estient proscrips, AUCTEUR mais ceste chose est demonstrance de la ferité non remplissable, car les testes des cheitis trenchies qui n'avient ne viaire* ne esperit* il voult estre aportees devant son regart affin qu'il les mengast par ses yeux, car ce estoit chose illicite qu'i les mengast par sa bouche.


Quam porro etc. TRANSLATEUR 
        Valerius met yci la quinte cruaulté de Silla et dist : AUCTEUR En aprés con crueusement se maintint il avec Marcus Marius, preteur ! lequel il ne priva point de vie ainsois qu'il eust esrachié les yeux du chetif et debrisa toutes les parties de son corps.


Vix michi etc. TRANSLATEUR 
         En ceste partie, Valerius, comme tous ennuiés des choses qu'il a devant preposees, qui samblent estre non creables, adjoute la sisme cruaulté de Silla et dist ainsi : AUCTEUR Il me semble que je raconte choses a grant painne vraysamblables et toutevoies ycely Silla tua tantost Marcus Pletorius pour ce que au tourment Marcus Marius il estoit cheu comme pasmé, ce fu un noviel pugnisseur de misericorde, TRANSLATEUR [360b] car comme iceli Pletorius demandast misericorde pour un ami conjoint a li, c'est assavoir pour Marcus Marius, Silla le fist tuer et mettre a mort, AUCTEUR envers lequel homme, TRANSLATEUR c'est assavoir le crueuls Silla, AUCTEUR fu chose pareille regarder pechié et le perpetrer, TRANSLATEUR car aussy bien mist il a mort ceulx qui de fait n'avoient mie labouré contre li s'il pensoit que ces fais leur eussent despleu comme il faisoit ceulx qui de fait avient mis resistence a ses besoingnes.


Sed mortuorum etc. TRANSLATEUR
        Yci Valerius mest la septime cruaulté que perpetra Silla et dist ainsy : AUCTEUR Mais au mains espargna il aus umbres des mors certainnement, car il espardi dedens l'iaue d'un fleuve les cendres de Gaius Marius duquel aucune foiz il avoit esté questeur, TRANSLATEUR c'est assavoir en la bataille contre Jugurte, AUCTEUR non obstant qu'il fust aprés son ennemi, TRANSLATEUR il estoit pour lors de constume que l'en ardoit les corps des mors et les cendres on reservoit en un certain vaissel c'on appelloit urne, et pourtant Silla fist jeter en un fleuve les cendres qui avient esté reservees du corps Marius pour ce vengier de la grant hainne qu'il avoit eu encontre lui.
AUCTEUR Veci par quels faiz Silla cuida acquerir le nom de felicité, TRANSLATEUR de ce trés crueuls et trés inhumain homme parle Seneques ou cinquisme livre Des Benefices et dist : " Lucius Silla fu ingras, il gari son païs par remeides plus durs que les perilz n'estoient, qui ala par sanc humain des le chastel penestrin jusques a la porte Colinne. Il fist autres batailles en la cité et autres occisions. Il tua .II. legions aprés la victoire, qui est une chose crueuse ".


Cujus tamen etc. TRANSLATEUR 
        Es paraphes precedens Valerius [360c] a traittié de la cruaulté Silla. Icy il vuelt mettre exemples de la cruaulté Gaius Marius, son adversaire, duquel il mest .II. exemples.

 

 

Elisabeth Féghali

 

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