Numéro 11 - Octobre 2005
Editorial
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par Elisabeth Féghali
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Kingdom of Heaven de Ridley Scott

Kingdom of Heaven de Ridley Scott


Depuis le 4 mai dernier, "Kindom of Heaven" (pourquoi diantre avoir gardé le titre anglais ?) triomphe dans les salles françaises. Il s'agit de l'aboutissement d'un projet appelé "The Crusade" datant des années 90 et qui aurait dû échoir au réalisateur Paul Verhoeven, avec Arnold "Conan" Schwarzenegger dans le rôle principal. Constamment reporté, le tournage finit par être abandonné. On ne peut que rêver à ce qu'aurait donné une évocation des croisades par le réalisateur de "La chair et le sang"...
Mais tout vient à point à qui sait attendre puisque le britannique Ridley Scott s'est finalement emparé de l'idée dans une superproduction de 3h40 (initialement) et de 135 millions de dollars, avec une solide distribution comprenant Orlando Bloom, Jeremy Irons, Liam Neeson, Eva Greene et David Thewlis dans les principaux rôles.
Le grand spectacle, Ridley Scott sait parfaitement le mettre en valeur, on l'a vu avec "Gladiator". Il a déjà aussi eu l'occasion d'aborder notre époque préférée avec "1492, Christophe Colomb" une demi déception, aussi visuellement superbe que peu inspirée au niveau du scénario. Ce nouveau film, heureusement, est bien plus réussi, même s'il faut déplorer, une fois encore, la pression des producteurs pour amener le métrage à une durée de 2h20, jugée plus exploitable en salle...


France, 1183. Balian, un jeune forgeron, vient d'être frappé par un double drame : il a perdu son enfant, et sa femme, folle de douleur, a commis un inexcusable suicide. Le curé de son village la voue aux flammes de l'enfer... C'est alors qu'arrivent des croisés, menés par le baron Godefroy d'Ibelin. De retour de Jérusalem, celui-ci vient demander pardon à Balian de lui avoir toujours caché être son père naturel. Il lui offre de le reconnaître comme son héritier s'il part avec lui  pour l'Orient. Balian, anéanti par son deuil, commence par refuser avant de rejoindre la troupe, chargé d'un nouveau péché à expier sur le tombeau du Christ, au Royaume des Cieux...
Godefroi forme son fils au métier des armes mais meurt avant la fin du voyage et c'est un nouveau baron d'Ibelin qui débarque en Terre Sainte. Balian découvre son domaine, ses terres brûlées par le soleil... Et le trouble en la personne de la belle Sybille, sœur du roi très chrétien Baudoin IV. La ville aux trois religions vit alors dans une paix précaire, Baudoin ayant signé la trêve avec Saladin, le grand chef de tous les musulmans. Balian se lie avec le conseiller de Baudoin IV, le sage Tiberias. Mais Baudoin meurt bientôt de la lèpre et Sybille monte sur le trône avec son mari Guy de Lusignan, l'ennemi juré de Balian dès le premier regard, un fanatique qui ne rêve que de massacrer les infidèles, assisté de l'infâme Renaud de Châtillon... Leurs méfaits vont pousser Saladin à affronter leur armée avant de marcher sur Jérusalem à la tête d'une armée de 200 000 Sarrasins. Et c'est à Balian d'Ibelin qu'incombera la tâche de défendre la Cité Sainte avec ses maigres troupes...


Sans être d'une absolue authenticité historique, "Kingdom of Heaven" reconstitue assez fidèlement une période vraiment très peu abordée au cinéma, entre les deuxième et troisième croisades : Jérusalem est occupée par les Chrétiens depuis 1099 et plusieurs souverains ont succédé à Godefroy de Bouillon. Les principaux protagonistes du film ont bien existé : Baudoin IV le Lépreux, 6ème roi de Jérusalem, établit effectivement jusqu'en 1185 une paix tacite avec le grand chef militaire Saladin. Le personnage du conseiller Tibérias, interprété dans le film par le magistral Jeremy Irons, s'appelait en fait Raymond de Tripoli, seigneur de Tibériade. Sybille succéda bien à son frère sur le trône, et son mari Guy de Lusignan, supporté par Renaud de Châtillon, commit maintes agressions envers les musulmans, avant d'être défait à la bataille de Hattin, le 4 juillet 1187. Quant à Balian d'Ebelin, la première partie de sa vie en France a été créée de toutes pièces pour le film, ainsi que sa liaison avec la belle Sybille (historiquement, il était son beau père...). Seigneur de Nablus, adversaire politique de Guy de Lusignan, il était opposé à sa succession à Baudoin IV sur le trône de Jérusalem. Avec la reine Sybille, il aurait mené la défense d'une Jérusalem quasiment vidée de ses chevaliers, du 20 septembre au 2 octobre 1187. Il aurait enfin remis la ville entre les mains de Saladin en négociant la vie sauve pour ses habitants. Il serait mort en 1193, après la 3è Croisade, honoré par Richard Cœur de Lion (que l'on voit à la toute fin du film !) .
 .  Kingdom of Heaven a été tourné à Séville pour les scènes se déroulant en France, et au Maroc, que Ridley Scott connaît bien depuis Gladiator. Le port de Essaouira a été utilisé pour ses rues et ses vieux murs qui passent pour des détails de l'ancienne Jérusalem.
Les décorateurs ont reconstitué les extérieurs de la ville, bâtissant le décor d'après des éléments de la vraie cité, les portes, la zone de la citadelle, avec la Tour de David. Plus de 28 000 m² de murs et 6 000 tonnes de plâtre ont ainsi été nécessaires. Le roi du Maroc a fait venir 2 000 hommes pour la figuration et 15 000 costumes ont été fournis, après des recherches au British Museum et à la salle des croisades du château de Versailles. Catapultes, trébuchets, tours de guerre et balistes seront recréés pour l'impressionnante scène du siège, d'une ampleur et d'un lyrisme comparables à la référence ultime en la matière jusqu'à présent : l'attaque de Minas Tirith, dans le Retour du Roi de Peter Jackson...

Le film de Ridley Scott témoigne non seulement d'une logistique impressionnante mais aussi, et surtout, d'un sens du visuel époustouflant : aux images bleutées pour la vieille Europe, campagnes et forêts traversées de flocons de neige, répondent les couleurs chaudes et dorées, la sensualité de l'Orient ; au visage glacé d'une morte, révélé par un suaire, répond celui, voilé mais bien vivant, de la belle Sibille, promesse de vie et d'amour pour le triste Balian... On ne plonge cependant pas dans une niaise romance, d'autres enjeux sont plus importants. Balian est marqué par le doute, se dit régulièrement abandonné par Dieu et la vision du tombeau du Christ n'a pas apaisé ses souffrances, ne lui a pas fait oublier ceux qu'il a laissés sous la froide terre de France, ceux dont il est venu obtenir le salut. Si Ridley Scott évoque des manifestations de foi chrétienne, les splendides tenues des chevaliers et la magnificence de la Ville Sainte, il fait aussi le portrait au vitriol de quelques hommes d'église peu reluisants, du petit curé français au patriarche Héraclius, que n'inspirent apparemment pas les plus nobles sentiments... Scott préfère montrer Balian exalter finalement la foi en l'homme lors d'un grand discours à la foule des défenseurs de Jérusalem, suivi d'un adoubement collectif ! C'est aussi dans la mise en scène des batailles que le réalisateur de Gladiator révèle son talent. Les combats sont frénétiques et violents, le spectateur a l'impression d'y participer. Des images resteront dans les mémoires, telles que la charge désespérée d'une petite troupe de chevaliers vers les lignes adverses, l'apparition de l'armée de Jérusalem, telle un mirage dans le désert, l'immense reliquaire d'or renfermant les morceaux de la Vraie Croix à la tête des troupes, ou encore la chute des gigantesques tours de siège, s'écroulant les unes sur les autres comme des quilles...

Mais "Kingdom of Heaven" est tout sauf un film belliqueux ou "anti-musulmans", une sorte d'écho malsain aux vociférations de la Maison Blanche. Les personnages les plus positifs tels que Godefroi d'Ibelin, Tiberias ou le Roi Alité ont su s'acclimater à l'Orient, découvrir sa douceur de vivre et entretiennent de bonnes relations avec leurs voisins arabes. Une polémique est même née aux Etats-Unis, créée par l'image courtoise de Saladin dans le film, rôle tenu par le comédien Ghassan Masssoud, qui s'est documenté sur ce chef militaire et religieux. Ce n'est pas Saladin qui rompt la trêve mais des croisés fanatiques. Il ne marche sur Jérusalem qu'après la grande bataille de Hattin, à la suite d'une énième agression de ses troupes. Pour couronner le tout, à la fin du siège, il se montre clément en laissant tous les défenseurs chrétiens partir sains et saufs, visiblement touché par leur héroïsme. Un geste de pitié qui n'avait pas effleuré les premiers croisés en 1099, lesquels massacrèrent musulmans et juifs...
Il faut tout de même apporter un bémol à ce portrait idéalisé par le film : le vrai Saladin fit tout de même exécuter pour l'exemple 300 Templiers et Hospitaliers. En outre, comme cela se faisait couramment au Moyen Age, il exigea une forte rançon pour laisser partir les plus riches habitants de Jérusalem. Balian d'Ibelin devra marchander pour faire baisser la rançon demandée pour les pauvres... Ce qui n'empêchera pas environ 15 000 d'entre eux d'être vendus en  esclavage, le grand maître des Hospitaliers n'acceptant d'ouvrir sa bourse que pour 7 000 personnes !    

Un bon film, donc, qui gagnera cependant à être découvert en DVD dans sa version intégrale de 3h40 - on commence à connaître le refrain depuis "Le Seigneur des Anneaux" - version intégrale qui devrait pallier certaines petites incohérences ou raccourcis du récit...

 

Shimrod

 

P.S. :

Disponible à la vente et à la location, le 04 novembre 2005 prochain, le film sera proposé en deux versions : simple et celle dite "Collector". Le numéro 115 d'octobre 2005 du magazine "Les Années Laser", actuellement disponible en kiosque, précise l'existence sur la version simple, semblerait-il, d'une :

"Remarquable piste de sous-titres informatifs en français,
qui développe de façon quasi ininterrompue une foule de renseignements historiques
".


Aucune de ces deux versions ne comprendra malheureusement, comme précédemment pressenti, la fameuse Director's Cut de 3h30 puisque Ridley Scott y travaille actuellement :



"[...] Kingdom of Heaven's cut will be an hour longer.
Next year I'll put out a version which is about three and a half hours
."
(Source : http://www.femalefirst.co.uk/celebrity_interviews/91232004.htm)


Aucune date précise n'est annoncée ! (NDLR)

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