Numéro 12 - Février 2006
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Croyances & superstitions
Le Cycle des douze jours
par Elisabeth Féghali
Littérature comparée
Etude comparée des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis - Partie I
par Shimrod
Etude comparée des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis - Partie II
par Shimrod
Etats latins d'Orient
La Prise d'Antioche 1/3
par Maxime GOEPP
par Benjamin Saintamon
Linguistique
Introduction à la lexicométrie
par Christian Féghali
Droit médiéval
La lettre de rémission
par Jean-Pierre PHELOUZAT
La terre, la société et le droit
par Jean-Pierre PHELOUZAT
Economie
L'or blanc du Saulnois
par Olivier Petit
Empire Byzantin
La chute de l'Empire byzantin
par Paul Matagne
Croyances & superstitions
L'Ars Moriendi
par Aimeric Vacher
Architecture religieuse
Le Nefin des croisés au Liban (Anf-el-Hajar)
par Elisabeth Féghali
Notre-Dame-des-Vents (Saydet-er-Rih)
par Elisabeth Féghali
La chute de l'Empire byzantin

La chute de l'Empire byzantin

 

L'Empire morcelé...


        Suite au détournement de la quatrième croisade, à la prise et à l'innommable sac de Constantinople par les Croisés (13 avril 1204) et à l'établissement du désastreux Empire Latin de Constantinople, trois principautés byzantines rivales entre elles et opposées à l'Empire Latin se constituèrent rapidement : en Asie Mineure, Théodore Laskaris fonda la principauté de Nicée, en Grèce occidentale Michel-Ange créa le despotat d'Epire alors qu'à Trébizonde régnaient déjà les Grands Comnènes Alexis et David, petits-fils de l'empereur Andronic.

        La principauté de Trébizonde, très vite vassalisée par les Seldjoukides (1214) puis par les Mongols, profita de la pax mongolica et du détournement des voies commerciales indiennes de la Mer Rouge et de la Syrie vers le Caucase et la Mer Noire pour connaître une exceptionnelle prospérité commerciale sous le règne d'Alexis II Comnène (1297-1330); par la suite Trébizonde brilla de tous ses feux artistiques, culturels et intellectuels au 15ème siècle avant de tomber sous la coupe des Ottomans en 1461.

        Alors que la chevalerie latine était écrasée par les troupes bulgares à Andrinople en avril 1205, Théodore Laskaris, profitant du désarroi latin, put étendre son influence à la presque totalité de l'ancienne Asie Mineure occidentale et se posa comme l'unique successeur légitime de l'Empereur de Constantinople, légitimité renforcée par la présence, à ses côtés, du patriarche de Nicée, seul chef reconnu de l'Eglise Orthodoxe.
        Laskaris, menacé par le sultanat seldjoukide de Rûm, passa, par ailleurs, un accord défensif avec Léon II de Cilicie, roi de Petite Arménie, et parvint à vaincre le sultan d'Iconium (l'actuelle Konya) à Antioche du Méandre (1211).

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L'empereur Jean III Vatatzes (1222-1254)
Miniature du manuscrit de Zonaras (Modena), XVe siècle
Biblioteca Estense Universitaria, Modena gr. 122, fol. 294r.
Photographie : Roncaglia, Modena

        Entre-temps, le despote d'Epire, Théodore Ange, s'empara de la latine Thessalonique (1224) où il se fit couronner empereur, en concurrence avec celui de Nicée. Mais, peu après, alors qu'il marchait sur Constantinople, il fut définitivement écrasé par les troupes Bulgares de Jean Asên II (1230).
        Seul le danger mongol maintint en vie l'Empire Latin de Constantinople; en effet, face à cette menace, le successeur de Théodore Laskaris, Jean III Vatatzès (1222-1254), se vit contraint de protéger ses arrières orientaux en s'alliant avec le sultan Seldjoukide de Rûm (Anatolie) qui fut bien vite vassalisé par les Mongols (1242), alors que ces derniers, à la mort du khan Ogoday (1242), épargnèrent Nicée préférant d'abord régler la succession du khan décédé.
        Profitant de l'affaiblissement de ses rivaux, Vatatzès s'empara de Thessalonique et de la Macédoine (1246) puis réorganisa la principauté de Nicée en recourant à la pratique des biens militaires confiés à des soldats-paysans; par ailleurs il prohiba tous les achats de produits de luxe et, profitant de la dévastation de ses voisins, victimes de l'invasion mongole, il fit payer en or les marchandises qu'il vendait aux Turcs. Par sa politique avisée Jean Vatatzès ouvrit ainsi la voie à la brillante et ultime renaissance byzantine, celle des Paléologues.
        Son successeur, Théodore II Laskaris (1254-1258), transforma la cour de Nicée en un brillant centre scientifique et culturel (rôle de Nicéphore Blemmydès (1197-1272), conciliateur de Platon et d'Aristote) alors que son fils, Jean IV Lascaris, fut détrôné par le général Michel VIII Paléologue (1259-1282).

 

Les Paléologues : une épuisante reconquête...


        Mais à peine avait-il revêtu la pourpre nicéenne, Michel VIII dut faire face à une vaste coalition composée de Manfred de Sicile, du despote d'Epire et du prince féodal d'Achaïe, le latin Guillaume de Villehardouin, également suzerain du duché d'Athènes, coalition soutenue par le roi des Serbes Ouroch 1er.
        La coalition féodale miraculeusement vaincue à Pélagonia (1259), Michel VIII engagea alors des pourparlers avec Gênes pour se prémunir face à un éventuel retour en force de Venise. Ainsi, en 1261, fut signé, entre Gênes et Nicée, le traité de Nymphaeon qui fut à l'origine de la puissance génoise en Méditerranée orientale comme l'avait été, en son temps et pour sa rivale vénitienne, la bulle d'or de 1082.
        La même année Constantinople tomba, comme un fruit mûr, dans les mains du général byzantin Strategopoulos; l'Empire Latin avait vécu, mais Constantinople sortait terriblement appauvrie de cet épisode et avait perdu son statut de grande puissance alors que son économie et son commerce se trouvaient entièrement aux mains des marchands génois et vénitiens qui tenaient encore d'importantes positions en Grèce et qui n'allaient pas tarder à revenir en force à Constantinople .
        Byzance, otage des rivalités vénèto-génoises, en proie au féodalisme, menacée par d'imminents dangers extérieurs allait néanmoins encore survivre près de deux siècles et briller de ses derniers feux culturels (néoplatonisme, Georges Gémiste Pléthon) et artistiques, ceux de la renaissance des Paléologues dont Mistra en Morée sera le principal foyer .

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Michel VIII Paléologue (1259-1282)
XVe siècle, monastère Sainte-Catherine sur le mont Sinaï

        Le frère de Michel VIII Paléologue, le despote Jean, obtint en 1264 la soumission du despote d'Epire Michel II alors qu'en 1268 les Vénitiens retrouvèrent l'essentiel de leurs privilèges commerciaux à Constantinople.
        Mais, en 1266, Charles d'Anjou tua Manfred de Sicile à Bénévent et bien vite, le prince latin d'Achaïe se jeta dans ses bras. Charles d'Anjou se montrant alors un adversaire résolu, bien déterminé à abattre la puissance byzantine.
        D'abord tenu en bride par la papauté, soucieuse de régler le schisme de 1054 par la négociation, puis contrecarré dans ses ambitions par la croisade de Tunis (1270/71), son projet d'invasion fut réduit à néant par le Concile de Lyon qui aboutit, en 1274, à un accord entre Rome et Constantinople sur l'union des Eglises.
        La menace angevine s'éloignant, Michel VIII en profita pour s'assurer une relative et temporaire maîtrise en Mer Egée et pour consolider ses positions en Grèce et dans le Péloponnèse.
        Mais, malheureusement, l'Union de Lyon fut vigoureusement combattue par le clergé orthodoxe soutenu par le peuple qui se souleva contre l'Empereur, lequel considérait, à juste titre, cet accord religieux comme la seule planche de salut pour l'Empire.
        En outre, l'arrivée sur le trône pontifical du Français Martin IV, instrument de Charles d'Anjou, précipita les choses et, en 1281, sous le bienveillant patronage du Pape, Charles d'Anjou s'allia avec Venise en vue du rétablissement de l'Empire Latin (traité d'Orvieto) alors que le pape excommuniait Michel VIII, coupable, à ses yeux, de ne pas avoir pu imposer l'unionisme à Constantinople...
        Alliés aux Serbes et aux Bulgares, les Angevins, transportés par la flotte vénitienne, entrèrent en campagne, la chute de Constantinople semblait imminente quand les Vêpres Siciliennes (1282) et l'intervention de Pierre d'Aragon à Palerme, habilement poussé dans le dos et financé par Michel VIII, forcèrent Charles d'Anjou à une retraite précipitée.

        Mais, épuisé par ces efforts, l'Empire d'Andronic II Paléologue (1282-1328) commença doucement à se désagréger en principautés quasiment indépendantes; le féodalisme byzantin atteignit en effet son point culminant dans le courant du 14ème siècle alors que l'autorité centrale, complètement désargentée, avait toutes les peines du monde à entretenir une petite armée de mercenaires (3.000 cavaliers) incapable de faire face aux invasions serbes et dut même, erreur fatale, renoncer à l'entretien d'une flotte digne de ce nom .

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Andronic II Paleologue
Slika od Ohrid - Macédoine
Copyright Vetikala

        Indice de cette désagrégation, la monnaie d'or byzantine, le nomisma, appelé alors hyperpyron, vit son titre dégringoler de seize carats sous Jean Vatatzès, à quinze carats sous Michel VIII et à quatorze sous Andronic II.
        Les revenus annuels de l'Etat tournaient, sous Andronic II, et après une drastique réforme fiscale, autour du million d'hyperpyra alors qu'au haut Moyen Age ce montant s'élevait, bon an, mal an, à sept ou huit millions de nomismata au pair (vingt-quatre carats).
Par ailleurs, sous les Cantacuzène, alors que la douane génoise de Péra/Galata encaissait annuellement des revenus de 200.000 hyperpyra, les revenus douaniers de Constantinople étaient tombés, eux, à moins de 30.000 hyperpyra, ce qui illustre bien à quel point le commerce extérieur byzantin était entièrement tombé sous la coupe des républiques marchandes italiennes.
        Jean VI Cantacuzène, voulant faire face à cette situation, abaissa les tarifs douaniers de Constantinople ce qui entraîna un afflux de marchandises aux détriments de la douane de Péra/Galata; les Génois ne tardèrent néanmoins pas à réagir et anéantirent ce qui restait de la flotte byzantine en 1349; la soumission de Byzance aux intérêts italiens ne pouvant être mieux illustrée.

        Mais, outre la menace Serbe et Bulgare (la Serbie étendra bientôt son hégémonie à tous les Balkans, ceci au détriment de la Bulgarie écrasée en 1330), un danger autrement redoutable pointait à l'Est. En effet, dès 1300, la presque totalité de l'Asie Mineure était tombée aux mains des Turcs Osmanlis (ou Ottomans), originaires d'un petit émirat d'origine Seldjoukide compris entre Nicée et Dorylée et qui, théoriquement sous souveraineté mongole, avait acquis son indépendance au début du règne d'Osman Gazi le Victorieux (1299-1326).
        L'aide des Alains et de très peu fiables mercenaires aragonais et navarrais (ils se retournèrent contre Byzance et allèrent jusqu'à assiéger Thessalonique en 1308 avant de s'emparer du duché d'Athènes de Gauthier de Brienne en 1311) n'y fit rien, l'avancée des Turcs Osmanlis semblait inéluctable (prise de Brousse (l'actuelle Bursa) en 1326, chute de Nicée (l'actuelle Iznik) en 1331 et de Nicomédie (l'actuelle Izmit) en 1337).

 

Guerres civiles et conflits religieux.


        Face à cette menace mortelle, Byzance se perdit en multiples guerres civiles et conflits religieux.
        La première grande guerre civile opposa, à partir de 1321, Andronic II (1282-1328) à son petit-fils et co-empereur Andronic III (1328-1341) soutenu par le magnat et grand aristocrate Jean Cantacuzène. Ce conflit déchira les derniers lambeaux de l'Empire en deux parties, l'une étant contrôlée par Andronic III (la Thrace et une partie de la Macédoine), l'autre par Andronic II (Constantinople et ses alentours).
        Une fois au pouvoir, Andronic III et son allié Jean Cantacuzène s'évertuèrent à reconstituer une véritable flotte impériale; les fonds publics n'y suffisant pas, c'est à l'aide de leurs propres hyperpyra que Cantacuzène et d'autres aristocrates parvinrent à leurs fins; la puissance étatique byzantine était morte, l'armée et la flotte littéralement privatisées...
        Impuissante face au danger Osmanlis (défaite byzantine décisive de Pélékanon en 1331), Byzance parvint cependant à reprendre Chios aux Génois en 1329 et à soumettre l'Epire et la Thessalie (1335/40) avant de devoir l'abandonner à la Serbie de Stefan Douchan ou Dusan (1348).

        À la mort d'Andronic III, le Grand Domestique (Premier Ministre et chef des armées), Jean Cantacuzène prétendit à la régence du jeune Jean V Paléologue. Une nouvelle guerre civile éclata entre partis rivaux alors que les frontières de l'Empire étaient attaquées de toutes parts. Jean Cantacuzène, à l'aide de troupes privées, parvint à conjurer la menace extérieure, mais, profitant de son absence, le parti adverse le déclara ennemi de la patrie et ses partisans furent jetés en prison.
        Cantacuzène réagit en se faisant proclamer Empereur (1341) tout en préservant les droits légitimes de Jean V (1341-1391). Commença alors une longue guerre civile qui ne s'acheva qu'en 1347 avec l'entrée de Jean Cantacuzène dans Constantinople où il se fit couronner sous le nom de Jean VI (1347-1354). Mais le conflit se ralluma bien vite et, dès 1352, Jean V, se plaignant d'être tenu à l'écart du pouvoir à l'avantage de Mathieu, le fils de Jean VI Cantacuzène, et qui avait hérité du gouvernement de la Thrace, relança les hostilités. Mathieu, après l'exil de Jean V, fut proclamé empereur (1353). Mais, à la faveur d'une population paniquée par la prise de Gallipoli par les Ottomans (suite à un terrible séisme dans les Dardanelles) et hostile à l'aristocratie et à l'introduction d'éléments Turcs à la cour impériale, Jean V, aidé des Génois, fit son retour à Constantinople et Jean VI Cantacuzène abdiqua, pour se faire moine, en novembre 1354.

        En plus de cette interminable guerre civile, l'Empire fut également déchiré par la querelle religieuse des hésychastes, courant ascético-mystique dont le mont Athos fut le bastion, et qui prônait "la croyance à l'éternelle visibilité de la lumière thaborique" (Georges Ostrogorsky) ou, en d'autres termes, à la possibilité pour l'homme, par la pratique d'une sorte de Yoga, de contempler la lumière qui, sur le mont Thabor, auréola le Christ lors de sa transfiguration.
        La querelle théologique autour du courant mystique de l'hésychasme, réplique byzantine du conflit qui, en Occident, opposait la scolastique rationalisante aux courants mystiques, fut initiée par une violente diatribe du scolastique aristotélicien Barlaam de Calabre qui se heurta au théologien byzantin Grégoire Palamas (1296-1359), soutenu par Jean VI qui parvint à faire triompher l'hésychasme lors du Concile des Blachernes de 1351.

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Vue de Gallipoli au XVIe siècle.

 

Du chaos à la chute...


        En plus de la guerre civile et de la querelle des hésychastes, l'Empire, ou ce qu'il en restait, dut faire face à de redoutables mouvements sociaux urbains opposés à l'aristocratie terrienne et attisés par les ennemis de Jean Cantacuzène, lui-même grand aristocrate.
        Ainsi, à Thessalonique, le parti populaire des Zélotes parvint à imposer, de 1342 à 1350, une véritable dictature du prolétariat avant la lettre qui se matérialisa par une expropriation généralisée des biens des possédants, aristocrates ou religieux, et par un véritable régime de terreur.

        Profitant de ce chaos, la puissance Serbe s'affirma et l'empereur de Serbie Stefan Douchan (1334-1355) s'empara successivement de l'Albanie (1343/46), de l'Epire, de l'Acarnanie et de la Thessalie (1347/48); de leurs côtés, les Génois récupérèrent Chios (1346), le territoire byzantin se résumant ainsi à la seule Thrace, à quelques îles de la mer Egée, à Thessalonique et au quasi indépendant despotat de Morée (capitale Mistra), dont les premiers despotes furent les fils de Jean VI, Manuel Cantacuzène (1348-1380), puis Mathieu Cantacuzène (1380-1382/83) avant de repasser aux Paléologues (Théodore 1er  , 1382-1406, fils de l'Empereur ) et, après une surprenante expansion territoriale de 1402 à 1432 (tout le Péloponnèse releva alors de Mistra), de finir sous les coups des Ottomans en 1460.

        L'état de délabrement de la puissance byzantine était tel qu'il est surprenant que Constantinople, qui s'accrocha jusqu'au bout à son idée de monarchie universelle, ait pu encore se maintenir près d'un siècle face à l'avance ottomane.
        Cela s'explique sans doute par l'intérêt que les Turcs portaient alors à la péninsule balkanique qu'ils se mirent à conquérir de façon systématique (chute d'Andrinople, qui deviendra Edirne, en 1362, conquête de la Macédoine en 1371, prise de Sofia en 1385, occupation de la Bulgarie en 1388/93, défaite Serbe à la bataille de Kosovo en 1389, écrasement d'une tentative de croisade occidentale à Nicopolis en 1396) et à l'état de quasi-vassalité dans lequel était tombée Constantinople par rapport aux Turcs.
Seule la défaite du sultan Bajazet face au Turco-Mongol Timur Lang (Tamerlan) de Samarkand à la bataille d'Ankara (1402) et la bienveillance du sultan Mahomet 1er, trop occupé à reconstruire l'Empire de son père sur les débris de l'éphémère royaume de Tamerlan, accordèrent un ultime répit à Constantinople, marqué par une dernière tentative de rapprochement entre les Eglises d'Orient et d'Occident qui aboutit, lors du fameux concile de Ferrare/Florence (1438/39), à une union éphémère conclue entre le Pape Eugène IV, l'Empereur Jean VIII et le Patriarche Joseph II et proclamée par le cardinal Giuliano Cesarini et Jean Bessarion de Trébizonde (1402-1472), archevêque de Nicée.

        Mais cette dernière tentative unioniste n'eut pas les résultats escomptés, elle entraîna la rupture avec la Russie (la future "Troisième Rome" qui, en 1448, procéda à l'élection d'un métropolite opposé à l'union avec Rome) et fut vivement contestée par la population de Constantinople ("Plutôt voir le turban turc au milieu de la capitale que la mitre latine" se serait exclamé un haut fonctionnaire byzantin lors d'une ultime tentative de défense de l'Union tentée, à Constantinople, par le cardinal Isidore, légat du pape, le 12 Décembre 1452, alors qu'il célébrait une messe romaine à Sainte Sophie, la fameuse "messe noire" des orthodoxes).
Le concile de Florence eut néanmoins d'immenses conséquences sur le développement de la Renaissance et la diffusion du néoplatonisme en Italie.

        Militairement les jeux étaient faits, une dernière tentative de croisade occidentale anti-turque menée par Vladislav III Jagellon et le cardinal Cesarini écrasée à Varna (1444); le 7 avril 1453 Mohamed II (1451-1481) mit le siège devant Constantinople réduite alors à 40.000 habitants (elle en comptait 300.000 sous Justinien, 500.000 au 10ème   siècle et 150.000 en 1300) et défendue par son dernier empereur, Constantin XI Dragasès (couronné à Mistra le 6 janvier 1449, mort sur les murs de Constantinople le 29 avril 1453).
La plus puissante citadelle du monde ne put faire face à la formidable artillerie turque, et la ville, dépourvue de flotte défensive, fut enlevée par les Janissaires ottomans le 29 mai 1453.


Le siège de Constantinople (5 avril 1453 - 29 mai 1453)


        Si le siège de Constantinople commença réellement le 5 avril 1453 avec l'arrivée de la puissante armée de Mahomet II en vue de la plus puissante forteresse du monde (longueur totale des remparts maritimes et terrestres : 25 kilomètres), l'on peut néanmoins considérer que c'est la construction, entre Mars et Août 1452, de la forteresse ottomane de Rumeli Hisar sise sur les rives du Bosphore à une dizaine de kilomètres au nord de la ville qui marqua le début de l'assaut final des forces turques contre l'ultime réduit d'une puissance impériale à l'agonie.
        Le 5 avril 1453 Mahomet II à la tête d'une armée de près de 100.000 hommes installa son camp face aux formidables murailles terrestres élevées dès 413 par Théodose II et renforcées d'un fossé et d'un second mur en 447.
Cette muraille sera le théâtre des plus furieux assauts qui pendant 55 jours mettront la dizaine de milliers de défenseurs  de Constantinople aux prises avec les corps d'élite de l'armée ottomane alors qu'ils étaient en outre forcés de sans cesse colmater les brèches provoquées par le tir de l'artillerie turque dont le plus  formidable canon était capable de tirer des boulets de 600 kilos à une distance de 1,4 kilomètre.
        Le 12 avril, la flotte ottomane (145 vaisseaux) arriva en vue de la Corne d'Or défendue par une chaîne tirée de la pointe du Sérail à la colonie génoise de Péra / Galata et défendue par une flotte hétéroclite composées d'unités navales essentiellement byzantines, génoises et vénitiennes.
        Ne parvenant pas à forcer les défenses maritimes de la Corne d'Or, Mahomet II ordonna de transporter une partie de sa flotte dans la Corne d'Or par voie terrestre en contournant Péra par le Nord (22 avril), obligeant de la sorte les forces byzantines à se redéployer sur plusieurs kilomètres de remparts supplémentaires.
La situation semblant désespérée, Venise ordonna, bien tard, le 7 mai 1453, l'envoi d'une flotte de secours qui, hélas pour la ville, n'arrivera jamais à temps. En effet, le 29 mai, aux lueurs de l'aube, les Ottomans lancèrent l'assaut final et, s'emparant d'une poterne située juste au dessous du Palais impérial des Blachernes (la Kerkoporta), prirent pied sur les remparts, submergeant rapidement les maigres défenses byzantines à la tête desquelles l'Empereur Constantin XI combattit vaillamment jusqu'à la mort.

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Plan de la ville de Constantinople au XVIe siècle.
"Epitome de la corographie d'Europe, illustré des pourtraictz des villes les plus renommées d'icelle"
Guillaume Guéroult, Lyon, Balthazar Arnoullet, 1553.



La renaissance des Paléologues

        Abandonnant progressivement l'art de la mosaïque (trop coûteux et peu adapté à la nouvelle iconographie) au profit de la fresque, fortement influencée par les réalisations artistiques italiennes, la dernière renaissance byzantine, tout à l'opposé du hiératisme sur fonds dorés si caractéristique des grandes heures de l'Empire, privilégia un art angoissé (en phase avec la réalité politique de l'empire), aux postures désarticulées, aux expressions tendues et fiévreuses. "Mais c'est aussi un art humaniste (...) qui rappelle à l'homme sa dignité et celle de son humble décor quotidien (...) où il est bien réconfortant d'apprendre que le Christ, la Vierge ou les apôtres usaient de ces mêmes vases, de ces mêmes tissus qui servent tous les jours à la maison (...) Saisir l'homme dans sa réalité instantanée parce qu'il est rare et précieux, tel est le dernier mot de l'art (byzantin)" (Alain Ducellier, Byzance et le monde orthodoxe).
        Parmi les plus belles réalisations de ce nouvel art des Paléologues, retenons, en particulier, les fresques de Sainte Sophie de Trébizonde (1260), celles qui ornent l'exceptionnel ensemble d'églises et de monastères de Mistra ou du refuge monastique des Météores (Grèce), mais aussi, à Constantinople même, les magnifiques réalisations de l'église de la Chora .

Paul Matagne,
historien.

 

Bibliographie sommaire

Ducellier Alain , Balard Michel, Constantinople 1054-1261, Autrement, Paris, 1996

Ducellier Alain, Byzance et le monde orthodoxe, Armand Colin, Paris, 1997

Malherbe Jacques, Constantin XI . Dernier empereur des Romains, Bruylant-Academia, Louvain-la-Neuve, 2001

Matagne Paul, Renaissance(s). L'Axe Lotharingien Berceau de l'Humanisme Européen, Orphée et Ganymède, Bruxelles, 2000

Norwich John, Julius Histoire de Byzance , Perrin, 1999

Talbot Rice David, L'Art de l'empire byzantin, Thames & Hudson, Paris 1995

Velmans Tania, Korac Vojislav, Suput Marica, Rayonnement de Byzance, Zodiaque - Desclée de Brouwer, Paris 1999

 

 


 

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