Numéro 12 - Février 2006
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Croyances & superstitions
Le Cycle des douze jours
par Elisabeth Féghali
Littérature comparée
Etude comparée des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis - Partie I
par Shimrod
Etude comparée des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis - Partie II
par Shimrod
Etats latins d'Orient
La Prise d'Antioche 1/3
par Maxime GOEPP
par Benjamin Saintamon
Linguistique
Introduction à la lexicométrie
par Christian Féghali
Droit médiéval
La lettre de rémission
par Jean-Pierre PHELOUZAT
La terre, la société et le droit
par Jean-Pierre PHELOUZAT
Economie
L'or blanc du Saulnois
par Olivier Petit
Empire Byzantin
La chute de l'Empire byzantin
par Paul Matagne
Croyances & superstitions
L'Ars Moriendi
par Aimeric Vacher
Architecture religieuse
Le Nefin des croisés au Liban (Anf-el-Hajar)
par Elisabeth Féghali
Notre-Dame-des-Vents (Saydet-er-Rih)
par Elisabeth Féghali
L'or blanc du Saulnois

L'OR BLANC DU SAULNOIS
L'exploitation du sel dans la haute vallée de la Seille
(VIIIe - XVe siècle)

 

En Lorraine, plusieurs bassins salifères sont exploités dès l'Age du Fer. Trois régions sont bien repérées, celle de Sarralbe, celle de Rosières-aux-Salines et enfin celle qui nous intéresse, de la haute vallée de la Seille. Cette denrée si précieuse intéresse au plus haut point l'épiscopat, les abbayes et chapitres cathédraux lorrains ou étrangers ainsi que les seigneurs, comme les ducs de Lorraine.

 

Le sel et son exploitation avant le VIIIe siècle

Comportant des marais salés fort appréciés, le Saulnois concentre de formidables réserves d'eau salée, provenant d'une longue évolution géologique entamée voilà des millénaires. Prenant rapidement la mesure du site et du potentiel salin, les premiers saliniers l'ont, par la technique de cuisson de la saumure, communément appelée " briquetage ". De cette longue activité depuis le Néolithique, plus de trois millions de mètres cubes d'argile et de déchets divers abandonnés sur 120 hectares et sur 2 à 8 mètres d'épaisseur ont permis la création d'îlots d'habitations. L'assèchement des mares salées résultant du " briquetage " a engendré la naissance de Vic-sur-Seille (Vicus Bodatius), Moyenvic (Medianus Vicus) et Marsal (Marosalum).

Disposant de sel en abondance le long des côtes italiennes, les Romains, récents colonisateurs, préférant utiliser les eaux salées comme eaux thermales, ont initié les Mediomatriques et les Leuques, peuples gaulois, à une nouvelle technique d'exploitation saline. En effet, le " briquetage " semble abandonné au profit de l'usage de poêles chauffés au bois.

Mentionnées dans les archives monastiques dès le VIIe siècle, les salines de Vic-sur-Seille, Moyenvic et Marsal sont alors sous la coupe des souverains mérovingiens qui exploitent les réserves salifères à leur seul profit. Rapidement, ils accordent des concessions aux ecclésiastiques. En 682 ou 683, le duc Theotchar cède à Chroduin, abbé de l'abbaye alsacienne de Wissembourg, un emplacement à Marsal comprenant un bâtiment de fabrication et un entrepôt pour l'exploitation du sel ainsi qu'un autre à Vic-sur-Seille ayant appartenu à un certain Wrangulf. L'abbaye bénédictine de Wissembourg obtient également de deux particuliers, Bertram et Bodo, d'autres places à sel à Marsal.

 

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Vic-sur-Seille (Moselle)
Maison de la Monnaie (XVe siècle)
Cliché Olivier PETIT

Les salines du VIIIe à la fin du XIIe siècle : un monopole religieux

Correspondant à une phase dite domaniale ou monastique, cette période voit les établissements religieux jouer un rôle majeur dans l'extraction et le commerce du sel. Les archives laïques des seigneurs et des bourgeois à notre disposition étant moins nombreuses et exhaustives que celles des abbayes ou chapitres cathédraux, nous ne pouvons que conjecturer les concernant.

Les principales salines mentionnées sont Vic-sur-Seille, Moyenvic, Marsal et Dieuze. Dès le XIIe siècle, les termes latins sedes, salinaria, sessus salinaris, sedes salina, sessio salis sont employés pour désigner les salines ou les emplacements à sel.

 

Les possessions des abbayes et chapitres cathédraux lorrains

Les différents ordres religieux lorrains ont rapidement prit la mesure des réserves salifères du Saulnois. Le premier monastère à s'en être préoccupé est sans nul doute l'abbaye mosellane de Gorze, fondé en 749 par saint Chrodegang (712-766). En effet, cet évêque de Metz, conseiller de Pépin-le-Bref, lui octroie plusieurs places à sel situées à Vic-sur-Seille. Sous l'abbatiat de Einold (934-967) et de Jean de Vandières (968-976), ces salines vicoises sont particulièrement choyées tant leur exploitation devient une vraie manne financière. En 987, un certain Herbert cède à cet établissement deux tiers d'une poêle et d'une place à sel qu'il a à Vic-sur-Seille.

Dès le VIIIe siècle, l'abbaye messine Saint-Arnould aurait eu des salines vicoises. Au XIIe siècle, cet établissement détient 29 emplacements à sel à Marsal dont 4 sont exempts de cens.

L'abbaye meusienne de Saint-Mihiel possède assez rapidement des emplacements salins dans le Saulnois. Vers l'an 800, l'abbé Fulrad de Saint-Denis (750-784) lui donne des places à sel à Vic-sur-Seille et à Marsal. Dès 816, Louis le Pieux, protecteur de l'abbaye, interdit même aux agents des tonlieux de prélever des taxes sur les voitures transportant le sel vers le monastère. En 1105, le pape Pascal II (1099-1118) confirme la possession de poêles à sel détenus par les moines samiellois à Vic-sur-Seille et à Marsal.

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Marsal (Moselle)
Porte de France (XVIIe siècle)
Cliché Olivier PETIT

Les établissements religieux toulois semblent également bien dotés en Saulnois. Ainsi, en 836, l'évêque Frotar de Toul (814-846) donne à l'abbaye Saint-Evre des terres en fermage et deux maisons à Moyenvic où l'on fabrique du sel. Vers 987, une certaine Christophora cède aux moines ses biens vicois. Les chanoines de Saint-Gengoult de Toul, très actifs, reçoivent en 1065 de l'évêque Udon une place à sel à Vic-sur-Seille et deux autres à Moyenvic. En 1102, les mares salées moyenvicoise sont toujours en leur possession et en 1220, ils les afferment aux chanoines du chapitre cathédral de Toul. La même année, un différend les oppose aux moines bourguignons de l'abbaye cistercienne de La Crête au sujet des revenus de ces salines, laissant sous-entendre que les chanoines de la collégiale Saint-Gengoult sont redevables d'un cens ! La majorité des salines moyenvicoises relèvent de l'abbaye Saint-Evre et du chapitre cathédral de Toul. L'abbaye de Bouxières-aux-Dames y détient cependant une poêle à sel par le truchement d'un certain Hugo dès le Xe siècle.

Au début du XIe siècle, l'abbaye mosellane de Neumunster reçoit des mains de l'évêque Adalbéron II de Metz (984-1005) deux poêles à sel à Marsal. Le monastère Saint-Rémy de Lunéville obtient en 1034 des comtes Godefroid et Hermann, fils de Folmar, comte de Metz une poêle à sel à Vic-sur-Seille.

Dès 1025, un nouveau centre d'exploitation du sel entre en activité à Dieuze ; il dépend du chapitre de la Madeleine de Verdun. Le comte de Verdun et duc de Haute-Lorraine, Godefroid II le Barbu (1044-1047) y possède même un puits salé et des droits. Vers 1052, les chanoines verdunois entrent en possession des biens du comte. En 1062, un marché sans doute lié au commerce du sel se tient à Dieuze. En 1066, Gérard IV, duc de Lorraine et comte d'Alsace (1048-1070) aurait acheté la moitié de Dieuze.

D'autres chapitres réguliers lorrains comme la collégiale Saint-Sauveur de Metz reçoit des mains de l'évêque de Liège, Adalbéron de Louvain, 2 places à sel situées à Hegnecourt (localité disparue située près de Marsal) en 1127. Un chanoine de la collégiale messine Saint-Thiébaut, Thierry, donne vers 1161 à cette dernière un endroit à sel alors en sa possession à Vic-sur-Seille.

Le sel étant si précieux, les Cisterciens implantés en Lorraine font rapidement l'acquisition d'emplacement et de poêles à sel dans le Saulnois. En 1138, l'évêque de Metz, Etienne de Bar (1120-1163), accorde à l'abbaye de Saint-Benoît en Woëvre une poêle à sel à Marsal moyennant une redevance en sel ou en argent. En 1159, l'abbaye de Beaupré prend possession de 3 places à sel à Vic-sur-Seille, 1 à Marsal et 1 à Moyenvic. En 1191, l'évêque Bertram de Metz (1180-1212) se défait de deux emplacements qu'il possède à Marsal et les remet à l'abbaye de Haute-Seille déjà détentrice d'emplacements et de poêles.

 

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Marsal (Moselle)
Collégiale Saint-Léger (XIIe - XVe siècle)
 Cliché Olivier PETIT

Les établissements extérieurs à la Lorraine détenant des salines

En dehors des monastères lorrains, d'autres abbayes et chapitres cathédraux sont présents dans le Saulnois. Dès le VIIIe siècle, les abbayes bénédictines allemandes (Saint-Maximin et Saint-Marie d'Oeren de Trèves et Saint-Sauveur de Prüm), alsaciennes (Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Wissembourg, Saint-Maur de Marmoutier, Saint-Léger de Murbach, Saint-Grégoire de Munster, Ebermunster et Ettenheimunster) et franc-comtoises (Luxeuil) détiennent des emplacements salifères à Vic-sur-Seille, Moyenvic et Marsal.

En 786 et 792, un certain Helimund dote l'abbaye de Wissembourg de places à sel à Marsal. Les censiers des abbayes de Prüm (893) et de Mettlach (Xe-XIe siècle) - documents précieux - consignent le nombre de poêles à sel et le mode de fermage employé ; les tenanciers des domaines sont tenus de convoyer, à date fixe, le sel jusqu'à l'abbaye.

De nombreuses abbayes cisterciennes bourguignonnes et champenoises possèdent des emplacements dans les différents centres salins du Saulnois dès le début du XIIe siècle. Cette volonté est la résultante d'un besoin irrépressible de posséder du sel nécessaire aux importants troupeaux que possèdent chacuns des monastères. Acquérir un maximum de places à sel demeure pour les Cisterciens un but ultime. Les abbayes de Morimond, de la Crête et de Clairvaux figurent parmi les plus actives et peuvent se féliciter de disposer de places et de poêles à sel dans les marais salants de Marsal, Moyenvic et Vic-sur-Seille.

Les Prémontrés ne restent pas à l'écart de cette activité et se mettent aussi en quête de places à sel dans le Saulnois. C'est le cas notamment des abbayes lorraines de Mureau, Justemont, Salival, champenoise de Septfontaines et allemande de Wadgassen.

L'essor de l'exploitation du sel dans cette haute vallée de la Seille entamé au XIIe siècle, passe par l'augmentation du nombre de propriétaires monastiques dans le Saulnois et engendre inévitablement la compétition. Aux siècles suivants, cette concurrence aboutira aux monopoles épiscopal et ducal par l'éviction des prétendants privés et monastiques.

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Moyenvic (Moselle)
Porte de la saline (XVIIe siècle)
 Cliché Olivier PETIT

 

Les XIIIe et XIVe siècles, la fin de la propriété privée et le début du monopole épiscopal et ducal

Au tout début du XIIIe siècle, les évêques de Metz prennent conscience de l'enjeu financier que représentent les salines et commencent petit à petit à se saisir de celles-ci. Leur but est d'évincer tous les autres propriétaires du Saulnois. Pour cela, ils mettent en place une politique draconienne visant à ne plus accorder de franchise à qui que ce soit. Le duc de Lorraine, essayant lui aussi de s'imposer dans le Saulnois, devient un redoutable compétiteur pour l'évêque de Metz.

Dès 1208 l'évêque Bertram, qui a fait édifier un château et des remparts à Vic-sur-Seille en 1200 (pour se prémunir de l'avidité du duc de Lorraine et du comte de Bar), entre en désaccord avec les abbayes cisterciennes exploitant le sel du Saulnois. Les abbés de Clairvaux, Trois-Fontaines, Cherlieu, Bithaine, La Chalade, Villers-Bettnach, Saint-Benoît-en-Woëvre, Châtillon-en-Woëvre, Beaupré, Haute-Seille, Lisle-en-Barrois, Vaux-en-Ornois, Montiers-en-Argonne, Clairlieu, Woerschweiler et l'Etanche sont ainsi tenus de payer annuellement une redevance de 5 muids et une mine de sel pour les puits de Marsal et 3 mesures de sel avec 16 deniers pour ceux de Vic-sur-Seille. Relevant de l'évêque, toutes les salines cisterciennes ne peuvent en aucun être aliénées.

Bien que l'évêque Conrad de Scharfenberg (1212-1224) octroie encore, vers 1215, deux concessions aux abbayes de Villers-Bettnach et Saint-Vincent de Metz (qui obtient 12 poêles à sel supplémentaires - elle en possède déjà 25 - situés à Marsal), on assiste à une modification notable des visées épiscopales. Ainsi, l'évêque Jacques d'Apremont (1224-1238) aliène en viager 3 poêles à sel sis à Vic-sur-Seille à la léproserie de Saint-Ladre, près de Metz. Son successeur, Jacques de Lorraine (1238-1261) entend clairement mettre la main sur les possessions monastiques ou du moins essaye d'en limiter le nombre et l'usage. De 1239 à 1260, il fait enserrer de remparts les villes et salines en sa possession. En 1246, il enjoint les abbayes cisterciennes de s'acquitter des droits dus lors de la vente du sel effectuée par celles-ci à Marsal, Moyenvic et Vic-sur-Seille. En 1256, il échange avec son neveu Ferry III de Lorraine ses salines de Rosières contre celle de Moyenvic. Les revenus de ces dernières lui permettent de rembourser ses dettes auprès des banquiers messins en 1260. Son action se porte également sur les autres centres salins de la région, à Sarralbe notamment.

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Dieuze (Moselle)
Gravure de la ville avec la saline fortifiée (XVIIe siècle).
On distingue également un puits à sel à droite.
Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle

Dès la deuxième moitié du XIIIe siècle, les évêques de Metz vont ainsi redresser la situation financière désastreuse de l'évêché. Les cens et autres revenus attachés à leurs salines ont largement aidés au recouvrement de dettes contractées auprès de banquiers ou bourgeois messins. En 1253, débiteur, l'évêque Jacques de Lorraine permet à deux citains de Metz - Nicole de Châtel et Richard de Sus le Mur - de prélever 3 500 muids de sel sur ses salines de Vic-sur-Seille. Son successeur Guillaume de Trainel (1264-1269) est contraint d'engager en 1264 , ses salines marsalaises et vicoises pour  20 000 livres auprès du comte Thiébaut II de Bar car les finances épiscopales sont au plus mal. Avec le concours du pape Urbain IV, il prélève les revenus des salines monastiques cisterciennes, prémontrées et bénédictines. L'année suivante, il peut acheter à trois chevaliers vicois, Huart, Bertrand et Renaud, le droit d'édifier des salines à Moyenvic, leur laissant la jouissance de celles-ci durant 3 ans. En 1268, l'abbaye de Salival se défait auprès de l'évêché messin de la saline de Saléaux. Celle-ci est  hypothéquée en 1269 auprès du comte Henri IV de Salm. Ces transactions augmentent encore le potentiel fiscal de l'évêché. Le prélat Gérard de Relanges (1297-1302) acquiert entre 1296 et 1301 des salines à Marsal et Moyenvic, exceptées celles des chanoines de Saint-Gengoult de Toul et fait édifier un petit château de plaisance où il décèdera le 30 juin 1302. En 1299, un bourgeois de Vic, Jean Poiret, propose alors à l'évêque Gérard de Relanges d'exploiter les bancs de sel en creusant des galeries ; de peur de tarir les sources salées, le refus est catégorique.

La compétition est rude pour la possession des salines saulnoises et l'évêque de Metz, Philippe de Florange (1260-1263) est parfois confronté aux pires difficultés. En 1267, le duc Ferry III de Lorraine (1240-1302) et le comte de Bar détruisent la quasi-totalité des salines de Moyenvic. En 1273, le duc de Lorraine se saisit des salines épiscopales de Marsal et de Vic-sur-Seille car l'évêque de Metz Laurent de Lichtenberg (1269-1280) ne peut rembourser les emprunts ducaux contractés. Pour le contrôle des salines vicoises, la rivalité entre le pontife messin et le duc lorrain bat son plein et se traduit par une série de coups de main entre 1275 et 1278. L'évêque Gérard de Relanges essaye de calmer le jeu.

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Dieuze (Moselle)
Dessin de la cité et de la saline fortifiée (XVIIe siècle)
Musée d'Art et d'Histoire de Toul.

A partir du XIVe siècle, l'évêque de Metz, Renaud de Bar (1302-1316) et le duc de Lorraine se partagent l'exploitation du sel en Lorraine. Les salines de Marsal, Moyenvic et Vic appartiennent désormais à l'évêché messin et celle de Dieuze, Amélécourt, Château-Salins et Lindre-Basse dépendent du duché lorrain (le duc de Bar et le comte de Deux-Ponts possèdent respectivement des parts dans les deux dernières). En ce qui concerne l'origine des droits des ducs de Lorraine à Dieuze, il semble que le duc Ferry II y possède des serfs en 1211 et que le duc Thiébaut II obtint dès 1216 du chapitre de la Madeleine de Verdun plusieurs droits, dont la possibilité d'exploiter le sel, moyennant le paiement d'une redevance. En 1259, le duc Ferry III doit concéder Dieuze à son oncle Jacques de Lorraine, mais en 1260, à la mort de ce dernier, Dieuze revient définitivement au duc de Lorraine. A l'instar de Rosières-aux-Salines (dans le Lunévillois) Dieuze devient la seconde saline ducale. Enfin, en 1296, le chapitre de la Madeleine de Verdun octroie ses derniers biens dieuzois en bail au duc de Lorraine.


Abbayes, chapitres cathédraux et collégiaux
possédant des salines dans la haute vallée de la Seille du VIIIe au XIe siècle

Réalisation Olivier PETIT


Abbayes, chapitres cathédraux et collégiaux, ordres militaires et hospitaliers
possédant des salines dans la haute vallée de la Seille du XIIe au XIVe siècle

Réalisation Olivier PETIT

Après 1300, les mentions d'autres salines privées ou religieuses sont rares. Les abbayes détenant des places et poêles à sel dans le Saulnois rencontrent de plus en plus de difficultés pour exploiter le sel en raison notamment de l'éloignement. La nécessité de se défaire de ces établissements salins passe alors par la donation ou la vente. La collégiale de Marsal récupère ainsi quelques places à sel de l'abbaye cistercienne de Cherlieu en 1298.

La lutte entre le pontife et le duc n'est pas achevée ; le contrôle du sel étant si important, le différend tourne parfois à la guerre ouverte. En 1326, les troupes ducales détruisent les salines épiscopales de Vic-sur-Seille (Ce coup d'arrêt guerrier met un terme à l'activité saline vraisemblablement avant 1402) et une forteresse ducale est construite à Château-Salins pour protéger la production de sel.

En 1347, les deux protagonistes essayent enfin de s'entendre sur la mise en place d'une saline commune ; mais le projet est rapidement abandonné. Entre 1379 et 1382, le conflit reprend entre l'évêque Thierry V Bayer de Boppart (1363-1384) et le duc Jean 1er de Lorraine (1348-1389) pour le contrôle de Salonnes et de Dieuze. Les salines et la cité de Moyenvic sont cernées de murailles sur ordre du pontife messin en 1360 puis restaurée en 1384. Le duc de Lorraine Raoul obtient le droit de prélever une rente de 200 livres sur les marais salants moyenvicois.

 

Le XVe siècle : le duc de Lorraine s'impose

En 1402, l'évêque de Metz et le duc de Lorraine s'entendent pour la mise en valeur des salines de Marsal et de Moyenvic. Les dispositions prises sont confirmées en 1413, 1423 et 1449. Entre temps, en 1426, ces salines sont inféodées au duc Charles II de Lorraine par l'évêque messin pour 3 700 florins d'or et 200 muids de sel par an.

Instaurée dans le royaume de France dès 1345 par Philippe VI de Valois, la gabelle fait des émules en Lorraine à partir de 1402. Les ducs, évêques, chapitres cathédraux et abbayes appliquent ainsi cet impôt sur le sel avec une satisfaction non dissimulée. Les rentrées d'argent participent aux redressements financiers.

La Guerre de Cent Ans nuit gravement au fonctionnement des établissements salins puisque les Ecorcheurs saccagent et incendient les sites de Château-Salins et Salonnes. Les ducs de Lorraine, René d'Anjou et René II de Lorraine poursuivent leur mainmise sur l'exploitation du sel aux dépens de l'évêché de Metz. La carence de main d'?uvre et la concurrence des autres centres salins, notamment allemands, a pour conséquence la fermeture des salines de Lindre-Basse en 1493, de Bride et d'Amélécourt à la fin du siècle, au moment même où les cités de Dieuze et Marsal et leurs salines s'entourent de murailles.

 

Conclusion

L'exploitation du sel dans le Saulnois est une activité millénaire que les moines et les chanoines ont su valoriser. Peu à peu, la possession et l'exploitation des réserves salifères passe entre les mains des évêques de Metz et des ducs de Lorraine qui entendent bien exclurent les monastères et autres propriétaires privés de la donne.

Enfin, il faut souligner que la politique du sel menée par les évêques de Metz et les ducs de Lorraine a largement contribuée à l'essor de cette activité saline.

Olivier  PETIT
Titulaire d'une maîtrise d'Histoire  Médiévale,
l'auteur se consacre à l'étude de la féodalité,
de l'ordre de Cluny et
de l'histoire de la Lorraine médiévale.

Textes, photos et cartes sont de l'auteur

Bibliographie sélective

  • HIEGEL Charles, L'industrie du sel en Lorraine, extrait de " position des thèses ", Ecole des Chartes, Paris 1961.
  • HIEGEL Charles, Le sel en Lorraine du VIIIe au XIIIe siècle, les annales de l'Est, 1981.
  • HIEGEL Charles, Les nouvelles salines du Saulnois aux XIIIe et XIVe siècles, Annuaire de la SHAL, 1980.
  • KREMER Guy, Les archives du sel à Dieuze, DESS en archivistique.
  • OFFROY. G et R, Château-Salins autrefois, Editions Pierron, Sarreguemines, 1984.
  • PENIN. C, Moyenvic, passé et présent d'un village lorrain du Saulnois, Editions Pierron, Sarreguemines, 1988.
  • Le sel et son histoire, Université de Nancy II, 1981.






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