Numéro 12 - Février 2006
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Croyances & superstitions
Le Cycle des douze jours
par Elisabeth Féghali
Littérature comparée
Etude comparée des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis - Partie I
par Shimrod
Etude comparée des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis - Partie II
par Shimrod
Etats latins d'Orient
La Prise d'Antioche 1/3
par Maxime GOEPP
par Benjamin Saintamon
Linguistique
Introduction à la lexicométrie
par Christian Féghali
Droit médiéval
La lettre de rémission
par Jean-Pierre PHELOUZAT
La terre, la société et le droit
par Jean-Pierre PHELOUZAT
Economie
L'or blanc du Saulnois
par Olivier Petit
Empire Byzantin
La chute de l'Empire byzantin
par Paul Matagne
Croyances & superstitions
L'Ars Moriendi
par Aimeric Vacher
Architecture religieuse
Le Nefin des croisés au Liban (Anf-el-Hajar)
par Elisabeth Féghali
Notre-Dame-des-Vents (Saydet-er-Rih)
par Elisabeth Féghali
Etude comparée des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis - Partie I

Etude comparée
des oeuvres de J.R.R. Tolkien et C.S Lewis
(première partie)

 

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©Paulines Baynes

        Le faramineux succès public et critique de la trilogie du Seigneur des Anneaux au cinéma (près de trois milliards de dollars de recettes cumulées à travers le monde et 17 Oscars) constitue un terrain fertile où fleuriront sous peu moult adaptations d'oeuvres littéraires. D'ambitieux projets illustrant un imaginaire médiéval plus que jamais en vogue en ce début de troisième millénaire...
        La première de ces adaptations concerne les Chroniques de Narnia, un classique de la littérature britannique pour la jeunesse en sept tomes, écrit par Clive Stapples Lewis à partir des années 50.
        Il aura été difficile d'échapper à la promotion du film adapté du premier tome, Le Lion, la sorcière et l'armoire magique, distribué par Disney durant les fêtes de fin d'année 2005. 
        Difficile aussi d'échapper aux lieux communs et aux comparaisons-marketing hâtives. Un "scoop" relayé par différents médias m'a ainsi amené à réagir ici : je le citerai par exemple dans le magazine Ciné Live de juillet-août 2005, où Gregory Alexandre voit dans les sept tomes de Narnia :

 

 

"les Harry Potter de l'époque, qui inspireront rien moins qu'un certain J.R.R. Tolkien pour un gros oeuvre à venir"
(Ciné Live n° 92, p.110)



        Je commencerai par démontrer dans Citadelle l'absurdité de cette rumeur, qui ne saurait résister à une étude chronologique comparée de la genèse des oeuvres de Tolkien et Lewis. Je présenterai à cette occasion C.S. Lewis, écrivain jusqu'ici assez peu connu en France. Son parcours est pourtant intéressant à plus d'un titre, ne serait-ce que parce qu'il se révèle singulièrement proche de celui de son ami J.R.R. Tolkien. Tous deux partagèrent en effet l'insigne honneur de faire rêver des générations de lecteurs grâce à des univers de type médiéval inventés de toutes pièces. Je m'appuierai principalement sur J.R.R. Tolkien, une biographie, l'indispensable ouvrage de Humphrey Carpenter chez Christian Bourgois éditeur 2002.
        Enfin, sans plus m'attarder sur le houleux débat "qui a inspiré qui" - les clubs et forums d'admirateurs des deux écrivains s'en chargent actuellement - je soulignerai alors avec de nombreux exemples le grand intérêt qu'il peut y avoir à comparer leurs deux oeuvres, leurs surprenants points communs et leur originalité propre.

 

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©Paulines Baynes

 

I - Juste une mise au point...

        A - Quand deux grands esprits se rencontrent

        En 1926, J.R.R Tolkien a 34 ans. Titulaire de la chaire d'anglo-saxon à l'université d'Oxford, il fait la connaissance de C.S. Lewis, 27 ans, nouveau professeur de littérature anglaise du Moyen Age et de la Renaissance. Tous deux sont orphelins et ont perdu leurs meilleurs amis durant la Première Guerre Mondiale, tous deux y ont été choqués par la montée en puissance des Machines, tous deux sont captivés par la mythologie nordique. Ils aiment les randonnées, rire et boire de la bière. Un essai de C.S. Lewis, The four Loves décrira sa conception de l'amitié masculine. Il y évoque une longue journée de marche suivie d'une halte dans une auberge :

 

 

"ce sont les heures dorées, nos pantoufles aux pieds, nos pieds tendus vers la flamme, un verre à portée de la main, où le monde entier, et parfois plus encore, s'ouvre à nous pendant que nous parlons...".
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p.134) 

Ce point de vue était partagé par Tolkien, qui l'illustrera dans les scènes de la vie quotidienne de ses chers Hobbits...
        Leurs points communs vont se révéler plus forts que leurs différences, qui auraient pu les séparer dans l'univers assez compartimenté d'Oxford : Tolkien est un linguiste et un catholique fervent alors que Lewis, enseignant en littérature, a été élevé comme un protestant avant d'évoluer à l'adolescence vers les mythologies païennes (ce goût sera très sensible dans l'imposant bestiaire, issu de la mythologie grecque, que l'on relève dans le monde de Narnia). A l'époque de leur rencontre, Lewis professe une sorte de théisme. Mais ils sympathisent rapidement et Tolkien, après de très longues discussions, parvient même à amener Lewis à la foi chrétienne - mais cependant pas jusqu'au catholicisme. Humphrey Carpenter rapporte ainsi une fameuse nuit de débat en 1931 sur la signification des mythes.

 

 

Lewis "ne comprenait pas la fonction du Christ [...], ne voyait pas le sens de la crucifixion et de la résurrection. Il dit qu'il avait besoin de comprendre le but de ces événements". Pour Tolkien, il n'était pas utile de demander aux Evangiles plus de sens qu'aux mythes nordiques (Lewis avait toujours été ému par les histoires de mort et de résurrection de divinités telles que Balder). Tolkien pensait que les mythes n'étaient pas des mensonges mais des inventions à propos de la vérité. "Nous sommes venus de Dieu et les mythes que nous tissons, même s'ils renferment des erreurs, reflètent inévitablement un fragment de la vraie lumière..."
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p.132)

        Une influence décisive car, au début des années 40, Lewis devint célèbre pour des écrits religieux comme Le problème de la souffrance ou Tactique du diable.          
 
        Mais revenons un peu en arrière : en 1927, Tolkien fait aussi découvrir à son nouvel ami le club de lecture des Coalbiters, qui traduit les sagas islandaises. En 1931, faute de nouveau texte à lire, le club ferme et nos deux enseignants rejoignent les fameux Inklings. Ses membres se réuniront alors régulièrement chez Lewis ou dans un pub. Ce nouveau club littéraire a une grande importance pour nous car Tolkien y lira devant une assistance conquise des pages manuscrites de Bilbo le Hobbit fin 1932, puis du Seigneur des Anneaux :

 

 

"A l'été 1947, Tolkien décida que le Seigneur des Anneaux était si près d'être fini qu'il pouvait en faire lire le manuscrit"
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p.185)

        Voilà qui m'amène au point fondamental de ce début d'article : à savoir que C.S. Lewis connaissait l'oeuvre de Tolkien et ce, avant même d'écrire sa série sur Narnia.
        Pourquoi a-t-on pu lire ou entendre ces derniers mois que ces sept livres avaient inspiré Le Seigneur des Anneaux ? Tout d'abord, peut-être, à cause d'une confiance un peu naïve de certains journalistes dans le dossier de presse du film, document promotionnel pour qui tout ce qui est nouveau doit être "meilleur, plus grand, plus fort". Mais un examen superficiel des dates d'édition de ces romans peut sembler aussi corroborer cette thèse...
        C.S. Lewis hébergea quatre enfants chez lui durant la Seconde Guerre Mondiale. Ce souvenir lui fournit l'idée de départ du premier tome des Chroniques de Narnia : Le Lion, la sorcière et l'armoire magique. Il le rédigea en 1949 et le publia en 1950. Puis sortirent très rapidement Le prince Caspian (1951), L'Odyssée du passeur d'aurore (1952), Le fauteuil d'argent (1953), Le cheval et son écuyer (1954), Le neveu du magicien (1955 - ce livre est en fait le tout premier puisqu'il montre la genèse de Narnia), et La dernière bataille (1956).
        De son côté, La Communauté de l'Anneau de J.R.R. Tolkien parut durant l'été 1954, suivi par Les Deux Tours en novembre de la même année, puis du Retour du Roi en octobre 1955.
        D'un simple point de vue mathématique, la série de Lewis aurait pu inspirer Le Seigneur des Anneaux. Mais ce serait méconnaître profondément l'oeuvre de Tolkien que de la limiter à cet unique livre, dont les racines sont profondes (comme je l'ai déjà évoqué dans d'autres articles de Citadelle ...). Pour rappel, son univers prend place dans Le Silmarillion, lequel voit le jour à partir de 1917 (même s'il ne sera édité qu'après sa mort par son fils Christopher). En outre, Le Seigneur des Anneaux, conçu au départ comme une suite à Bilbo le Hobbit, grand succès de la littérature pour la jeunesse à partir de 1937, a mis plus de 16 ans avant d'être publié.
        L'écart très important entre les dates de rédaction et d'édition des oeuvres de Lewis et Tolkien est assez révélateur de leur rapport à l'écriture...

 

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©Paulines Baynes

 

B - Quand deux grands esprits se confrontent
        a) Des manières de travailler bien différentes...

        Deux anecdotes racontées par Humphrey Carpenter témoignent ainsi de l'attitude de Tolkien envers son oeuvre. La première prend place en 1923 :

 

 

"Le livre des Contes Perdus - futur Silmarillion - était presque fini" (quelques efforts suffisaient pour achever l'ensemble). Pourtant, Tolkien ne se pressait pas (...) qu'est-ce qui le retenait ?  D'abord, son désir de perfection, et peut-être aussi quelque chose que Christopher Wiseman [dernier survivant de ses amis d'enfance morts dans les tranchées françaises] avait dit un jour à propos des elfes de ses premiers poèmes : "pour toi, ces créatures sont vivantes parce que tu es encore en train de les créer" (...)
Tolkien ne voulait pas finir parce qu'il ne voulait pas contempler en face l'idée qu'il  n'aurait plus rien à créer dans son monde inventé."
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p.105).

Ceci avait à voir avec le rôle quasiment sacré de "sous-créateur" que Tolkien prêtait à l'écrivain.
Mr Carpenter oppose un peu plus loin les méthodes de travail de Lewis et Tolkien :

 

 

"Tolkien avait la passion de la perfection pour toute chose écrite [...] Cela venait de son lien sentimental avec son oeuvre [...] Rien n'allait à l'imprimerie qu'il n'eût revu, corrigé et maintes fois poli - ce en quoi il était tout le contraire de C.S. Lewis, qui envoyait ses manuscrits à la publication sans presque les relire."
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p.129-130)

 
        Ceci n'enlève rien à l'efficacité des Chroniques de Narnia : ses sept tomes, écrits en presque sept ans, eurent un succès aussi foudroyant auprès de la jeunesse britannique que n'en eut Bilbo le Hobbit, raconté aux trois garçons de Tolkien un peu avant 1930 et édité au bout d'une période de temps équivalente...
Cette apparente facilité du créateur de Narnia provoqua alors l'irritation de Tolkien, d'autant qu'après avoir fait de Lewis l'un des tous premiers lecteurs de son oeuvre personnelle, il commençait à s'éloigner de lui depuis 1945...

 

        b) Un témoin privilégié (1927-1949)

        Au début de son amitié avec C.S. Lewis, J.R.R Tolkien avait déjà écrit plusieurs des contes qui composeraient Le Silmarillion.

 

 

"Chacun lisait les poèmes de l'autre et Tolkien prêta à Lewis le manuscrit de la Geste de Beren et Luthien"
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p. 135)

       Lewis apprécia beaucoup le texte mais fit quelques remarques sous forme de jeu littéraire.

 

 

"Tolkien s'en amusa mais ne reprit aucune des corrections suggérées par Lewis. Mais il réécrivit presque tous les passages critiqués par son ami, à tel point que ce n'était presque plus le même poème. Lewis découvrit bientôt que c'était typique de sa part : "il réagit à la critique de deux façons [...] Soit il recommence tout depuis le début, soit il n'en tient aucun compte".

Voilà qui définit déjà en partie les limites du rôle que jouera dans les deux décennies à venir le futur auteur de Narnia auprès de Tolkien : celui d'un égal à qui l'on prête une oreille attentive mais dont les conseils, touchant à un univers très personnel, n'ont cependant pas force de loi.
        Cette position, parfois frustrante pour quelqu'un d'aussi intelligent que Lewis, l'amena, alors qu'ils s'éloignaient l'un de l'autre à partir de 1945, à lancer avec amertume : 

 

 

"Personne n'a jamais influencé Tolkien - autant vouloir influencer un dragon"
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p. 185)

Mais C.S. Lewis se montrait alors trop dur avec lui-même : nul autre que lui en effet, excepté Christopher Tolkien, n'a eu de position plus favorable pour accompagner la création de la Terre du Milieu :

 

 

"A la fin des années 30, seul CS Lewis connaissait l'immense oeuvre en devenir de Tolkien"
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p. 156)



        En outre, il disposait de vastes facultés créatrices, de dynamisme et de volonté, qui manquèrent par instants à Tolkien, lequel évoque un projet entrepris avec son ami vers 1937 :

 

 

"selon lui, The Lost Road (texte introduisant l'histoire de Numénor, variation autour de l'Atlantide qui hantait ses rêves depuis l'enfance) serait due à une remarque de Lewis : "il y a trop peu de ce que nous aimons vraiment dans les légendes. Je crains que nous ne soyons obligés d'en écrire nous-même".  Nous décidâmes (écrit Tolkien) qu'il essaierait "les voyages dans l'espace" et moi "le voyage dans le temps". Ils décidèrent aussi que les histoires mèneraient toutes à la découverte du Mythe. Lewis écrivit une trilogie : Out of the silent planet et Perelandra furent applaudis par Tolkien, qui poussa un éditeur à accepter le 1er tome après deux autres refus. Les Adam et Eve de Perelandra furent appelés Tor et Tinidril, marquant l'influence de Tuor et Idril de la Chute de Gondolin écrite par Tolkien."
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p.157)

Si The Lost Road fut abandonné en tant que tel par Tolkien pour être remanié plus tard au sein du Silmarillion, Lewis mena à terme son projet personnel avec Cette hideuse puissance.
        Son enthousiasme pour l'oeuvre de Tolkien (lequel ne le paya pas toujours en retour, on va le voir...) fit rarement défaut : par exemple, en septembre 1937, il écrivit une critique élogieuse sur Bilbo le Hobbit dans le supplément littéraire du Times.
        Plus tard, il montra une très grande admiration pour le travail de Tolkien sur Le Seigneur des Anneaux, excepté les poèmes qu'il contenait. Il joua un rôle certain dans l'achèvement de l'oeuvre, comme l'atteste Humphrey Carpenter :

 

 

au début de 1944, Tolkien n'avait pas touché à son livre depuis des mois, disant : "Il semble que je n'ai plus d'énergie mentale, plus d'imagination". Mais Lewis avait remarqué ce qui se passait et il pressait son ami de se remettre au travail et de finir le livre. "J'avais besoin d'être poussé", dit Tolkien."
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p.181)


        A partir de 1944, quand Christopher Tolkien fut enrôlé dans l'aviation en Afrique du Nord, une abondante correspondance avec son père à Oxford fait état de la progression de la trilogie, assortie des réactions de C.S. Lewis à chaque nouveau chapitre (id. p.181-183).
        Une fois le roman enfin achevé et corrigé en 1949, avant même de contacter son éditeur, Tolkien envoya son premier manuscrit au propre à Lewis qui lui écrivit :

 

 

"j'ai bu la coupe abondante et satisfait ma soif ancienne [...] Si je ne mets dans cette lettre aucune critique, c'est que tu en connais la plupart et que tu les as déjà rejetées [...] les défauts que j'y vois ne peuvent que retarder et encombrer le jugement : la simple splendeur de l'histoire peut tous les balayer [...] Je te félicite. Toutes les années que tu y as passées sont justifiées."
(J.R.R. Tolkien, une biographie, pp. 187-188)


        Tolkien eut d'autres occasions de donner lui aussi un coup de pouce à son ami : en 1938, il écrivit le conte Le fermier Gilles de Ham. Edité en 1949, ce texte fut accompagné de dessins d'une jeune artiste appelée Pauline Diana Baynes. Son faux style médiéval plut beaucoup à Tolkien, et il en dit :

 

 

"Ce sont plus que des illustrations, c'est un thème en contrepoint"
(pp. 153-154)

Il la conseilla plus tard à C.S. Lewis pour illustrer les histoires de Narnia, poste qu'elle occupa brillamment à chaque réédition des Chroniques...

 

        c) Une amitié mise à mal.

  
        Au moment de l'impression de La Communauté de l'Anneau en 1954, Lewis fut tout naturellement l'un des trois écrivains à qui l'éditeur Stanley Unwin fit appel pour un "prière d'insérer " plein de flamme. Mais son parallèle avec l'Arioste ne fut du goût ni de l'auteur, ni des critiques...
        Ceci m'amène à évoquer les désaccords entre les deux écrivains, dissensions qui furent de plus en plus nettes après 1945 - serait-ce parce que Lewis soupçonnait à tort Tolkien de ne pas avoir appuyé sa candidature à la chaire de littérature anglaise de Cambridge ? -  et surtout à la sortie des 7 tomes des Chroniques de Narnia
        En tant que linguiste attaché à donner un sens et une réalité aux mots utilisés dans ses romans, Tolkien n'aimait pas toujours les noms inventés de façon assez fantaisiste par Lewis dans ses oeuvres. Plus grave, il eut la plume lourde concernant That hideous strength, le troisième roman de science-fiction composant son projet "les voyages dans l'espace" :

 

 

"Foutaises, j'en ai peur.".
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p. 157)


        En 1949, Lewis lut à son tour à son ami le premier tome de Narnia, Le Lion, la sorcière et l'armoire magique. Ce dernier ricana :

 

 

"cela ne va pas du tout ! " [...] Lewis le termina tout de même [...] Pourtant, Tolkien ne changeait pas d'avis [...] Il pensait sans doute que Lewis s'était inspiré de ses propres idées et de ses histoires et [...] s'irritait peut-être de voir son ami, après avoir écouté dans son fauteuil les contes de la Terre du Milieu [...], prendre la plume et "s'y mettre" à son tour." 

En dépit du grand succès de l'ensemble des Chroniques de Narnia, Tolkien resta toujours sur ses positions, n'aimant ni le style ni les choix littéraires de Lewis :

 

 

"Il est regrettable, écrivit-il en 1964, que Narnia et toute cette part de l'oeuvre de Lewis me soit restée antipathique, comme une part de mon oeuvre l'a été pour lui".
(J.R.R. Tolkien, une biographie, p. 185)

Ce témoignage aussi clair rapporté par Humphrey Carpenter est très intéressant, touchant à la fois le refroidissement des relations entre les deux auteurs et la comparaison de leurs deux univers merveilleux, à laquelle je m'exercerai assez brièvement dans ma seconde partie.

 

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