Numéro 13 - Avril 2006
Li Cris le Herault
Editorial
par Elisabeth Féghali
Le Mouvement Néo-Médiéval
Le "Royaume" de TF1
par Shimrod
Etats latins d'Orient
La Prise d'Antioche 2/3
par Maxime GOEPP
par Benjamin Saintamon
Numismatique
Introduction à la numismatique ancienne
par François-Xavier Féghali
Critique de Roman historique
Place du Moyen Age dans Cluny le Fléau
par Elisabeth Féghali
Cuisine médiévale
Recette de la lamproie frite à la sauce chaude
par François-Xavier Féghali
Introduction à la numismatique ancienne


Introduction à la numismatique ancienne
                                                    première partie

 

" L'argent disoyent les sept sages de Grece
est le sang & l'ame des hommes,
& celuy qui n'en a point chemine mort entre les viuans
. "
Scipion de Gramont
Le Denier royal. Traicté curieux de l'or et de l'argent.
Paris, Toussaint Du Bray, 1620, page 9.

 

    C'est au cours d'échanges de courriers électroniques avec Michel Prieur, numismate professionnel du site www.cgb.fr, que l'idée d'un article introductif à la numismatique ancienne m'est apparu. Il me fit remarquer que :

                   

" […] l'intérêt principal des monnaies du Moyen Age pour le médiéviste moderne est qu'il s'agit pratiquement du seul objet authentique de sa période de prédilection qu'il puisse posséder : on trouve des monnaies du Moyen age à partir d'une vingtaine d'euros, qu'elles soient féodales ou royales ".


On pense donc, peut-être à tort, que ces objets authentiques ne sont pas accessibles au collectionneur ou au simple amateur, ou sinon à des prix exhorbitants. Une fois cette constatation faite, il ressort que ce thème reste trop rarement étudié, d'où un certain à-priori.

Me penchant sur le sujet, je découvre avec admiration l'étendue et la richesse de la production monétaire au cours des siècles. Introduite à travers le monde à diverses époques et sous différentes formes, l'étude de l'évolution de la monnaie à travers les âges devient un sujet passionnant. Ainsi, je tacherai, au travers de divers articles à venir, de présenter la naissance et l'évolution de ce moyen d'échanges.


                   

" […] il n'y a chose au monde quitant accomode les hommes,
& dont ils puissent moins se passer que d'argent, c'est-à-dire la Monnoye,
soit-elle en metal, ou en autre matiere, de laquelle mise en detail,
on le sert ordinairement pour tous les usages & commoditez de la vie
. "
Scipion de Gramont, Le Denier royal. Traicté curieux de l'or et de l'argent.
Paris, Toussaint Du Bray, 1620, page 3.

 


Pièces du Siège de Cambrai
copyright http://www.cgb.fr

De l'usage de la monnaie…

 
    L'usage de la monnaie pour le commerce entre les hommes est tellement nécessaire, que sans ce pivot, il n'y aurait pas d'échanges nationaux ou internationaux. Toute l'économie, depuis les anciens temps, repose sur l'achat et la vente de biens ou de services, hormis le troc qui ne pouvait satisfaire tout le monde, et la charité, le gage ou l'aumône ayant chacuns leurs limites.

    Bien qu'ayant subsisté très longtemps, notamment avec les relations commerciales entre l'Europe et le Canada jusqu'au XVIIe siècle, l'échange, ou le troc, a très vite montré ses faiblesses. En effet, comment échanger des biens fortement dissemblables ou non fractionnables ? Il est certain qu'il devient difficile d'échanger un gigot de mouton contre des étoffes sans devoir tuer la bête… Si un échange de la sorte n'est pas commode au sein d'une ville ou d'un village, il devient impossible au niveau national et impensable au plan international (les voyages vers des terres éloignées étant de plus en plus courants).

                   

"Mais qu'elle pitié seroit-ce quand il nous conuiendroit aller par pays,
& faire vn long voyage de deux ou trois cent lieuës sans denier ny maille ?
Il faudroit par necessité porter des viures auec foy, pour plus de quinze jours,
Comme faisoient les soldats Romains
[…] "
Scipion de GramontLe Denier royal. Traicté curieux de l'or et de l'argent.
Paris, Toussaint Du Bray, 1620, page 5.


Le problème devient plus épineux concernant le paiement des taxes et des droits. Si le seigneur pouvait lever sur ses terres les droits en nature, il était autrement plus complexe de régler un droit de passage sur un pont (péage), ou de payer son écot pour un repas.

                   

"Mais que voudrions-nous apporter au marché pour acheter nostre disner ?
faudroit-il donner vne peau d'aigneau pour auoir vn poisson,
ou bien troquer noz gants auec vn poulet
. "
Scipion de GramontLe Denier royal. Traicté curieux de l'or et de l'argent.
Paris, Toussaint Du Bray, 1620, page 8.

 
L'usage de l'argent devient donc la base du dynamisme économique, un vecteur de croissance. On passe dans un système monétaire qui va régir tout le Moyen Age. C'est sur cette volonté d'en avoir toujours plus que les voyages et les découvertes vont se multiplier, que les sciences vont progresser (astronomie, mathématiques), le droit (règles commerciales, héritages, actes de ventes et d'achats, de louage) s'exercer ou encore la guerre continuer.

 


De la valeur et de la matière…


    D'argent, de cuivre ou d'or, la monnaie n'emprunte pas sa valeur à la matière dont elle est issue ou composée, mais bien de l'idée que l'on s'en fait, ou de l'image qu'on lui prête. Au Moyen Age, comme de nos jours, ce n'est pas l'alliage ou le poids qui fait votre fortune, mais la marque officielle et sa reconnaissance auprès des autres. Le mot monnaie, vient du latin nummus, qui dérive d'un mot grec qui signifie "loi", et qui montre bien que c'est la nature qui donne la matière de la monnaie, mais que la valeur et la forme viennent de la loi :

  • du seigneur,
  • du roi,
  • de l'empereur.

Scipion de Gramont cite le témoignage de Guide Pape sur ce qui est arrivé en France du temps de l'emprisonnement du Roi Jean : l'argent était à ce point épuisé, que l'on fût contraint  de faire circuler de la monnaie de cuir, jusqu'à ce que le Prince, après quelques années, puisse la racheter toute.  Cet exemple montre bien que de cuir ou d'or, la monnaie conserve sa valeur, permettant ainsi à chacun de subvenir à ses besoins à l'intérieur du royaume.

 Il existe une grande variété de forme et de nature :

  • métaux (plomb, étain, cuivre etc),
  • organiques  (cuir, papier etc), dont nous allons essayer de donner quelques exemples :

                   

" La monnaie de cuir a été utilisée largement par Frédéric II au XIIIe siècle, pendant sa guerre contre l'Italie, ou encore en France au XVIe lors du siège de Cambrai  par les espagnols.
" En Angleterre, des anneaux de fer
" En Angola, la monnaie est faite de fibres végétales tissées.
" Au Mexique, dès le XVIe on rapporte l'utilisation de fèves de cacao
" Au Pérou, des feuilles de coca sont utilisées.
" Au Paraguay, des petits coings de fer
" En Chine, des pièces ou des grains d'or
" En Ethiopie, au XIVe, sous le règne du Negus, se sont les poivres et le sel de mine (sous forme de bâtonnets) qui sont utilisés.
" La monnaie papier, apparaît en Hollande en 1574, avec la légende "Pugna pro patria", dans la ville de Leiden assiégée par les Espagnols.
" Au Bengala, des coquilles de coquillages
" Royaume de Tartarie, des pelures d'écorce d'arbres marquées.

 

De la contrefaçon…

 
    De toutes les matières, c'est bien évidement vers l'or que les envies et besoins se sont tournés. Matière reconnue pour sa valeur au niveau international, et pour son très gros pouvoir d'échange, l'or a attiré la convoitise et donc les premiers faux monnayeurs.
L'or était le seul métal qui ne rouillait pas, ne perdait pas sa valeur, et pouvait donc être thésaurisé sans aucun risque. Mais il était difficile de l'utiliser comme monnaie courante. Les autres métaux comme le cuivre ou le plomb pouvaient rapidement s'altérer (au contact de la sueur notamment) ; les perles, perdre leur éclat ; le cuir brûler ; les pierres précieuses, brûler ou se briser.

    Ainsi, au Moyen Age on utilise tous les artifices et les alliages pour produire des pièces toutes identiques, en couleur et en poids. Le son d'une pièce n'est pas non plus négligé. Les pièces d'or et d'argent (dans une moindre mesure) étaient souvent "rognées", afin d'en récupérer le précieux métal. Il faudra ainsi attendre le XVIe siècle, avec Henri II, pour voir arriver des méthodes "plus industrielles" de création de la monnaie, rendant ainsi la contrefaçon bien plus difficile.

 

De la fabrication des monnaies…

 

    La fabrication des monnaies au Moyen Age dérive directement des méthodes employées dans l'antiquité : celle du marteau.


Origine Abbaye Saint-Georges de Boscherville XIIe siècle
A Saint Martin de Boscherville 76840
Chapiteau du chevet « LE MONNAYEUR »

                   

« ...le célèbre chapiteau du monnayeur, peut-être une représentation de
saint Eloi, très honoré dans le pays de forges qu'était la région de
Saint-Evroult en Ouche : un homme barbu s'apprête à frapper avec son marteau
sur un coin pour fabriquer une pièce. »
Remerciements à Jean Pierre DUPUIS de l'ATAR (Association Touristique de l'Abbaye Romane de Saint-Georges de Boscherville)

 

    Dans ses Considérations, B. Fillon donne une explication simple et ingénieuse de la fabrication de la monnaie, dont je résume ici les propos : on employait des morceaux de fer poli, les coins, sur lesquels les lettres ou images étaient enfoncées à l'aide de petites miniatures simples et interchangeables. Le burin rectifiait les imperfections (causant des renflements dû à l'écartement du métal) avant de durcir les coins dans une trempe. Le grènetis s'obtenait soit à l'aide d'une pointe dure, soit avec un poinçon ou un burin façonné de manière à obtenir des entailles régulières (cunéiformes ou semi-circulaires), quant au listel, il s'ébavurait à l'aide d'une lime. Mais cette théorie ne repose sur rien de certain, et  Adrien Blanchet, se basant sur certains bas-reliefs et vitraux, donne une explication un peu plus complète :


                   

"On étendait une lame de métal chaude sur une enclume, opération que l'on nommait battre la chaude, puis on la coupait en morceaux (couper carreaux)
Les morceaux étaient ensuite recuits et étendus (aplatis) au moyen d'un marteau nommé flatoir, avant d'êtres arrondis et blanchis, et d'être livrés pour être monnayés.
Le monnayage se faisait grâce à deux coins, l'un la pile, portant le revers de la pièce, l'autre, le trousseau,  représentant l'avers.
La pile, qui avait huit pouces de haut, était pourvue d'une espèce de talon au milieu et finissait en pointe, ce qui lui permettait de s'adapter dans un billot ou cépeau.
Le monnayeur ayant mis le flanc horizontalement sur la pile, le couvrait du trousseau et tout en le maintenant, frappait dessus avec un marteau jusqu'à qu'il est obtenu la double empreinte bien marquée.
En cas de mauvais résultat, on rengrévait le flanc, c'est-à-dire que l'on recommençait l'opération.


Cette méthode semble avoir perduré jusqu'au XVIe siècle, alors qu'en Allemagne (Nuremberg et Augsbourg) on commença à lui substituer des machines. En France, Henri II, soucieux de la qualité et voulant lutter contre les contrefaçons, fit créer les laminoirs des Etuves, sur le modèle Allemand. Aubin Olivier et, quelques années plus tard, Nicolas Briot, apportèrent quelques perfectionnements au système.


Fin de la première partie.

François-Xavier Féghali

 
Remerciements :

Isabelle Vauchel et Jean-Pierre Dupuis de l'ATAR (Association Touristique de l'Abbaye Romane de Saint-Georges de Boscherville).


Bibliographie

  • Le Denier Royal (Traicté curieux de l'or et de l'argent : à Monseigneur le comte de Schonberg)
    Par Scipion de Gramont Sieur de Sainct Germain
    Toussainct du Bray, Paris, 1620.
  • Nouveau manuel de Numismatique du Moyen Age et Moderne
    Par J. Adrien Blanchet, tomes I, II et III
    Librairie Encyclopédique de Roret, Paris, 1890.
  • Saint-Georges de Boscherville - 2000 ans d'Histoire
    Jacques le Maho et Nicolas Wasylyszyn.









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