Numéro 16 - Mai 2008
Les Tems d'Ars
Li Cris le Herault
par Elisabeth Féghali
Hauts personnages
René II duc de Lorraine
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Notre-Dame de la Fin des Terres de Soulac-sur-mer
par Elisabeth Féghali
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Ouvrage
Les salles des croisades du château de Versailles
par Elisabeth Féghali
Reportage
Le Château de la Mer - Saïda (Liban)
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par Elisabeth Féghali
Musique
Village Lanterne - Blackmore's Night
par François-Xavier Féghali
Croyances & superstitions
Conseils pratiques
par François-Xavier Féghali
René II duc de Lorraine

René II duc de Lorraine
Le prince qui défia le puissant duc de Bourgogne


Le duc de Lorraine, René II à cheval
Miniature du manuscrit "La Nancéide" de Pierre de Blarru. 
Fin XVe siècle. Collection du Musée Lorrain, Nancy.

Petit-fils de René d’Anjou, René de Lorraine vit le jour à Angers le 2 mai 1451. Fils aîné de Ferry de Lorraine comte de Vaudémont, baron de Joinville, sénéchal héréditaire de Champagne et de Yolande d’Anjou (fille de René), il passa toute sa jeunesse à la cour de son grand-père, en Provence et en Anjou. Ce prince avait cinq frères et sœurs : Nicolas, seigneur de Joinville et de Bauffremont ; Pierre ; Jeanne, femme de Charles d’Anjou comte du Maine ; Marguerite, épouse de René duc d’Alençon et Yolande, femme de Louis Landgrave de Hesse.

En 1463, à la fin du printemps, René d’Anjou fit jouer au château de Bar la « Farce des Pastoureaux » pour ses petits-enfants présents. En 1470, le jeune homme accompagna le duc de Lorraine dans ses déplacements notamment à Vézelise en juin.

Succédant à son oncle, Jean de Lorraine au début de l’année 1473 en tant que Capitaine d’Angers, Sénéchal et Gouverneur d’Anjou, René de Lorraine obtint donc de son grand-père René d’Anjou les gages associés à ces différentes fonctions en février.

Une mort subite bouleverse son destin.
En juillet 1473, l’éphémère duc de Lorraine Nicolas d’Anjou décéda laissant son cousin René dans un grand désarroi. Yolande d’Anjou devint alors duchesse de Lorraine situation qui ne durera pas puisqu’elle préféra laisser le duché entre les mains de son fils le 2 août de la même année, en se réservant cependant l’usufruit. René II, duc de Lorraine fit son entrée officielle à Nancy le 4 août.

Rapidement après son accession au pouvoir, le jeune duc fut sollicité par les deux grands princes européens : Louis XI, roi de France et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Le but de leurs manœuvres était de contracter une alliance. René II privilégia d’abord le roi de France en scellant avec lui le traité de Neufchâteau le 27 août 1473 ; en agissant de la sorte le duc de Lorraine n’obtint cependant pas de sérieuses garanties de la part du souverain. En proie à des difficultés financières, le duc demanda à son allié de lui prêter la somme de 20.000 livres. Il reçut un refus catégorique ce qui le poussa à se tourner vers le rival du roi de France, Charles le Téméraire. En effet, se sentant profondément bafoué, René II s’entendit alors avec le duc de Bourgogne lors du traité de Nancy, le 15 octobre 1473. Charles le Téméraire obtint le droit de placer des garnisons dans les châteaux lorrains de Darney, Epinal, Amance, Neufchâteau et Prény, créant ainsi une ligne de communication qui lui permettait de rallier le Luxembourg et la Bourgogne, le tout en territoire lorrain.


Le duc René II de Lorraine et la duchesse Philipote de Gueldre avec leurs fils
Vita Christi par Ludolphe le Chartreux. 1506. 
Bibliothèque Municipale de Lyon, manuscrit ms 5125, folio 3v.

Un duc de Bourgogne trop pressant.
René II ne pouvait plus supporter les agissements de Charles le Téméraire, pour qui la Lorraine représentait le territoire idéal qui lui manquait pour créer un grand territoire, un royaume médian dont il serait le prince. Des convois d’hommes et de marchandises traversaient son pays ; des bandes de mercenaires venant du Nord pillaient, brûlaient et tuaient les habitants de cette Lorraine à laquelle il était attaché. Le duc n’en pouvait plus.

Renonçant à son alliance avec Charles le Téméraire, le 9 juillet 1474, René II adhéra à la ligue formée par Louis XI, l’empereur, les princes allemands, les villes d’Alsace et les cantons suisses. Le 15 août suivant, le roi de France l’assura de son aide en cas d’attaque bourguignonne.

Après un court séjour dans les Vosges, notamment à Neufchâteau, Mirecourt et Dompaire, René II vint prendre possession du duché de Bar que lui a confié René d’Anjou, au cours du mois de novembre 1474.

Après avoir défié le duc de Bourgogne par l’intermédiaire de son héraut, le 9 mai 1475, le duc de Lorraine scella un traité d’alliance avec l’empereur le 17 mai. Peu de temps après, René II ne put empêcher les troupes bourguignonnes (environ 40 000 hommes) de pénétrer en Lorraine et de s’accaparer tous les châteaux sauf celui de Prény qui résista aux assauts. Le 30 novembre, Charles le Téméraire fit son entrée dans la cité de Nancy. Entre temps, une paix de neuf ans fut signée entre le roi de France et le duc de Bourgogne ; et un traité scellé entre le même duc et l’empereur.

Mécontent de la tournure des évènements et fortement résolu à ne pas se laisser faire, le duc de Lorraine constitua une force armée dans les Vosges avec les nobles lorrains restés fidèles ainsi qu’avec des mercenaires suisses venant de différents cantons. Mais les choses ne se passèrent pas si facilement et René II fut contraint de quitter le bailliage des Vosges car sa personne était sérieusement menacée. Il rendit alors à Joinville vers la fin de l’année 1475. Au cours de l’hiver 1475-1476, le duc de Lorraine manda deux émissaires en Suisse afin de recruter de nouvelles troupes. En avril 1476, ayant eut vent de la cuisante défaite bourguignonne à Grandson le 2 mars précédent, il envisagea immédiatement de reprendre le combat. De passage en Suisse où il tenta de convaincre les cantons de l’aider dans sa tache de reconquête de ses territoires, il prit part à la fameuse bataille de Morat, le 22 juin où le duc de Bourgogne fut défait.

La déconfiture du grand prince provoqua une virulente réaction en Lorraine de la part des habitants qui commencèrent la lutte, reprenant aux garnisons bourguignonnes plusieurs forteresses dont Vaudémont. René II put faire son entrée à Saint-Dié le 21 juillet et à Epinal le lendemain. Il entreprit peu après le siège de la forteresse de Châtel-sur-Moselle et de la cité Nancy ; cette dernière capitula le 8 octobre.


Armoiries de René II

Un duché de Lorraine retrouvé.
Le duc de Lorraine ne savoura pas longtemps la prise de sa capitale puisque les troupes du duc de Bourgogne y vinrent mettre le siège le 21 octobre. René II préféra quitter sa chère cité pour aller chercher de l’aide en Alsace, notamment à Sélestat où il séjourna le 1er décembre. Ayant pu convaincre les Alsaciens et les Suisses de l’aider dans sa tâche de recouvrir définitivement son duché, René II passa le 4 janvier 1477 à Saint-Nicolas-de-Port et se dirigea en direction de sa cité ducale. Le 5 janvier, les troupes bourguignonnes furent défaites par une forte coalition au cours de la bataille de ou plutôt pour Nancy. Le grand duc d’Occident, Charles le Téméraire y trouva misérablement la mort.

René II sortit inévitablement grandi de ce conflit qui d’ailleurs aurait pu définitivement lui coûter son duché. Fin janvier 1477, il réunit les Etats généraux de Lorraine puis se rendit auprès du roi de France Louis XI qui le félicita grandement.

Un héritage convoité.
A partir de mars 1477, le duc de Lorraine envisagea de s’assurer la possession de tous les biens de son grand-père, René d’Anjou. En effet, les duchés d’Anjou, de Bar, les comtés du Maine, de Provence et le royaume de Sicile faisaient partie de l’héritage de son aïeul mais s’était sans compter sur le roi de France qui entendait s’accaparer ces territoires.
Pendant que René II se rendait en Provence, les espions de Louis XI sillonnèrent son duché à l’affût de la moindre information le concernant. Ne pouvant rentrer dans ses Etats, le duc s’embarqua à Marseille le 25 novembre 1480 direction Venise où il arriva le 13 mars. Admis le 16 avril comme patricien de la cité des Doges, il scella un traité avec le doge Jean Mocenigo dans lequel il s’obligeait à venir défendre la république vénitienne en compagnie de 500 cavaliers et 1 000 hommes d’armes en cas de péril.
Au cours de l’année 1481, René II put enfin revenir en Lorraine en passant par la Suisse.
Entre temps, Louis XI avait intégré l’Anjou, le Maine et la Provence au royaume de France sans que le duc de Lorraine ne puisse s’interposer.


Le duc René II
Breviaire du duc René II de Lorraine. 
Bibliothèque de l'Arsenal, Paris, manuscrit F-Pa Ms. 601.

La guerre de Ferrare et ses déboires avec la royauté.
Le 3 mai 1482, la république de Venise déclara la guerre à Ercole d’Este, duc de Ferrare et partisan de Ferrante d’Aragon, usurpateur du royaume de Sicile, alors possession de la Maison d’Anjou. René II décida quelques après d’apporter sa précieuse aide au doge mais ne quitta sa bonne cité ducal de Nancy que le 11 mars 1483, en compagnie d’un bon nombre de seigneurs lorrains et de l’évêque de Verdun. En passant par la Suisse, le duc de Lorraine recruta de nombreux mercenaires lui permettant de porter à 200 cavaliers et à 1 000 fantassins son corps expéditionnaire. Il est reçu en grande pompe par le doge de Venise le 13 avril.

Après une brillante victoire sur Ercole d’Este et ses troupes le 20 avril, René II, fraîchement nommé capitaine général des troupes vénitiennes, entreprit le siège de la cité de Ferrare. Davantage préoccupé par le sort de la Sicile, le duc de Lorraine laissa le soin d’achever la prise de Ferrare au bâtard de Calabre. Il se retira donc à Padoue afin d’organiser l’expédition sicilienne mais en apprenant la mort du roi de France Louis XI, qui intervint le 8 septembre, il préféra s’en retourner en Lorraine dès le 22 septembre avant de se rendre auprès d’Anne de Beaujeu, la défunte reine et de Charles VIII, le tout jeune roi.
René II n’arriva à Blois que le 25 octobre où l’attendait la régente Anne de Beaujeu. Désirant se l’attacher, la reine de France lui restitua le Barrois, occupé jadis par Louis XI et lui proposa même d’épouser Philippe de Gueldres, ce qu’il fit d’ailleurs mais nous en reparlerons.

Le 27 juillet 1486, René II adressa une virulente protestation à la régente du royaume au sujet du rattachement définitif du duché d’Anjou et du comté de Provence alors qu’elle avait promis d’essayer de l’aider à récupérer ses droits sur ces deux principautés. Afin d’apaiser sa haine, Anne de Beaujeu le nomma Grand Chambellan et lui promit de lui fournir troupes et argents dans l’optique d’une nouvelle expédition en Sicile.

Apprenant qu’une révolte avait éclatée en Sicile contre le pouvoir de Ferrante d’Aragon au début de l’année 1488, René II se félicita de cet événement et rassembla ses troupes afin de reconquérir la terre de ses ancêtres. Mais, il ne pourra pas mener à bien son dessein car le roi de France Charles VIII lui intima l’ordre de s’en retourner en Lorraine puisqu’il envisageait lui-même de conquérir ce royaume de Sicile. Dépité, le duc obtempéra et fut également à cette occasion déchu de son commandement de la compagnie de Cent Lances et de la pension de 36 000 livres accordés en 1484.

René II ne comptait pas en rester là et revendiqua de nouveau le comté de Provence. Charles VIII lui accorda une nouvelle pension de 24 000 compensatrice, le 22 mai 1497.

Après la mort du souverain français le 7 avril 1498, le duc de Lorraine assista naturellement au sacre de Louis XII auquel il rend hommage pour le Barrois mouvant. Les relations avec le nouveau roi ne seront pas toujours au beau fixe car le duc essaya à maintes reprises de récupérer certaines terres lui ayant appartenues par le passé, comme celle de Gondrecourt.

Deux mariages.
Le duc de Lorraine René II se maria à deux reprises. Le 9 septembre 1471 il épousa Jeanne d’Harcourt, fille de Guillaume d’Harcourt, comte de Tancarville et de Yolande de Laval. Comme Jeanne ne put lui donner des enfants, il la répudia en 1475. Après une enquête de l’Official de Toul, une assemblée de religieux et de juristes annula enfin le mariage le 8 août 1485, soit dix années après la répudiation ducale. En guise de dédommagement, Jeanne d’Harcourt reçut à partir de juin 1486 une rente annuelle de 2 000 livres.

Ce fut à Blois que René II rencontra et épousa en secondes noces Philippe de Gueldres, nièce de la reine Anne de Beaujeu. Philippe était alors la fille d’Adolphe d’Egmont, duc de Gueldres et de Catherine de Bourbon. Un contrat de mariage fut signé le 28 août 1485 et le 1er septembre l’union fut célébrée à Orléans. De cette union naquirent douze enfants : Charles (né en 1486 et décédé jeune), François (né et mort le 5 juillet 1487), Antoine (né le 4 juin 1489, succèdera à son père), Anne (née en 1490 et décédé l’année suivante), Nicolas (né en 1493 et mort en bas-âge), Isabelle (née en 1494 et décédée avant 1508), Claude (né en 1496 et mort en 1550. Auteur de la branche des ducs de Guise de la Maison de Lorraine), Jean (né en 1498 et décédé en 1550. Cardinal-Diacre), Louis (né en 1500 et mort en 1528. Evêque de Toul puis abbé de Saint-Mihiel, devient comte de Vaudémont), Claude et Catherine (nées en 1502) et François (né en 1506 et décédé à la bataille de Pavie en 1525).


Palais ducal de Nancy 
(Cliché Olivier PETIT)

René II, un humaniste avisé.
Le nouveau palais ducal reconstruit peu après la bataille de Nancy ne fut pas sa seule résidence, il résida tantôt à Bar-le-Duc, Pont à Mousson, Gondrecourt ou Lunéville… La cour ducale le suivait partout où il se rendait et se composait en premier de la famille ducale, de nobles, écuyers, apothicaires, médecins, nourrices, serviteurs, folles et musiciennes.

A l’instar de la cour royale de France, celle de René II offrit un certain raffinement. Dès 1480, des spectacles inédits furent proposés à l’assistance, avec la mise en scène d’animaux exotiques en provenance d’Afrique, comme des lions par exemple. Des combats entre fauves et taureaux furent ainsi offert à cette cour ducale. La cour fut également le cadre d’un développement artistique et littéraire. Le mécénat ducal permit notamment aux peintres de s’exprimer pleinement ; Georges Trubert en tête. Collectionneur et humaniste avisé, le duc de Lorraine introduisit ainsi la Renaissance en Lorraine.

Une partie de chasse décisive.
Dès le 21 juillet 1482, René II avait fait rédiger un premier testament au moment où il se rendait en Italie. Le second testament qui intervint le 25 mai 1506, stipulait que les duchés de Lorraine et de Bar et le marquisat de Pont-à-Mousson seraient à jamais réunis sous un même gouvernement et que seul un homme pourra exercer le pouvoir.

Au cours de l’automne 1508, René II participa à une partie de chasse non loin du château de Fains, dans le Barrois. Ne s’étant pas suffisamment couvert, le duc de Lorraine prit froid. Rentré au château, le prince fut prit de malaises et peu à peu son état empira. Le 10 décembre, il fut retrouvé inanimé dans son lit. Un grand prince venait de mourir.

L’église des Cordeliers de Nancy, situé à côté du palais ducal, reçut la dépouille du bon duc René II. Dans les églises de la cité ducale comme dans celles du duché furent célébrées des messes en l’honneur du prince qui défia le grand duc d’Occident, Charles le Téméraire en le terrassant à la bataille pour Nancy.

Olivier PETIT
Titulaire d'une maîtrise d'Histoire Médiévale,
l'auteur est agent de bibliothèque en Lorraine

Bibliographie sélective :
- Paul MARICHAL, René II duc de Lorraine et les possessions de la Maison d’Anjou dans le Maine, 1909.
- Paul MARICHAL, René II duc de Lorraine et le domaine de Jeanne de Laval, in Mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc, 3e série, Tome III, pp. 65 à 96.
- Michel PARISSE, Noblesse et Chevalerie en Lorraine médiévale, PUN, 1982.
- Georges POULL, La Maison ducale de Lorraine, PUN, 1991.
- René DE VIENNE, René II et Venise 1480-1483, in Le Pays Lorrain, n°3, 1977, pp. 135 à 139.
 
 

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