Numéro 17 - avril 2009
Editorial
Li cris le herault
par Elisabeth Féghali
Néomédiéval
Le Trône de Fer (A song of Ice and Fire)
par Shimrod
Cinéma
Adémaï au Moyen Age - 1935
par Elisabeth Féghali
L'Annonce faite à Marie - 1991
par Elisabeth Féghali
Le Bon Roi Dagobert - 1963
par Elisabeth Féghali
Le Diable dans la ville - 1924
par Elisabeth Féghali
Le Trône de Fer (A song of Ice and Fire)

la saga du Trône de Fer 
(A song of Ice and Fire)


copyright ©

I - Quelques repères biographiques
 
 Fils d’un marin au long cours, George R.R. Martin est né en 1948 dans le New Jersey. Il découvre dès son plus jeune âge la science-fiction et l’Heroic Fantasy et commence à écrire et vendre des histoires de monstres aux autres enfants du voisinage...
Dans une interview, Martin précise :

          

I've always loved fantasy, since I first encountered Robert E. Howard and J.R.R. Tolkien in my high school days
blog Patrick Saint denis : interview de Martin en mai 2006

En ce qui concerne le père de Conan le Barbare, décédé en 1936, cette "rencontre" n’est à prendre qu’au sens de "découverte de l’oeuvre". Par contre, Martin aurait-il assisté, au tout début des années 1970, à une des dernières conférences universitaires de Tolkien ? Ni la suite de l’interview, ni le site officiel de George R. R. Martin ne permettent d’y répondre clairement... Quoiqu’il en soit, sa "rencontre" avec l’auteur du Seigneur des Anneaux sera assez déterminante pour que de nombreux lecteurs et critiques le considèrent plus tard comme son héritier.
Il obtient un diplôme de journalisme et enseigne cette matière plusieurs années au Clarke College en Iowa.
Au début des années 80, il part pour Hollywood et y devient scénariste de séries télévisées (il sera entre autres, l’auteur de 13 épisodes de la très esthétisante version moderne de La Belle et la bête, avec Linda Hamilton et Ron Perlman)
20 ans plus tard, le voici lauréat d’une vingtaine de prix littéraires (dont quatre prestigieux prix Hugo pour ses romans courts et trois Nebula - jusqu'à présent - pour la série du Trône de Fer, traduite en 18 langues !)


copyright ©

II - Présentation de la saga du Trône de Fer (A song of Ice and Fire)

 Georges R.R. Martin a commencé la rédaction de A song of Ice and Fire en 1991. Le premier volume (A Game of Thrones) a été publié aux Etats Unis en 1996. Il s’est vu édité et scindé en deux parties en France par Pygmalion en 1998 : Le trône de Fer et Le Donjon rouge.
Martin y dépeint un univers qui pourrait, au premier abord, appartenir à la Fantasy médiévale la plus classique : sur le continent fictif de Westeros, les grandes Maisons féodales Baratheon, Stark, Lannister, Greyjoy, Tyrell, Targaryen et Martell vont s’affronter pour la succession au fameux Trône de Fer, tandis qu’un hiver long de plusieurs années se prépare et que des forces lointaines et mystérieuses font peser une sourde menace sur l’ensemble des peuples...
Mais c’est sans compter le talent et l’acharnement de Georges R.R. Martin à bâtir peu à peu un monde bien plus réaliste que la moyenne du genre, foisonnant de cultures différentes, d’intrigues innombrables, de personnages contrastés, attachants... et mortels. Le ton adulte qu’il donne d’emblée à sa série, son refus du manichéisme dans lequel baigne le plus souvent la Fantasy deviennent sa marque de fabrique. En outre, chaque chapitre adopte le point de vue d’un héros différent, ce qui permet à Martin de varier les psychologies et niveaux de vocabulaire, nous faisant successivement partager la quête de justice de la jeune Daenerys Targaryen, l’humour pervers et les stratégies complexes du nain Tyrion Lannister ou encore la rigidité et le rude sens de l’honneur d’un des prétendants au Trône de Fer, Stannis Baratheon...
Le succès est immédiat et l’attente commence pour tous les lecteurs conquis !


copyright ©

Comme mentionné plus haut :

1996 : le premier volume, "A Game of Thrones" a été publié aux Etats Unis en 1996. Il s’est vu édité et scindé en deux parties en France par Pygmalion en 1998 : 
                                          "Le trône de Fer" (12/06/1998), Grand prix Locus 1997
                                          "Le Donjon rouge" (18/01/1999)
1998 : "A Clash of Kings", est aussi morcelé lors de la traduction en France et devient
                                          "La bataille des rois" (16/02/2000)
                                          "L’ombre maléfique" (17/05/2000)
                                          "L’invincible forteresse" (09/10/2000)
2000 : l’épais "A Storm of Swords" est à l’origine de 
                                           "Les brigands" (15/10/2001)
                                           "L’épée de feu" (12/04/2002)
                                           "Les noces Pourpres" (20/09/2002)
                                           "La Loi du Régicide" (03/02/2003)
2005 : "A Feast for Crows" donnera les volumes 10, 11 et 12 de la version française : 
                                           "Le Chaos" (01/06/2006)
                                           "Les Sables de Dorne" (18/10/2006)
                                           "Un Festin pour les Corbeaux" (09/11/2007)
En 1998 et en 2004, Martin écrit aussi deux longues et intéressantes nouvelles issues de son univers favori : "Le chevalier errant" et "L’Epée lige", éditées chez Pygmalion en 2008.


copyright ©

Pour imposante qu’elle soit déjà, la série n’est pas finie ! L’auteur devrait avoir terminé A Dance with Dragons à la fin de l’année 2008 et a prévu de poursuivre et clore la saga avec deux derniers pavés The Winds of Winter et A Dream of Spring...
 
A parte sur l’édition française
 
 Qu’on me permette ici une digression en commençant par l’éloge du travail du traducteur, Jean Sola (qui, en dépit de quelques longues phrases au style parfois un peu lourd, a transcrit avec inspiration d’innombrables noms propres et a donné vie et saveur à des discours aussi variés qu’un dialogue courtois ou un grossier patois).
Par contre, les choix de l’éditeur français Pygmalion me paraissent plus discutables :
Selon moi, conserver son titre original, A song of Ice and Fire ("La chanson de la glace et du feu"), à la fois plus poétique, plus abstrait et faisant référence à un héritage médiéval et à la tradition orale, aurait sans doute mieux convenu à une série qui aborde autrement plus de sujets que la "simple" succession au trône de Port Réal. De plus, le titre de chaque volume américain a le mérite de poursuivre dans cette voie d’abstraction et de poésie (voir les allitérations de "Clash of Kings", "Storm of Swords", "A Feast for Crows"...).


copyright ©

Le découpage des 4 ouvrages originaux en 12 volumes par la maison d’édition française présente aussi deux défauts :
* l’aspect financier tout d’abord : à 20 euros le volume, il y a de quoi hésiter avant de se lancer dans une série aussi longue et encore inachevée ! (d’autant que sa version originale coûte presque trois fois moins cher. De quoi hésiter quand on est bilingue...). Le prix ne se justifie même pas par l’acquisition d’un "beau livre", on parlera ici simplement de "grand format": les illustrations de couverture des volumes français ne font que reprendre – en les agrandissant - certains pans des illustrations originales américaines (une palme à La loi du régicide, zoomé à la limite du flou !).
* Le second défaut est l’inadaptation entre le titre français choisi pour un volume, son illustration de couverture et les évènements qu’il traite. Que mettre en avant parmi tant de péripéties ? Pour faire bref, je prendrais l’exemple du volume 6 Les brigands, choix tellement peu inspiré qu’il est devenu Intrigues à Port-Réal en édition de Poche... Le choix de titres plus abstraits aurait permis d’éviter cet écueil.
... car heureusement les 12 volumes sont à présent édités chez "J’ai lu" (j’aurais sans doute dû commencer par là mais j’avais à coeur d’évoquer la politique assez contestable de Pygmalion, qu’ont dû subir les premiers lecteurs français de Martin à partir de 1998. Désolé, les références de mes citations sont d’ailleurs issues de cette édition...).
Bref, l’édition de Poche est sûrement le meilleur choix actuel pour découvrir Le Trône de Fer...à moins que vous ne préfériez la réédition "à l’anglo-saxonne" qui vient tout juste de commencer - toujours chez Pygmalion - avec un premier volume regroupant Le Trône de Fer et Le Donjon Rouge... Un peu de patience avant d’acquérir les 4 volumes prévus !


copyright ©

Mais revenons plutôt à des considérations plus littéraires !
 
III - L’inspiration de George R.R. Martin
 
1) L’héritage de Tolkien
 
L’auteur du Seigneur des Anneaux est donc naturellement la référence pour Martin, avec lequel il ne partage pas que les initiales du prénom "R.R."...
Tous deux ont d’abord particulièrement soigné en profondeur "l’ illusion d’historicité" de leur univers respectif, ainsi que Martin le confirme dans une interview :

 

          

Robert Shaw : "La série intègre un "contexte historique" assez important. Avez-vous délibérément eu pour but de créer une matrice supportant la narration au premier plan ? "

G. R. R. Martin : " Oui. Je pense que c’est nécessaire dans la Fantasy contemporaine. Je pense que J. R. R. Tolkien, en écrivant le "Seigneur des Anneaux", fut le premier à le faire. Il a conçu un monde avec un niveau de détail impressionnant. [...] Je pense que ce fut le modèle pour les années qui suivirent. Les lecteurs de Fantasy veulent un monde riche en détail. Le cadre devient presque un personnage dans ce genre de littérature. Vous pourrez entendre des lecteurs parler d’aller en Terre du Milieu [...] ou à un autre des grands endroits qui ont étés créés par la Fantasy. On ne peut pas se défiler en faisant de la Fantasy dans un royaume quelconque. Les lecteurs veulent la sensation de l’histoire, ils veulent la sensation de réalité. L’ensemble que forment le cadre et le contexte doit être pleinement étayé. Donc oui, je travaille beaucoup pour essayer d’avoir cette impression de réel pour mon monde de Westeros "
Interview de Martin traduite par l’équipe du site "la garde de nuit"

Afin de mieux s’en convaincre sans alourdir ce dossier avec trop de détails sur les événements qui ont marqué le continent de Westeros et les terres plus à l’Est, on pourra se référer au lien vers le "wiki" très fourni du site de La garde de nuit :  
En outre, l’univers de Martin pourrait tout à fait être le "Quatrième Age" annoncé par Tolkien à la fin du Retour du Roi. En cette époque placée sous la domination des Humains, dans laquelle la magie n’est plus évoquée que dans les contes de la vieille Nan, réside un parfum de nostalgie pour les merveilles révolues :

          

"Nous conservons bien, dans le Neck, le souvenir des Premiers Hommes et des enfants de la forêt qui furent leurs amis… mais tant de choses ont sombré dans l’oubli et il en est tant dont nous n’avons jamais rien su... !"
Les brigands p.156, éd. Pygmalion

Si, en périphérie des Sept Couronnes, les ombres inquiétantes des Autres ou des Dragons se matérialisent peu à peu, ce n’est que dans la quasi indifférence des principaux belligérants, occupés à revendiquer le Trône de Fer dans un conflit finalement très matérialiste...
La mythique civilisation de Valyria de George R.R. Martin, encore présente par son héritage linguistique, culturel et militaire fait aussi penser au royaume de Numenor de Tolkien :

          

"Disparues, toutes ces splendeurs, toutes disparues. Les hommes étaient à présent plus petits. La durée de leurs existences s’était raccourcie."
Les sables de Dorne, p.73, id.

L’influence de Tolkien se fait sentir plus profondément dans certains termes qui ne peuvent être dus au hasard :
Evoquons par exemple la formule qui mène la vengeance d’Arrya Stark et qui revient de façon lancinante tout au long de la série :
"Valar morghulis", injonction d’autant plus mystérieuse qu’elle ne sera pas traduite avant le volume 7, utilise des termes familiers aux lecteurs de Tolkien : les Valar sont les esprits supérieurs ayant créé la Terre du Milieu et morghulis  évoque le terme elfique "morgul", qui veut dire "sorcellerie" (rendu célèbre par Minas Morgul, l’une des cités de Sauron, dans le Seigneur des Anneaux...)
D’autres noms propres agissent comme des clins d’oeils au Maître : le nom du roi Daeron1, fait penser à celui du ménestrel du roi Thingol dans le Silmarillion, roman d’ailleurs directement évoqué par le prénom Marillion, barde de Lady Lisa Arryn2. Le duo formé par Samwell et Jon Snow fait aussi clairement écho à celui de Samsagace et Frodon du Seigneur des Anneaux...
Parfois aussi, ce sont certains extraits du Trône de Fer qui rappellent le Seigneur des Anneaux :

          

 "L’escalade les conduisit dans un hameau dissimulé parmi les cimes et où, reliées par des passerelles de cordes, se tapissaient à l’abri de remparts pourpres et or des maisonnettes à toits de mousse, puis on les mena auprès de la Dame des Feuilles, personne sèche comme une trique sous ses cheveux blancs, et vêtue de bure."
L’Epée de feu, p. 28


Un parfum évocateur de La Communauté de l’Anneau, quand Frodon et ses compagnons sortent de la Moria et sont admis au royaume caché de Lorien et présentés à la reine Galadriel...
Mais que l’on se rassure, Martin sait rendre hommage sans verser dans le plagiat  et bâtit un univers complexe, cohérent et bien à lui, clairement inspiré par l’histoire de l’Europe au Moyen-Age, alors que Tolkien cherchait surtout à créer une nouvelle mythologie.
Il a donc tout particulièrement consulté une abondante documentation sur le Moyen Age, l’héraldique et la cuisine médiévale.


copyright ©

2) Des sources historiques pour Le Trône de Fer
 
 Dans l’interview de Patrick Saint Denis en mai 2006, Martin a déclaré s’être inspiré de l’incontournable guerre de Cent Ans mais aussi de la Guerre des 2 roses (1455-1487). Cette guerre civile opposa les maisons royales de Lancaster et d’York pour la succession au trône d’Angleterre.
On notera tout d’abord la proximité phonétique entre les noms de ces grandes maisons et ceux des deux principales familles qui s’affrontent dans le Trône de fer : les Lannister et les Stark...
Parmi les personnages historiques qui ont pu inspirer Martin, j’évoquerais tout particulièrement Marguerite d’Anjou, du parti des Lancaster. Personnage rendu célèbre par Henri VI de Shakespeare et Alice au Pays des Merveilles (à travers la terrible "Reine de Cœur") , cette princesse d’origine française, femme du faible Henri VI - sujet à des périodes de maladie mentale - joua un grand rôle politique et militaire dans la guerre des 2 roses. Elle gouverna l’Anjou "d’une main d’homme" puis combattit sans relâche son ennemi Richard, duc d'York. En outre, elle essaya par tous les moyens de faire monter sur le trône son fils Edouard , prince de Galles : cette véritable lionne, belle, fière et passionnée, semble bien avoir été le modèle pour la fougueuse Cersei Lannister, mère du prince Geoffrey Baratheon et l’un des principaux personnages du Trône de Fer...


copyright ©

D’autres point communs biographiques ? 
Des rumeurs disaient que Henri VI était trop débile pour avoir engendré Edouard et que celui ci serait le fruit d’une "liaison adultère". Plus tard, le fils de Marguerite d’Anjou fut assassiné et elle-même emprisonnée. Voilà qui devrait rappeler quelque chose aux lecteurs de la série...

Ce ne sont pas les exemples d’inspiration historique qui manquent mais la place ici. Quoiqu’il en soit, les lectures de Martin ont apporté à ses très nombreux personnages une humanité, une complexité réaliste supérieure à bien des romans de Fantasy. Même s’il s’agit d’un univers de fiction totale, on pourra d’ailleurs se demander s’il est si pertinent de rattacher son œuvre à de l’Heroic Fantasy et non au roman historique : l’auteur s’attache avant tout au réalisme des batailles, à bâtir de tortueuses stratégies, des revirements d’alliances, de savoureux complots. Quand des créatures incroyables ou de la magie font soudainement irruption, elles n’en ont ainsi que plus de force... C’est l’humain, avec ses forces et ses faiblesses, qui reste au centre de tout chez Martin, lequel devient l’un des chefs de file d’un sous-genre : la Fantasy historique.
 
IV - Une saga riche et complexe.
 
Je vais à présent développer les éléments qui font la force de l’œuvre de Martin.
 
1) Un âge de maturité pour la Fantasy
 
 Le grand public regarde encore trop souvent le genre de l’Heroic Fantasy avec un soupçon de condescendance : ce courrant littéraire est l’héritier du roman courtois mais aussi des contes de fées du Moyen Age, histoires qu’on estime de nos jours réservées aux lecteurs les plus jeunes (Disney ayant contribué dans ses adaptations à les affadir, à les vider de leur contenu le plus grave et formateur). L’Heroic Fantasy met en scène la lutte de forces clairement réparties entre Bien et Mal, ce qui passe pour simpliste à notre époque. Elle illustre la plupart du temps un parcours initiatique, ce qui semble la destiner en priorité aux adolescents. Sa trame est enfin assez immuable : un ou plusieurs héros se trouvent chargés par le Destin de Sauver le Monde de forces maléfiques. Des objets magiques, parfois aussi de vieux sages, les aideront dans cette tâche. Même le Seigneur des Anneaux – qui servira de modèle à toute la littérature et le cinéma de Fantasy de la seconde moitié du XXème siècle - suit assez fidèlement ce schéma.
George R.R. Martin s’en démarque subtilement avec sa Fantasy historique. Son univers est rarement blanc ou noir mais tout en nuances de gris (à la différence notable du culte manichéen de  R’hllor, dont je parlerai plus loin). Des personnages présentés au début de sa série comme des héros voient leur réputation sérieusement écornée par la suite, tandis que d’autres, que rien ne semblait pouvoir sauver au premier abord, acquièrent finalement une stature presque émouvante. Martin s’attache à éclairer leurs actes en nous faisant partager leur point de vue à l’occasion de plusieurs chapitres. A l’image des conflits complexes qui ont traversé l’histoire humaine, les grandes Maisons de Westeros ont finalement toutes des raisons compréhensibles de vouloir accéder au trône et chacune d’entre elles intègre des personnages plus ou moins sympathiques...


copyright ©

L’ensemble de la saga nous fait en outre partager les pensées de plus de 20 personnages principaux, de 7 à 60 ans environ. Un choix littéraire qui évite d’articuler une fois de plus l’essentiel de la trame autour d’une initiation. Et quand on suit les plus jeunes personnages créés par Martin, leur surprenante maturité rappelle que les conditions de vie plus rudes au Moyen-Age avaient instauré la majorité vers 12 ou 13 ans. On voit surtout Bran ou Arrya se confronter à leurs propres faiblesses humaines, à leurs semblables et non à des monstres de 3 mètres de haut, armés d’une épée enchantée...
 
2) Sansa Stark ou "l’Education au cynisme"

Je vais tout de même m’arrêter un instant sur l’exemple de la douce Sansa Stark. Fille soumise de Lord Eddard Stark, éduquée dès sa plus tendre enfance à devenir une épouse parfaite, maîtrisant la broderie et le chant, Sansa est le genre de cliché courtois qu’un récit de Fantasy laisse d’ordinaire à la plus haute tour d’un château jusqu’à l’épilogue...ou fait évoluer en amazone à la suite d’un retournement peu crédible. Très jolie jeune fille de 11 ans au début du récit, Sansa est romantique, sentimentale, naïve, voire niaise.

          

 "Des nuages se massaient vers l’est, transpercés de traits lumineux. – " On dirait deux énormes châteaux en suspens dans le ciel du matin."
Les noces pourpres, p. 295


Si tous les suffrages des lecteurs masculins vont alors à sa sœur Arrya, véritable garçon manqué destiné à courir l’aventure, Sansa est cependant loin d’être inintéressante ! C’est en effet sa confrontation avec plusieurs autres antagonistes qui permet à George R.R. Martin d’exposer sa propre vision désenchantée mais réaliste du monde et de la chevalerie :   
Elle forme ainsi un premier couple avec Geoffrey Baratheon. Un jeune et beau prince en qui s’incarne tous ses rêves d’enfance. Sans trop dévoiler l’intrigue, Sansa rentrera grâce à lui brutalement dans l’âge adulte en apprenant que les apparences ne sont pas toujours ce qu’elles sont et qu’il faut redouter le pouvoir aux mains d’un despote...
Sa relation occasionnelle avec le parangon de toutes les vertus chevaleresques, Ser Loras Tyrell, le Chevaliers des Fleurs, se révèlera aussi décevante que formatrice.

          

 - "Au tournoi de la Main, l’auriez vous oublié ? Vous montiez un coursier blanc, et des centaines de fleurs différentes ornaient votre armure. Vous m’avez offert une rose rouge " (...). Elle s’empourpra d’évoquer cela. "Vous m’avez déclaré qu’aucune victoire ne valait seulement la moitié de mes charmes".
 Ser Loras lui sourit avec modestie. "C’était exprimer une vérité toute simple et dont tout homme ayant des yeux devait être frappé."
Il ne s’en souvient pas, réalisa-t-elle, abasourdie. Il ne songe qu’à être aimable, il ne se souvient ni de la rose ni de rien.
Les bandits
, p. 98


 
Artificielle icône courtoise, ce personnage évoque par certains côtés le très galant et versatile Gauvain...
Sansa est aussi amenée à fréquenter le garde du corps du prince Geoffrey Baratheon, Sandor Clegane, dit le Limier. Un personnage sombre et au physique effrayant, mais qui est sans doute moins hypocrite que ses prédécesseurs :

          

 "A quoi crois tu que ça sert, un chevalier, fillette ? Uniquement à prendre les couleurs des dames et à faire joli dans la plate d’or ? Les chevaliers servent à tuer (...) J’avais douze ans quand j’ai tué mon premier homme. Combien j’en ai tué depuis, j’ai perdu le compte. "(...) Il n’y a pas de véritables chevaliers, pas plus qu’il n’y a de dieux (...) l’acier qui coupe et les bras costauds gouvernent ce monde...
Elle s’écarta vivement : " Vous êtes ignoble.
- Je suis honnête. C’est le monde qui est ignoble
."
L’invincible forteressep.114-115


Le contraste que produit Sansa face à la reine Cersei Lannister est aussi plein d’intérêt. Jumelle du fameux chevalier Jaime Lannister, Cersei n’a jamais pardonné à la nature de l’avoir fait naître femme dans ce monde régi par les hommes. Elle a le caractère aussi bien trempé que son jumeau mais les règles de cette société féodale la condamnent à n’être qu’un pion à marier dans les projets d’alliance de son père Tywin de Castral Roc. Dans sa lutte pour dominer l‘autre sexe, Cersei s’est donc forgé une armure de cynisme et se sert sans scrupule de ses charmes...

          

"Mais si la Citadelle de Maegor succombe avant qu’il n’ait pu arriver, la plupart de mes invitées sont bonnes, je présume, pour un tantinet de viol" (...)
L’horreur submergea Sansa . "Mais ce sont des femmes ! des femmes désarmées..., de noble naissance !"
-"Leur lignée les protège, en effet, convint Cersei, mais moins que vous ne le pensez. Chacune d’elle a beau valoir une jolie rançon, tout semble indiquer qu’au sortir du carnage souvent le soudard convoite plus follement la chair que l’argent".
L’invincible forteresse, p.203


Les illusions romanesques de Sansa n’ont pas fini d’être mises à mal ! Elle formera bien malgré elle un couple parodique et pitoyable avec Ser Dontos, chevalier alcoolique relégué à un rôle de bouffon royal par son suzerain : il l’appelle Jonquil et se surnomme Florian, comme les héros d’une fameuse chanson dont la mièvrerie des prénoms permet à George R.R. Martin de prendre ses distances avec tout un courant littéraire qui ne lui correspond manifestement pas. Il jure de la sauver de ses ennemis. Une promesse de fuite sans cesse repoussée...

          

"Qui va là ? cria-t-elle [...] "Moi". Il sortit en trébuchant du couvert des arbres, ivre à tomber. Il lui saisit le bras pour rattraper son équilibre. " Chère Jonquil, je suis là. Votre Florian est là, n’ayez crainte".
Les noces pourpres, p.334


L’ultime étape (à ce jour...) de son éducation au cynisme se fera sous la houlette de Lord Petyr Baelish, dit "Littlefinger". Un maître des manipulations sur lequel je ne m’étendrais pas plus longtemps, afin de ménager des surprises aux futurs lecteurs...


copyright ©

3) La Garde de Nuit
 
Tandis que ce petit monde courtois s’agite, se livrant à des luttes mesquines pour le pouvoir central, un corps de combattants s’active dans le Nord, se sacrifie en silence pour protéger Westeros. Il s’agit d’une des plus belles créations de Georges R.R. Martin : la Garde de Nuit. Organisation fondée 8000 ans avant les événements du Trône de Fer, elle est composée exclusivement d’hommes, recrutés à travers tous le pays parmi les nobles mais surtout au sein des voleurs et autres meurtriers du commun qui veulent échapper à la potence : on se voue en effet à vie à la Garde de Nuit en renonçant à toute descendance. Il s’agit donc d’une sorte de confrérie, à mi chemin entre un ordre laïc et la Légion Etrangère... Son but ? Tenir le Mur, gigantesque construction de glace de plus de 200 mètres de haut, face aux attaques des Sauvageons du grand nord et des terrifiants Autres. (D’un point de vue géographique, une certaine ressemblance entre les cartes de Grande Bretagne et du continent de Westeros a pu été soulignée. Le Mur de glace évoque ainsi par bien des aspects le fameux mur d’Hadrien, édifié en 122 par les Romains pour protéger leur empire contre les attaques venues de l’actuelle Ecosse). Sur Westeros, les saisons durent plusieurs années, sans toutefois égaler la longue Nuit hivernale d’une génération qui s’est abattue peu après la fondation de la Garde de Nuit. Ses membres veillent désormais en attendant le retour de cette catastrophe, qui a failli emporter le genre humain... Les nouvelles recrues sont soumises à un entraînement puis doivent prêter serment avant de devenir Frères Jurés :

          

"La Nuit se regroupe, et voici que débute ma garde. Jusqu’à ma mort, je la monterai. Je ne pendrai femme, ne tiendrai terre, ni n’engendrerai. Je ne porterai de couronne, n’acquerrai de gloire. Je vivrai et mourrai à mon poste. Je suis l’épée dans les Ténèbres. Je suis le veilleur aux remparts. Je suis le feu qui flambe contre le froid, la lumière qui rallume l’aube, le cor qui secoue les dormeurs, le bouclier protecteur des Royaumes humains. Je voue mon existence et mon honneur à la Garde de Nuit, je les lui voue pour cette nuit-ci comme pour toutes les nuits à venir ".
Un festin pour les corbeauxp. 260-261


Ce texte plein de force revient souvent dans la saga et gagne en émotion au fur et à mesure de l’histoire. Martin y fait l’éloge des laissés-pour-compte, des petites gens que l’Histoire ignore systématiquement, de ceux qui peuvent obtenir dans cet engagement l’oubli de leurs fautes passées. Plus généralement, l’auteur sait que l’héroïsme est souvent une illusion et que tout homme est faillible. Le pardon doit donc échoir à tous ceux qui s’en donnent la peine.
Mais il va de certains chevaliers comme des nuits, ils sont sombres et pleins de terreurs. La guerre nous transforme en monstres tous autant que nous sommes.

          

Mais il va de certains chevaliers comme des nuits, ils sont sombres et pleins de terreurs. La guerre nous transforme en monstres tous autant que nous sommes.
- Etes vous en train de me dire que vous êtes des monstres ?
- Je suis en train de dire que nous sommes des humains (...) Encore qu’il y ait des gens pour prétendre que peu importe comment un homme commence et qu’il n’y a d’essentiel que sa manière de finir
".
Un festin pour les corbeauxp. 260-261

Le Trône de Fer est aussi l’une des rares séries de Fantasy à évoquer les "dégâts collatéraux" des batailles et des razzias. Au lieu de se focaliser uniquement sur les exploits hors du commun de Héros, Martin peint souvent le désespoir des paysans ruinés par les armées de passage, les soldats perdus de tous bords qui tournent aux brigands. Il évoque les viols, les innombrables cadavres et pendus, les tortures qui n’épargnent personne, les meutes de chiens sauvages et loups qui se repaissent, les communautés à bout qui prennent les armes, les Septons errants qui tentent de porter assistance aux victimes... Il rappelle ainsi que c’est le peuple qui se retrouve perdant dans une guerre, quelle qu’en soit son issue.


copyright ©

4) Les religions dans le monde du Trône de Fer
 
L’univers féodal de Martin ne serait pas si vivant s’il n’avait pas porté attention aux diverses manifestations de la foi.
* La religion officielle des Sept Couronnes de Westeros s’inspire de notre propre histoire européenne : le culte des Sept a été amené par les Andals près de 4000 ans avant le début de la série. Un peu comme la Sainte Trinité, les Sept ne sont en fait que les différents visages d’un seul dieu. Comme le 3 dans notre civilisation, le chiffre sacré 7 marque la vie des royaumes de Westeros. Il y a des prêtres et des prêtresses (septons et septanes), des églises et des monastères (les septuaires), un Pape (le Grand Septon) élu par un concile de 77 septons, un symbole sacré (l’étoile à sept branches). Il existe aussi sept enfers mais Martin n’a pas créé l’équivalent du diable dans cette religion. Tout au plus, peut-on voir dans l’Etranger, l’un des sept visages de la divinité, une figure inquiétante liée à la mort. Par petites touches au fil du récit, Martin fait vivre ses peuples au rythme de nombreuses fêtes religieuses telles que le Jour de la Jouvencelle :

          

"Modestement habillée de blanc, la petite reine emmènerait ses volailles au septuaire de Baelor allumer de grands cierges blancs aux pieds de la Jouvencelle et suspendre à son cou sacré des guirlandes de parchemin (...) les veuves, les mères étaient, ainsi que les putains, proscrites des septuaires..."
Un festin pour les corbeaux, p. 188


* La religion des Sept n’a cependant pas fait disparaître totalement le culte animiste des Anciens Dieux ou barrals. Elle l’a surtout repoussé vers le Nord, où les membres de la Maison Stark et les Sauvageons le respectent encore. Ils viennent se recueillir au pied des barrals, des arbres au visage humain taillé dans leur tronc blanc. Il reste aussi quelques bois sacrés préservés dans certaines citadelles du Sud...
* Les Fer-Nés de la Maison Greyjoy sont de rudes marins et combattants. Ils vénèrent un dieu unique, le dieu Noyé, et aspirent à le retrouver dans ses demeures marines après leur mort. Ses prêtres soumettent leur disciples au baptême par noyade puis réanimation...
* J’ai évoqué plus haut le seul culte réellement manichéen de Westeros : celui de R’hllor, dieu de la flamme et de l’ombre, vénéré par l’inquiétante prêtresse Mélissandre. Elle cherche à répandre à travers Westeros cette religion venue des continents de l’Est. Mais contrairement à Melkor, dans le Silmarillion de Tolkien, R’hllor n’apparaît pas comme le Mal absolu. Même s’il n’hésite pas à éliminer ses opposants, il se présente comme le champion de la lumière face aux ténèbres représentées par l’Hiver qui s’annonce :

          

"La nuit est sombre et pleine de terreurs, le jour étincelant, superbe et plein d’espoir. Noire est celle-là, blanc celui-ci. Il y a la glace, et il y a le feu. La haine et l’amour. Amer et doux. Mâle et femelle. Peine et plaisir. Hiver et été. Mal et bien (...) Mort et vie. Partout des contraires. La guerre partout "
L’épée de feu, p.84


Cette profession de foi de Mélissandre est intéressante à plus d’un titre. Elle fait état d’une religion fondée sur la dualité, les contrastes bien établis entre le "Mal" et le "Bien", dans une saga qui se montre avant tout complexe et pleine de nuances… Martin n’a sans doute pas mis gratuitement dans la bouche de la prêtresse le titre original de la série (A song of fire and ice), – même si le "feu" s’incarnera sans doute aussi à travers le retour des dragons… Alors, le Trône de Fer va-t-il évoluer simplement vers un gigantesque – mais trop banal - conflit entre les "gentilles forces de la lumière" et les "méchantes forces de la nuit" ? Un autre prêtre de R’hllor, Thoros de Myr, ne fait-il pas le "bien" en ressuscitant de braves chevaliers ? Ce serait négliger l’équipée de Jon Snow au-delà du Mur, qui nous permet de découvrir les hordes de Sauvageons menaçant Westeros. Ils s’appellent eux-mêmes le "Peuple Libre", ne suivent que celui qu’ils veulent, un leader qui n’a rien d’un monstre... Les Sauvageons ne forment pas une masse décérébrée et assoiffée de sang. Ils ont une vision du monde cohérente et estimable, qui peut faire penser à celle des Amérindiens :

          

"C’est vous les voleurs. Vous avez mis la main sur tout l’univers, et vous avez construit le Mur pour être bien sûrs que le peuple libre reste en dehors".
Les noces pourpres, p.13


Tout l’art de George R.R. Martin est ainsi de faire douter le lecteur en quête de points de repères visibles : en qui croire ? Qui redouter au bout du compte ?
 
* A l’est des Sept Couronnes se trouvent les neuf Cités Libres, univers digne des Mille et Une Nuits que l’on découvre en s’attachant aux pas de Daenerys Targaryen. On y révère de nombreux dieux, parmi lesquels l’inquiétante Chèvre Noire et le dieu Multiface de Braavos. Dans la Demeure du noir et du blanc, ce dernier soulage les peines des mourants, aide les désespérés à se suicider et est la divinité des Sans Visages, très mystérieuse secte d’assassins...


copyright ©

5) Généalogie et mesure du temps
 
Tolkien avait su apporter une réelle "épaisseur" au temps, à l’histoire de son univers grâce aux nombreux arbres généalogiques dans les appendices du Seigneur des Anneaux et du Silmarillion. Suivant son exemple, George R.R. Martin rappelle dans sa saga toute l’importance du nom au Moyen Age. L’expression "X fils de Y" offre des racines à un personnage, développe le tissu social, rattache un noble à une imposante lignée et lui donne sa place dans "le Jeu des Trônes":

          

"Chacune des galeries de la crypte répercutait tour à tour l’écho des pas. Tandis que les ombres, derrière, engloutissaient Père, les ombres, devant, battaient en retraite, et de nouvelles statues se dévoilaient l’une après l’autre ; non de seigneurs au sens strict, elles, mais de rois du Nord plus anciens. Des couronnes de pierre ceignaient leurs fronts. Torrhen Stark, le roi devenu vassal. Edwyn le Printanier. Theon le Loup famélique. Brandon l’incendiaire et Brandon le Caréneur. Jonos et Jorah, Brandon le Mauvais, Walton le Lunaire, Edderion le Fiancé, Enron, Benjen le Miel et Benjen le Fiel, Edrick Barbeneige. Ils avaient des physionomies sévères, énergiques, et certains avaient perpétré des forfaits effroyables, mais tous étaient des Stark, et Bran connaissait par cœur l’histoire de chacun. Les cryptes ne l’avaient jamais effrayé ; elles faisaient partie intégrante de son chez soi, de son identité propre, et il avait toujours su qu’un jour il y reposerait aussi."
Le trône de Fer, p.318


Dans Le Trône de Fer, le nombre de personnages cités, acteurs ou "figurants", est assez étourdissant. Grâce aux noms, ils s’inscrivent dans les complexes alliances familiales tissées par le narrateur et offrent l’illusion du "grand spectacle" au lecteur.
Toute société féodale repose sur de solides traditions, une organisation pyramidale et hermétique. Un nom noble est un lourd héritage, qui peut apporter aussi bien honneur que honte au personnage qui le porte : les nobles Baratheon, les veules Frey... Les fils illégitimes, même reconnus, n’ont aussi pas le droit de porter le nom de leur Maison. George R.R. Martin a mis en place un judicieux système permettant à la bonne société de Westeros de reconnaître ses bâtards. Partant du principe qu’ils sont nombreux mais quantité négligeable, on les affuble d’un nom évoquant une notion très fréquente (et donc de peu de valeur) dans leur région de naissance : les bâtards porteront ainsi le nom de Snow ("neige") dans le Nord, Sand ("sable") dans les contrées de Dorne tout au Sud, Storm ("orage") chez les Barathéon, Rivers ("rivières") à Vivesaigues et chez les Frey, etc.
Parfois, le nom s’efface derrière un surnom : naguère admiré à travers les Sept Royaumes, le chevalier Jaime Lannister n’est plus appelé que "Régicide" depuis son crime de lèse-majesté. Mais avec George R.R. Martin, on sait bien qu’il faut se méfier des impressions toutes faites...
L’auteur détourne même à son avantage cette immuabilité du nom de famille pour les besoins de l’intrigue : certains personnages tentent de tromper leurs ennemis en changeant de nom : Arrya Stark, surtout, mais aussi sa sœur Sansa. Cet acte est loin d’être gratuit chez Martin : il s’accompagne d’un véritable changement de la personnalité, comme si les personnages tentaient de se perdre eux-mêmes afin d’échapper aux autres...

          

"C’est Sansa Stark qui a gravi cette montagne, c’est Alayne Stone qui en redescend."
Un festin pour les corbeaux,p. 234


De plus, les nombreux arbres généalogiques du Trône de Fer prennent une dimension haute en couleurs grâce à l’héraldique, science de l’étude des armoiries, qui permettent d’identifier rapidement la Maison à laquelle appartient chaque chevalier dans une époque et un contexte (bataille, tournoi) où l’écrit n’est pas utilisé. Martin y a apporté une attention toute particulière car jamais, sans doute, une série d’inspiration médiévale n’avait mis en scène autant d’armoiries différentes ! Même s’il prend quelques libertés avec l’héraldique médiévale officielle - notamment avec la " règle de contrariété des couleurs ", destinée à une meilleure visibilité de l’adversaire sur un champ de bataille - le travail de notre auteur force l’admiration. Chaque tome abonde en descriptions de blasons, parfois de façon ludique et pédagogique :

          

Par ici, Pod. Décris les emblèmes que tu distingues et dis-moi quelles maisons ils désignent (...)
- Un soleil rouge sur champ orange, lança-t-il, transpercé d’une pique.
- Martell, fit du tac au tac Podrick Payne (...) La maison Martell, de Lancehelion, messire (...)
- Il y en a un de violet, avec des boules jaunes.
- Des citrons ? s’enquit Pod, dans une bouffée d’espoir. Champ violet semé de citrons ? Celui de la maison Dalt ? (...)
- Puis un grand oiseau noir sur jaune. Quelque chose de rose ou de blanc dans les griffes, difficile à dire à cause des battements.
- Le vautour Noirmont porte dans ses serres un nouveau né, dit Pod
.
L’épée de feu, p.278


Si ce passage s’étend sur deux pages, ce n’est pas de façon gratuite. Avec le sens du visuel que Martin a hérité de son expérience à Hollywood, il contribue à créer chez le lecteur cette fameuse sensation de grand spectacle !
     

Nous aurons l’occasion d’aborder plus en détails le style cinématographique de George R.R. Martin dans un prochain numéro de Citadelle...
Nous évoquerons à ce propos le projet d’adaptation du Trône de Fer en série télévisée de prestige, sous la supervision de l’auteur...
Cet article traitera aussi des autres produits dérivés, plus particulièrement du superbe jeu de cartes à collectionner créé en 2002.
 
Pour terminer ici, je tiens à remercier Marc, de la boutique Les Passagers du Vent, à Brest, de m’avoir fait découvrir cette incontournable saga !

Shimrod

Notes :

1 Les Noces Pourpres, p. 219 , Pygmalion
2 La loi du Régicide

Accès au forums

Identifiant
Mot de passe
  1. Perdu votre mot de passe ?
  2. Pour vous inscrire aux forums