Numéro 2 - Octobre 1999
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Histoire
Les origines de la Russie
par Julie Ollivier-Chakhnovski
Les principaux Princes de Kiev
par Julie Ollivier-Chakhnovski
Petit lexique de la Russie Kievienne
par Julie Ollivier-Chakhnovski
Jeux & divertissements
Jeux de rôles & réalités Médiévales
par Shimrod
Cinéma
Braveheart (1995)
par Shimrod
Le 13e guerrier
par Shimrod
Glossaire
Petit glossaire de la littérature médiévale fantastique
par Shimrod
Linguistique
Si M'aïst Diex
par Elisabeth Féghali
Le 13e guerrier

 
Réalisé par John McTiernan
D'après le roman de Michael Crichton Eaters of the dead
Scénario de Warren Lewis et  William Wisher
 
Distribution des rôles
Antonio Banderas : Ahmed Ibn Fahdlan 
Dennis Storhoi : Herger 
Vladimir Kulich : Buliwyf 
Diane Venora : Weilew 
Daniel Southern : Edgtho
Omar Sharif : Melchisidek 
Tony Curran : Weath
Maria Bonnevie : Olga
 
Musique originale de Jerry Goldsmith
Sortie française août 1999  
 

http://www.citadelle.org/mediatheque/Savoir/Culture/Assemblee_litteraire_jardin_Bagdad.jpg
Assemblée littéraire dans un jardin à Bagdad
un musicien accompagne les poètes illustration du XIIIe siècle.


Adaptant le roman de Michael Crichton, Eaters of the dead, le film de John Mac Tiernan met en scène la rencontre de trois cultures très différentes.
 
      Le narrateur, Ahmed Ibn Fadlan (courtisan du calife de Bagdad al-Muqtadir), représente la culture musulmane raffinée, polyglotte et commerçante de Bagdad (la Cité de la Paix), alors la ville la plus civilisée. Exilé après une aventure galante, il voyage en compagnie de son ami Melchisedek (Omar Sharif, que l'on croirait tout droit sortit de Lawrence d'Arabie, mais dont la présence à l'écran est ici réduite à 10 minutes). Les deux musulmans croisent un jour le chemin d'une troupe viking. Ils s'invitent sous la tente de leur chef et assistent à l'arrivée d'un messager porteur de sombres nouvelles. Grâce à Melchisedek, versé dans les langues étrangères, grand observateur de cultures étrangères, Ahmed apprend qu'un village viking est victime des attaques des mystérieux et terrifiants monstres du brouillard. Une femme hirsute prophétise alors que treize hommes doivent être envoyés au secours du village, douze vikings...et un étranger. Ibn Fadlan se joint, bien malgré lui, à l'expédition et l'aventure commence.
 
      Le musulman un peu "dandy", Antonio Banderas, très convaincant, devra gagner le respect des Vikings (Normands, littéralement "hommes du Nord") mal dégrossis, apprendre leur langue au cours d'une belle scène assez surréaliste mais très inspirée, enseigner des rudiments d'écriture au fier Buliwulf, le chef de l'expédition avant d'être confronté à l'impensable : les "Mangeurs de Morts", une peuplade cannibale au premier stade de l'Evolution !
 
      Rarement les Vikings avaient été mis en scène au cinéma. Souvenez-vous du grand film de Richard Fleischer (Les Vikings, 1958, avec Kirk Douglas), rediffusé il n'y a pas si longtemps. Depuis, si je ne me trompe, c'est le désert (si l'on écarte la grosse rigolade des Monty Python, Erik le Viking de Terry Jones en 1989 et d'autres films mineurs).
      Ici, l'évocation de ce peuple fascinant est une complète réussite : impeccable casting de trognes nordiques, costumes et armures très réalistes, paysages et images superbes. Summum de précision historique, le fort où se retranchent les héros est bien en bois, alors que celui des Vikings de Fleischer était en pierre (Fort La Latte, dans le Finistère). 
     
http://www.citadelle.org/mediatheque/Militaire/Armes/Epee_viking.gif
Epée viking du Xe siècle
Fer, cuivre et argent (détail, L. 0,95).
 
      L'idée d'une rencontre entre différentes civilisations plus ou moins "cultivées" n'est pas très originale : on se rappellera peut-être du moyen Robin des Bois, Prince des Voleurs (Kevin Reynolds,1990) dans lequel Robin ramenait de croisade un Maure qui étonnait ses compagnons anglais par sa science. De plus, au milieu du film, le village sylvestre de Sherwood se trouvait attaqué par des barbares hirsutes, des mercenaires Celtes ( qualifiées de « bêtes humaines »...). La comparaison avec le 13è Guerrier s'arrête là car le Maure apprenait surtout aux Anglais à fabriquer des flèches explosives, transformant Robin en "Rambo" médiéval !

      Dans le film de MacTiernan, l'échange des connaissances est tout de même plus subtil. Ibn Fahdlan est un homme qui s'intéresse aussi bien aux détails de la vie quotidienne qu'aux croyances des peuples qu'il côtoie : les Vikings sont d'abord montrés comme sales (l'abominable scène des ablutions), superstitieux et rustres. Ils livrent leurs secrets à Ahmed : celui-ci découvre leur finesse machiavélique au cours d'un duel politique, puis leur courage et leurs mépris de la mort au cours de la bataille finale contre les hordes des "Mangeurs de Mort". A ce moment, Ibn Fahdlan, qui a quitté son maquillage et sa djellaba pour une cotte de mailles, entonne avec ses amis un émouvant chant de mort. Deux cultures se rejoignent dans cette scène dont l'émotion guerrière et primitive rappelle la barbare prière à la fin de Conan (John Millius, 1981). Rien d'étonnant puisque le 13è Guerrier et Conan le Barbare baignent dans l'influence des épopées nordiques, pleines de dragons et de Héros aspirant à une mort glorieuse qui les conduira tout droit au Walhalla, à la table des dieux servie par de belles et farouches Walkyries. Ces deux films épiques ont en commun ce qui fait l'une des forces du cinéma : la capacité de nous transporter en d'autres temps et d'autres lieux, où les mentalités sont totalement différentes des nôtres. 
 
http://www.citadelle.org/mediatheque/Societe/Scene_de_cannibalisme.jpg
scène de cannibalisme
Grande Chronique de Matthew Paris,
moine et chroniqueur anglais du XIIIe siècle.
 
      Le 13è guerrier , ainsi que Les Survivants (1992) de Frank Marshall ou sorti dernièrement Vorace (Ravenous,1998) d'Antonia Bird, est l'un des films de cette fin du millénaire sur lesquels planent le spectre d'un retour au cannibalisme. Une grande partie de l'oeuvre de John MacTiernan montre une fascination pour la Nature, pour la régression au stade primitif : dans Predator (1987). Arnold Schwarzenegger se retrouvait en pagne, la peau recouverte de boue, et abandonnait ses armes ultra modernes pour un arc et des javelots. Dans Piège de Cristal (1988), Bruce Willis passait une bonne partie du film pieds nus et en sous-vêtements à affronter des terroristes dans une jungle de béton. Antonio Banderas abandonne lui aussi les merveilles de la cour de Bagdad pour les grottes préhistoriques des "Mangeurs de Morts".
      On note une fois de plus que chez MacTiernan, le Héros rejoint toujours le stade primitif pour triompher de ses adversaires, c'est une nécessaire adaptation, un recours à la force brute qui s'accompagne d'intelligence et de ruse.

      Magistralement réalisé, "plastiquement" superbe, Le 13è guerrier aurait pu être un grand film. Malheureusement, sa sortie longtemps repoussée laissait craindre le pire : la censure a frappé en la personne de l'un des producteurs, filiale de Disney (un comble pour ce genre d'oeuvre !) et le film est passé de plus de 2h à 1h40...des passages un peu trop violents, le rôle des deux fières femmes Vikings réduit à celui de figurantes, bref, des blancs narratifs qui se font parfois sentir...


      Le résultat vaut tout de même le détour mais on se prend à rêver à un éventuel "Director's cut" (version intégrale du film décidée par le réalisateur) pour la future sortie vidéo de ce film injustement traité par la machine Hollywoodienne !

Shimrod
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