Numéro 2 - Octobre 1999
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Histoire
Les origines de la Russie
par Julie Ollivier-Chakhnovski
Les principaux Princes de Kiev
par Julie Ollivier-Chakhnovski
Petit lexique de la Russie Kievienne
par Julie Ollivier-Chakhnovski
Jeux & divertissements
Jeux de rôles & réalités Médiévales
par Shimrod
Cinéma
Braveheart (1995)
par Shimrod
Le 13e guerrier
par Shimrod
Glossaire
Petit glossaire de la littérature médiévale fantastique
par Shimrod
Linguistique
Si M'aïst Diex
par Elisabeth Féghali
Si M'aïst Diex

Il est fréquent de rencontrer dans la littérature médiévale des XIIè et XIIIè siècles, l'expression : Si m'aïst Dieus, « Que Dieu me vienne en aide, m'assiste ».

Cette formule souligne au Moyen Age un serment (du latin sacramentum, de sacrare « rendre sacré ») ou une décision. Elle est formée :

  •  
  • du subjonctif présent, subjonctif de souhait, du verbe aidier latin adjutare,
  •  
  • de la particule énontiative si issue du latin sic d'ailleurs très répandue en ancien français, sorte de particule charnière,
  •  
  • et du sujet inversé Diex.


    L'adverbe si marque la dépendance (souhait avant son accomplissement, détache et situe les étapes successives d'une action). Sa position en place 1 implique l'inversion du sujet Diex (dans lequel le x représente le digramme us).

    Dans m'aïst le s ne s'explique pas phonétiquement, si on prend l'exemple du verbe amer, on obtient au subjonctif présent la forme P3 : aïmt. Il s'agit probablement comme le souligne Marcel Galliot d'un phénomène d'écrasement que l'on rencontre à la P3 du verbe avoir, aït ou aïst.

    Cette formule assertive se rencontre le plus souvent dans les dialogues, elle est destinée à convaincre l'interlocuteur de la véracité des propos tenus. Dans une société profondément religieuse, ou la foi des chrétiens était très vive, la parole énnoncée ne l'était pas à la légère.
    Prenant Dieu à témoin cette expression engage celui qui l'énonce.
     
     
    Il faut donc comprendre que :
    « ce que je dis est aussi vrai que le fait que je souhaite que Dieu m'aide »,
     
    « Je prends Dieu à témoin de la véracité de mes dires »
     
    « pour soutenir ce que je dis, je suis prêt à engager ma foi ».
     
     

    Dans le cas de si t'aïst Diex, il est à souligner que l'on attend de l'interlocuteur une réponse vraie à la question qu'on lui pose, à l'ordre qu'on lui donne.

    Au cours des siècles, cette tournure a été modifiée au mépris de la syntaxe. Il y a eu confusion entre si/se qui a aboutit à Se Dex m'aïst avec modification de l'ordre des mots. SE est dans ce cas une conjonction de subordination qui ne sature plus la place 1 et n'impose plus d'inversion au sujet Diex. De sens identique, aïst peut permuter avec conseut (consoiller), gart (garir), saut (sauver) et autres verbes de signification voisine.

    - Se Diex me saut : « aussi vrai que je demande à Dieu de me sauver ».
    - Se Diex me gart : « aussi vrai que je demande à Dieu de me garder ».

    Ce ne sont alors pas des hypothétiques mais des formules de confirmation et d'insistance mises au subjonctif de souhait.




    Elisabeth Féghali

     

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