Numéro 3 - Juillet 2000
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Cuisine médiévale
Introduction et généralités
par Olivier Smadja
Récits de bataille
La Bataille d'Anthon (11 juin 1430)
par Olivier Petit
Carte de la bataille d'Anthon
par Olivier Petit
Carte des fortifications en Velin vers 1430
par Olivier Petit
Le Liban médiéval
Les sources historiques et littéraires
par Elisabeth Féghali
Le Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Le Comté de Tripoli
par Elisabeth Féghali
La Cité de Tripoli
par Elisabeth Féghali
Toponymes du Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Reportage
La Forteresse de Blanquefort
par Hilona Dellamore
Essai libre
Présentation de la rubrique
par Samuel Thyssen
Iseult
par Samuel Thyssen
Croyances & superstitions
Les Créatures fabuleuses
par Shimrod
Cuisine médiévale
Le Héricot d'agneau
par Olivier Smadja
Festivités
Les Médiévales de Bouliac
par Communiqué de Presse
Les sources historiques et littéraires


Le Liban médiéval
sources historiques et littéraires
 

 

 

 
http://www.citadelle.org/mediatheque/Parchemin/Guillaume_de_Tyr_Histoire_de_Jérusalem.jpg
Guillaume de Tyr, Histoire de Jérusalem, vers 1250,
traduction française parchemin enluminé, ms. B.N. Fr. 9081

 



   Aux yeux des croisés, le Liban, ceste province de Fenice [Phénicie], fait partie intégrante de la Sainte Terre doutremer.

C'est la Chronique de Guillaume de Tyr, qui, dans un premier temps, fournira les plus précieux renseignements, même si pour notre étude l'évocation de la vie quotidienne, rare il est vrai, est souvent masquée par les récits des hauts faits.
Considérée comme une oeuvre majeure, elle retrace, après une compilation de récits plus anciens (la conquête de la Vraie Croix par Heraclius), une histoire de l'Orient latin depuis l'arrivée des croisés jusqu'à la veille de la mort de son auteur.

Si le dernier livre reste inachevé, nous verrons que l'ouvrage, qui jouira d'une autorité sans conteste en Occident, trouvera nombre de continuateurs par la suite.

A - Guillaume de Tyr


            
"...Larcediacre de Sur [Tyr] qui avoit non Guillaumes et avoit este en France a escole ; bons clers estoit et preudom [...] "
(L. XXI, chp. 1)


    Guillaume de Tyr va naître "dans la Sainte Jérusalem aimable à Dieu" en 1130 "au domicile de [ses] géniteurs" (modestes bourgeois de la ville) et y mourir sans doute le 29 septembre 1186, un an avant la prise de la ville par Saladin. Il fait ses études en Occident, après une première formation dans l'école des chanoines du Saint-Sépulcre, passant son adolescence, comme il l'écrit lui-même : 

            
"...dans les régions au-delà des mers à étudier, dédiant mes jours aux études des lettres dans la pauvreté volontaire, les principaux docteurs en arts libéraux, hommes vénérables et dignes de pieuse mémoire, puits de sciences, trésor d'enseignement..."
(L. XIX, chp. 12, traduit par Monique Zerner)

 

            
"...après presque vingt ans où [ de 1146 à 1165 ] j'ai suivi de façon continue et avidement, en France [ Chartres ] et en Italie [ sans doute Bologne ], les gymnases des philosophes et les lieux où l'on étudie les disciplines libérales, les dogmes salvateurs de la philosophie céleste et aussi la sagesse du droit tant ecclésiastique que civil, revenant chez moi, vers le foyer paternel et une pieuse mère dont l'âme sainte repose en paix, j'ai été rendu à mes liens d'affection dans la Sainte Jérusalem..."
(L. XIX, chp. 12, traduit par Monique Zerner)

B - La Chronique

            
"Li Rois [ Amaury ] par le conseil de ses barons fist chancelier Guillaume larcediacre de Sur [ en 1167, puis élu archevêque en 1175 ] qui ceste estoire mist en latin."
(L XXI, chp.4)


    Amaury, roi de Jérusalem en avait donc fait son chancelier et lui avait notamment confié l'éducation de son fils, le futur Baudouin IV.

            
"Icestui enfant qui avoit non Baudoin ama mout li peres. Quant il ot .ix. ans vout que il seust assez letres et le bailla a larcediacre de Sur qui avoit non Guillaumes et avoit este en France a escole; bons clers estoit et preudom; mout li pria quil gardast son fil et norrissist; letres li apreist tant quil entendist bien Escriture. Cil i mist tel peine et si grant entente com len doit metre en fil de roi; tant que il profitoit mout en aprendre. Cil i mist tel peine et si grant entente com len doit metre en fil de roi; tant que il profitoit mout en aprendre."
(L XXI, chp.1)

 



C'est d'ailleurs Guillaume de Tyr qui découvrit la terrible maladie dont souffrait le jeune enfant (dès l'âge de 9 ans), la lèpre. Il nous la rapporte en ces termes :

            
"Li fil aus hauz homes de la terre qui estoient enfant reperoient entor cel enfant [c'est-à-dire se divertissaient ensemble] : Un jor avint que il se jooient ensemble tant quil se comencierent a esgratiner les mains et les bras par jeu [le jeu consistait à se pincer bras et mains]. Li autre enfant crioient quant len les blecoit Baudoins li filz le Roi nen disoit mot. Ceste chose avint par pluseurs foiz tant que ses mestres li arcediacres Guillaumes sen prist garde. Premierement cuida que li enfes le feist de vigueur et de proesce que il ne se deignast mie plaindre de ce que len le blecast; lors en parla a lui et li demanda porquoi il soffroit que len li feist mal et nen fesoit autre chiere. Il li respondi quil ne le blecoient pas et quil ne sentoit nul mal de lesgratineure. Lors regarda son mestre son braz et sa main et aperceut bien que il li estoit endormiz. Si neis quant il le mordoit il ne le blecoit mie. Lors ala au roi son pere et li dist. Li Rois i fist venir ses mires qui assez i mistrent emplastres et oignemenz ; poisons li donerent et autres medicines mes rien ne li valuerent ; car il estoit au comencement de la maladie [la lèpre] quil ot puis et qui mout se descovri quant il comenca a venir en aage dome ; de que les genz du roiaume avoient grant duel quant il le regardoient. Nequedent en senfance estoit il mout biaus vistes et aperz et chevauchoit tresbien mieuz que navoient fet si ancesseur. De tresbonne remembrance estoit ; letres savoit assez estoires retenoit et contoit mout volentiers. James nobliast un corrouz sen li feist et plus a enviz encore les bontez que len li fesoit. Tenanz estoit et avers. Son pere sembloit sur toute rien de vis et de cors daleure et de parole. Engin avoit et sens isnel et cler mes la parole avoit un pou empeschiee."
(L XXI, chp.1)

 
http://www.citadelle.org/mediatheque/Personnages/Le_Roi_Amaury.gif
Le Roi Amaury, détail miniature in Histoire d'outremer
de Guillaume de Tyr
, XIIIe siècle, ms.
Bibliothèque de Lyon, Fr. 828, folio 238v.




L'Estoire d'Eracles est le nom qui a été donné à l'adaptation en ancien français de sa Chronique :

            
"Moi Guillaume, en la patience du Seigneur, ministre indigne de la sainte église de Tyr, écrivain de cette Histoire que je compile pour laisser quelque chose de l'antiquité aux descendants..."
(L. XIX, chp. 12, traduit par Monique Zerner)



Pour cette compilation, l'auteur, qui se compare souvent à Tite Live, s'inspire de récits d'autres historiens des croisades comme :

  • l'Historia Hierosolymitana, récit de la première croisade qui va jusqu'en 1122, source essentielle pour la croisade des Français du Nord, du chapelain de Baudouin de Bologne (qu'il accompagna à Edesse et à Jérusalem),
  • Foucher de Chartres (1058 - vers 1127)
  • et de diverses sources arabes.

 

On retrouve le titre latin (mais impropre), Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, dans deux manuscrits.

C - Mais pourquoi alors Estoire ou Roman d'Eracles ?

 

 Assez simplement en fait.
Le premier chapitre, de ce qui demeure la source latine la plus importante sur l'histoire des croisés en Terre sainte, relate la conquête du roiaume de Surie "au temps où Eraclius Augustus gouvernait l'Empire" :

            
"Les anciennes estoires dient que Eracles qui fu mout bons crestiens gouverna lempire de Rome...".
(Incipit)



L'ouvrage va connaître un immense succès et ce durant tout le Moyen Age. Traduit du latin dès 1220, il fait l'objet de nombreuses continuations en français (de l'époque) jusqu'en 1227 (mais il en existait déjà une anonyme en latin, rédigée de 1185 à 1194, en Angleterre). On trouve d'autres traductions médiévales :
  • en anglais,
  • en espagnol (la Gran Conquista de Ultramar),
  • en italien.



Il n'est donc pas rare de le rencontrer sous les titres suivants :

- Roman d'Eracles,
- Estoire d'Eracles,
- Livre du Conquest,
- Chronique d'Ernoul et de Bernard le Tresorier,
-
et Estoires d'Oultremer.



Mais attention, les deux derniers "ouvrages" ne contiennent que la continuation !

 

Elisabeth Féghali

BIBLIOGRAPHIE

CROISADES ET PELERINAGES, Récits, Chroniques et Voyages en Terre Sainte XIIe-XVIe siècle, Paris, 1997.

Dictionnaire des Lettres Françaises - Le Moyen Age, sous la direction de Geneviève Hasenohr et Michel Zink, La Pochothèque, Fayard, Paris, 1992.

LIBAN, l'Autre Rive, exposition présentée à l'Institut du monde arabe du 27 octobre 1998 au 2 mai 1999, Paris, Flammarion, 1998.




Site sur l'Internet

Medieval Sourcebook: Guillame de Tyr (William of Tyre): Historia rerum in partibus transmarinis gestarum (La Chronique de Guillame de Tyr, texte en ancien français)
 

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