Numéro 3 - Juillet 2000
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Cuisine médiévale
Introduction et généralités
par Olivier Smadja
Récits de bataille
La Bataille d'Anthon (11 juin 1430)
par Olivier Petit
Carte de la bataille d'Anthon
par Olivier Petit
Carte des fortifications en Velin vers 1430
par Olivier Petit
Le Liban médiéval
Les sources historiques et littéraires
par Elisabeth Féghali
Le Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Le Comté de Tripoli
par Elisabeth Féghali
La Cité de Tripoli
par Elisabeth Féghali
Toponymes du Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Reportage
La Forteresse de Blanquefort
par Hilona Dellamore
Essai libre
Présentation de la rubrique
par Samuel Thyssen
Iseult
par Samuel Thyssen
Croyances & superstitions
Les Créatures fabuleuses
par Shimrod
Cuisine médiévale
Le Héricot d'agneau
par Olivier Smadja
Festivités
Les Médiévales de Bouliac
par Communiqué de Presse
La Cité de Tripoli

 La Cité de Triple

Qui mout estoit riche et mout noble

 
A - Situation géographique

Triple est le nom donné, en ancien français, à la ville de Tripoli qui "seoit a sis miles de Archis" [Arcas]. Située à 86 km au nord de la cité de Baruth [Beyrouth], c'est aujourd'hui la deuxième ville du Liban.

Occupée par les croisés, la ville ancienne se situe, jusqu'à la fin des Croisades, sur l'emplacement de l'actuelle El-Mina, c'est-à-dire le port ou la Marine. Elle a toujours été formée de trois agglomérations nettement distinctes (occupées par les Sidoniens, les Tyriens et les Aradiens) ce qui lui valut le nom de Tri Polis. On trouve alors :

- deux quartiers que séparent le fleuve Kadîcha (Narh Abou Ali)
- le port, El-Mina.

 
Carte de Tripoli dressée par Van Berchem, Voyage en Syrie
On remarque la ville portuaire d'El Mina et la colline du Mont Pèlerin


Cette dernière agglomération forme un ville tout à fait isolée et autonome, situation qui n'est pas sans rappeler un peu, comme nous le verrons prochainement, la ville de Sur [Tyr].

Les cités du littoral sont au Moyen Age le lieu privilégié où se manifeste le plus l'opulence. 


B - Commerce maritime et ressources naturelles

Le commerce des étoffes, qui y est très développé, anime le port. Au milieu du XIe siècle, le voyageur persan Nassiri Khosrau (cf. Safer Nameh, Relation du voyage de Nassiri Khosrau, Paris, 1881) souligne que :

          

"Tripoli est un entrepôt commercial fréquenté par les navires qui viennent de la Grèce, du pays des Francs, de l'Espagne et du Maghreb."

Selon Burchard du Mont Sion, la cité compte au XIIIe siècle pas moins de 4000 métiers à tisser la soie et le camelot ou camelin (de l'arabe hamlat, "étoffe de laine souvent mêlée de poils de chèvre ou de chameau"). Et ces étoffes étaient tellement prisées que Joinville dit avec malice espérer pouvoir en tirer quelque profit :

          

"Le roy [saint Louis] me donna congié d'aler la [en pèlerinage à Notre-Dame de Tortose] et me dit a grant conseil que je li achetasse .C. camelins de diverses couleurs pour donner aux Cordeliers que nous vendrions en France. Lors m'assouga le cuer, car je pensai bien que il n'i demourroit gueres. Quant nous venimes a Triple, mes chevaliers me demanderent que je vouloie faire des camelins, et que je leur deisse. "Espoir, fessoie je, si les robé je pour gaaingner".
Joinville, Vie de saint Louis, §599, éditions J. Monfrin, Classiques Garnier


Etoffes si précieuses qu'à leur simple vue, la reine Marguerite de Provence, ne put que se prosterner croyant qu'il s'agissait là de reliques...

Ainsi groupée autour du port, afin de mieux résister aux assaillants venus de la mer, cette cité est alors extrêmement florissante. Avant l'arrivée des Francs1, nom donné à tous les peuples qui participèrent aux Croisades, Nassiri Khosrau souligne encore que la région est couverte :

          

"d'immenses plantations de canne à sucre et [d'] une grande quantité d'orangers à fruits doux et amers, de bananiers, de citronniers et de dattiers."


Façade du Château du Mont Pelerin à Tripoli
copyright © Josyane Boulos

 

C - Habundance de cele cité

Les Francs croient très vite découvrir le jardin d'Eden. D'ailleurs, la description que nous livre Jacques de Vitry dans son Historia Orientalis n'est certes pas sans caractériser sa singulière

admiration :

          

"...Cele cité est noble et pleniere [riche], assise sor la mer, et est en la province de Sur [Tyr] et de Fenice [Phénicie], plentive [riche, abondante en] de fontainnes, de terres ahanables [labourables, cultivables] et portans fruits et de bonnes pastures qui viennent dou mont Lyban en la cité, ce sunt les plentés [grandes quantités, d'où les richesses], et des valees de cele montaingne naist grant plentés [abondance] de biens. Au pié dou mont Liban, en ces parties, naist une fontainne delitouse [délicieuse, agréable], si a tres clere aigue [eau] et si a uns soutils soungans qui naissent de l'habundance doumont Lyban et arousent habundanment tous les ortans [jardins, vergers] de la contree, et si dient [on raconte] que cele fontainne est apielee "fons ortorum" [la fontaine du jardin] , de la quele Salemonsfait mention en ses Cantiques ; et en la mer dejouste [à côté de, près de] la cité, les douces aigues [eaux] habundent entre les ondes de la mer ameres et salees, et en ces parties, vingnes [vignes] i sunt qui .II. fois sunt vendengies l'an." 
Li trentetroisimes capitres parole de la conté et de la cité de Triple
.


Cette contrée "plentive de terres ahanables" [cultivables] apparaît donc bien comme une sorte de Paradis Terrestre où i a bon air et sain. Le maître mot est habundance et ressortent encore plus loin la végétation luxuriante avec ces arbres delitables. Richesse et abondance font donc de Triple [Tripoli] une cité particulièrement prospère :

         

"...car en toute cele longue voie [d'Antioche à Jérusalem] ne porent trover qui viande [nourriture] leur vendist que ceus de Triple et ceus de Cesaire... "
Guillaume de Tyr, LI NUEVISMES LIVRES
XIV. Coment li princes dantioche et li cuens de Rohez firent leur pelerinage en Jherusalem

         

"Dilec vint a Lalische de Surie ; lors tint la voie de la marine et passa Gibel Valenie Maraclee Tortose et Arches jusque il vint a Triple : la se loja dehors la cite. Li rois de la ville quant il sot que il estoit venus li envoia granz presens de viandes [ nourritures ] et de riches dons en or et en argent..."
Guillaume de Tyr, LI DISIESMES LIVRES, IV. Coment Baudoins li freres le duc Godefroi vint en Jherusalem


On le verra dans un article qui lui sera consacré que la cité de Baruth [Beyrouth] grâce à sa célèbre forêt de pins, la Pinoie , fournira quantité de bois. Le Liban possédait en outre du fer en abondance.


Revers du sceau de Raymond III, comte de Tripoli, 
porte fortifiée de la cité, 1152-1187,  plomb, 3,4 cm, 
B.N. cabinet des médailles


D - Palais de la Science 

La ville de Triple jouit d'une très forte renommée. Elle possède un centre d'études musulmanes réputé :

         

"Il y avait à Tripoli un palais de la Science qui n'avait en aucun pays son pareil en richesse, beauté ou valeur." [...] "Il y avait là trois millions (?) de livres, tous de théologie, de science coranique, de hadîth, d'adab et, entre autre, cinquante mille Corans et vingt mille commentaires du Livre de Dieu Tout-Puissant". Mon père ajoutait que ce palais de la Science était une des merveilles du monde. Les Banu 'Ammâr y avaient consacré d'énormes richesses ; il s'y trouvaient cent quatre-vingts copistes appointés dont trente y demeuraient nuit et jour. Les Banu 'Ammâr avaient dans tous les pays des agents qui leur achetaient des livres de choix. A vrai dire, de leur temps, Tripoli entière était palais de la Science, les grands esprits de tous pays s'y rendaient, toutes les sciences étaient cultivées auprès de ces princes, et c'est pourquoi l'on y venait, en particulier les adeptes de la science immamienne, qu'ils aimaient et dont ils étaient les adhérents. "
IV L'occupation de Tripoli par les Francs (Ibn abi Tayyî, dans Ibn al-Furât). Cité par Claude Cahen dans Orient et Occident au temps des Croisades

Le dâr al'-ilm semble reproduire le modèle donné, dans Bagdad la Merveilleuse du IXe siècle, par le calife abbasside al-Ma'nûm. Cette somptueuse bibliothèque fut saccagée à l'arrivée des Francs.

Nombre de médecins chrétiens du pays acquirent à Tripoli une renommée certaine, comme Yuh'anna Ibn Butlân qui, comme le rapporte le gentilhomme syrien Usâma ibn Munqidh,

         

"s'était rendu fameux pour son savoir, ses connaissances et sa supériorité dans la pratique de son art".

Sur ce médecin qui "voyait merveilleusement juste", on consultera les "anecdotes édifiantes, guérisons étonnantes et recettes médicales" livrées par ledit gentilhomme syrien (cf. Bibliographie).

 

E - Exercice de la médecine

Outre les sciences, la philosophie, les mathématiques et l'astronomie, l'exercice de la médecine, monopole du clergé Jacobite (chrétien), influença considérablement la noblesse latine. Comme le rapporte T.S.R. Boase dans son article "La mortalité, le Jugement dernier, le souvenir" :

         

"le diagnostic était empirique et aléatoire [...]"


Traité de pathologie par le médecin al-Hamadhani
Musée national Damas

         

"la science médicale orientale, en avance sur la médecine occidentale, commençait à influencer les pratiques médicales européennes que méprisaient les Arabes, beaucoup plus avertis".

Ce que confirme le passage qui suit de Guillaume de Tyr :

         

"...Nequedent il [Amaury, roi de Jérusalem (1163-1174)]se plaignoit a ses privez [familiers, proches] quil nestoit mie bien sains; por ce se parti de lost et sen vint a pou de compaignons jusque a Tabarie. Iluec le prist une fort dissintere [dysenterie très dangereuse] par que il comenca a douter du peril de la maladie; et ne vouloit mie acouchier iluec. Si sen ala touz foibles; mes toutesvoies chevauchoit il par Nazareth et par Naples jusque il vint en Jherusalem. Iluec li enforca la maladie [sa maladie s'aggrava]; car li mire [des "physiciens" ou médecins lettrés] li osterent la dissintere mes tantost le prist une fievre qui le greva [l'accabla] mout ne sai quanz jorz. Lors fist venir devant lui les mires grieus et suriens [médecins populaires c'est-à-dire praticien] qui au pais estoient et leur requist quil li donassent aucune petite poison [breuvages, potions, décoctions] qui le laschast un petit [afin de le soulager]; car bien li sembloit que il fust tantost gueriz se ce estoit fet. Cilli respondirent que ce ne feroient il en nule maniere car il estoit trop foibles et bien len porroit mesavenir [ils refusèrent tout de go. Le jugeant trop faible pour cela, ils affirmèrent que cela pourrait lui nuire]. Apres fist venir devant lui les fisiciens latins et leur requist ce meismes [leur demandant la même chose] et bien dist que se il i avoit peril sur lui fust qui le fesoit faire et ne mie sur eus [le roi déclara en prendre l'entière responsabilité]. Cil virent son desirrier por ce li donerent un pou de poison qui sanz plus le mena une foiz sans nul grevement a chambre [lieu d'aisance]. Lors cuida il bien estre alegiez mes la poisons ot afebloie son cors si que aincois quil fust renforciez par mengier laccessions de la fievre vint qui si le destreint quil en fu morz."
Guillaume de Tyr, LI VINTIESMES LIVRES XXXI. De la mort le roi Amauri.

T.S.R Boase poursuit en disant que :

         

"Thabit, praticien libanais, raconta à Ousama ibn Munkidh que les Francs lui avaient amené un chevalier affligé d'un abcès à la jambe, sur lequel il appliqua un cataplasme jusqu'à ce qu'il crève et qu'il commence à guérir. Alors un médecin franc intervint et dit : 
"Cet homme ignore tout du traitement qu'il convient", 
et demanda au chevalier s'il préférait vivre avec une jambe ou mourir avec deux ; 
il choisit la première solution. On appela alors un autre chevalier porteur d'une hache affûtée qui donna un grand coup sur la jambe, mais sans causer de blessure. Un second coup fit jaillir la moelle et le patient expira sur-le-champ. 
"Je regardais", conclut Thabit
."


Instruments chirurgicaux, manuscrit d'un chirurgien andalou
Abi al-Qasim Khalaf mort en 1106

Musée national Damas


F - Luxe ostentatoire

On l'a déjà développé dans l'article Le Liban au Moyen Age. Si la recherche du luxe dépasse ici quelque peu l'entendement, il faut savoir que l'emphase n'est certes pas non plus étrangère à l'auteur :

         

"Lors fu li cuens de Triple mout liez et sa femme; granz ators et riches aornemenz apareillerent a cele pucele; li Rois meismes et tuit cil du lignage i mistrent du leur efforcieement si neis que len leur tenoit a outrage. Robes de riches dras de soie de maintes manieres i ot mout; escarlates pers verz et brunetes quistrent a trop grant plante; coronnes dor et de pierres ceintures nouches fermauz et aneaus apareillerent mout richement. Une autre maniere de joiaus i ot que les dames pendent a leur oreilles cil i furent riche et de grant coust; poz dor et dargent escueles granz et riches apareillerent mout; chaudieres paeles et touz outilz de cuisine firent granz et larges de fin argent; des lorains [harnachements] des selles et des riches sambues [housses de selles de femme en général] nestuet mie a parler; car trop i ot outraige grant et cousteus. Plus atornerent ces choses richement que il navoient onques mes oies ne veues faire por nules roines; mes cestoit por ce quele devoit aler en si noble pais com estoit li pais de Costantinoble."
LI DISSETIEMES LIVRES. XXXI. Du grant atirement que li cuens de Triple fist por sa sereur


G - Raymond de Saint-Gilles et le Mont Pélerin

Château du Mont Pèlerin à Tripoli 
très souvent remanié, seule la partie basse serait d'époque franque
copyright © Josyane Boulos

Lors de la première croisade, Raymond de Saint-Gilles, Comte de Toulouse, chef des croisés, voulant s'emparer de la ville, occupe une colline ou croupe rocheuse (à 2.5 km à l'intérieur des terres), qui surplombe la vallée, la ville et la côte, et y fait construire un château fort : le Mont Pèlerin, "achevé avec la rapidité dont témoignent constamment les bâtisseurs francs aidés par une main d'oeuvre locale des plus actives".

Triple demeure deux siècles durant une cité chrétienne. On y parle, entre autres idiomes, le latin, le français d'oïl, la langue des marins... et la langue d'Oc du sud de la France, cette même langue parlée à Toulouse.

         

"Il choisi devant la cité de Triple, près à deux miles, un tertre bien fort de siege, il le ferma ; dessus fist mout bele forteresce et bien la garni. En remenbrance de ce que en pelerinage avoit esté fermé, le fist appeler Mont Pelerin : ce nom a encore. "
Guillaume de Tyr, Des Choses Avenues en la Terre d'outremer,
LI DISIESMES LIVRES, chp. XXVI, "comment li cuens Raimonz se  contenoit en la cité de Tortouse"

Ce qu'atteste encore Jacques de Vitry :

         

"Raimmons, quens de Toulouse, il fist .I. chastiel dejouste [à côté de, près de] qui est apielés MONS PELERINS. "

A ne pas confondre avec le Chastel Pelerin. L'îlot qui abrite la ville du port possède alors une église dédiée à saint Thomas et il existe également une église Saint-Michel.

         

"Près de la ville était une île séparée par le port et où s'élevait une église de Saint-Thomas. Après la prise de Tripoli, une foule énorme, hommes et femmes, s'enfuirent dans l'île et dans l'église."
Aboul Fida, chroniqueur

 


Armoirie de Raymond de saint Gilles
miniature in Recueil de blasons de Charles Gavard


Ce château (bagne à une époque récente) que l'on appelle Qalaat Sandjil, existe toujours et malgré l'incendie qui le ravagea en 1287, il conserve le souvenir de sa superbe passée. Il a été très souvent remanié mais, on peut encore y trouver traces de certaines de ses fondations anciennes, comme par exemple et surtout son front oriental qui domine le cours du Nahr Kadîsha, la Vallée Sacrée. On devine encore, du même côté et à l'intérieur, la chapelle romane du château datant du XIIe siècle.

 

H - Le Grand Crolle

Le 29 juin 1170, un grant crolle [Tremblement de terre], allait renverser une partie de la cité et notamment la cathédrale Saint-Marc :

         

"En leste qui vint apres de cel an meismes eu mois de juing uns si granz crolles [tremblement de terre] avint en ces parties de la terre de Surie que len navoit onques mes a ce tens oi parler de si grant; car il abati par tout le pais grant partie des anciennes citez et les fortereces de mainz chastiaus; les abiteeurs escachoit des ruines si que mout fu li nombres apeticiez en la terre de toutes manieres de genz..."

"Des chastiaus qui einsi perillerent estoit li nombres trop granz en la terre de Fenice. Le jor de la feste aus deus glorieus apostres saint Pere et saint Pol entor eure de prime crolla sodeinnement la terre dedenz la cite de Triple si durement que petit en remest quele ne fondist toute. Si doulereusement fu la ville depeciee quele ne sembloit que .i. murgier de pierre et estoit uns granz sepuchres de genz qui desouz gisoient escachiees. "
Guillaume de Tyr,LI DIZNUEVIEMES LIVRES, XVII. Du grant crolle qui avint au tens le roi Amauri

 

I - Jaufré Rudel et La Reine Mellissent

La ville de Tripoli reste encore célèbre grâce à la légende de Jaufré Rudel, seigneur de Blaye, poète et troubadour de l'amor de lonh ("l'amour lointain") dont l'activité poétique se situe principalement entre 1130 et 1150. Sa vida -sorte de biographie idéalisée- raconte comment il serait tombé amoureux de la comtesse de Tripoli :

         

"...Melissent la sereur le conte de Triple qui mout estoit sage pucele et de grant biaute."
Guillaume de Tyr, LI DISSETIEMES LIVRES, XXXI. Du grant atirement que li cuens de Triple fist por sa sereur

Mariage de Mellissent
miniature in Histoire d'outremer de Guillaume de Tyr,
XIIIe siècle, ms. B.N. Fr 828


Il accompagna vraisemblablement le comte Raimond Jordan à la croisade de 1147 et serait mort à Triple :

         

"Jaufré Rudel de Blaye était un homme de haute noblesse, et prince de Blaye. Il s'éprit de la comtesse de Tripoli, sans la voir, pour le bien qu'il entendit dire d'elle par les pèlerins qui revenaient d'Antioche. Et il fit à son sujet maintes bonnes chansons, avec de bonnes mélodies mais de pauvres mots. Et par désir de la voir, il se croisa et se mit en mer. Il tomba malade dans la nef et fut conduit à Tripoli, en une auberge, comme mort. Et la nouvelle parvint à la comtesse : elle vint alors à lui, auprès de son lit, et le prit entre ses bras. Il sut que c'était la comtesse et il recouvra sur-le-champ l'ouïe et l'odorat ; et il loua Dieu de lui avoir maintenu la vie jusqu'à ce qu'il l'eût vue. Et c'est ainsi qu'il mourut entre ses bras. Elle le fit ensevelir à grand honneur dans la maison du temple ; et puis le jour même, elle se fit nonne, pour la douleur qu'elle eut de sa mort. "
traduit par Pierre Bec

On le voit le port de Tripoli (tout comme ceux d'Acre ou de Sur [Tyr]) parvint à un étonnant degré de prospérité, ce dont profiteront grandement la marine et le commerce. La vie scientifique ne fut pas en reste et l'on comprend mieux comment certains Francs en vinrent à oublier jusqu'à leur lieu de naissance. Quant aux autres barons et clercs latins, ils puisèrent dans les écoles des principales villes d'Orient des notions qu'ils ne tardèrent pas à réintégrer en Occident...

Elisabeth Féghali

Notes :

1
          

"Alors en ces temps anciens Qui était Normand ou Français, Qui Poitevin et qui Breton, Et qui Manceau ou Bourguignon ? Et qui Flamand et qui Anglais ?... Tout honneur ils en rapportèrent Et furent tous appelés Francs, Le brun, le blond, le roux, le blanc..."
Estoire de la guerre sainte d'Ambroise, avant 1196.


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