Numéro 3 - Juillet 2000
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Cuisine médiévale
Introduction et généralités
par Olivier Smadja
Récits de bataille
La Bataille d'Anthon (11 juin 1430)
par Olivier Petit
Carte de la bataille d'Anthon
par Olivier Petit
Carte des fortifications en Velin vers 1430
par Olivier Petit
Le Liban médiéval
Les sources historiques et littéraires
par Elisabeth Féghali
Le Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Le Comté de Tripoli
par Elisabeth Féghali
La Cité de Tripoli
par Elisabeth Féghali
Toponymes du Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Reportage
La Forteresse de Blanquefort
par Hilona Dellamore
Essai libre
Présentation de la rubrique
par Samuel Thyssen
Iseult
par Samuel Thyssen
Croyances & superstitions
Les Créatures fabuleuses
par Shimrod
Cuisine médiévale
Le Héricot d'agneau
par Olivier Smadja
Festivités
Les Médiévales de Bouliac
par Communiqué de Presse
Présentation de la rubrique


Les champs d'investigation de la reconstitution médiévale sont vastes. Ainsi retrouve-t-on cette reconstitution de la pure fiction de certains jeux de rôle jusqu'aux restaurations des monuments historiques ; sur le plan littéraire, des romans jusqu'aux biographies. L'écriture même du Médiéviste n'est pas exempte des incertitudes de la reconstitution.

La reconstitution médiévale enferme en elle-même une certaine dose de témérité puisqu'elle travaille sur les franges indécises du plausible, du probable, du possible, et heureusement de l'incontestable. La vigilance se doit d'être constante dans l'analyse en amont (la recherche) et dans la synthèse en aval (la restitution).

Cependant, est toujours présente une sorte de jubilation, celle de faire ressusciter une mémoire. C'est là que se retrouve une véritable empathie pour le Moyen Age, une échelle humaine, c'est à dire une sensibilité.



Cette rubrique d'Essais Libres entre donc dans ce cadre.




Le texte a pour titre Iseult, l'héroïne d'un des plus fameux romans médiévaux. Il s'agit du ressenti d'une femme du XIIème-XIIIème siècle. Disons que nous nous situons symboliquement entre, les tentatives pathétiques d'Héloïse pour renouer un dialogue avec Abélard (dans la première moitié du XIIème siècle), et la date du 7 mars 1277 qui voit l'évêque de Paris, Etienne Tempier, condamner le Traité de l'Amour Courtois.

Ainsi différentes facettes de l'Amour au Moyen Age sont suggérées. " L'amour est une grande découverte du Moyen Age et en particulier du XIIème siècle français. Avant cette époque, il n'a point la même saveur d'éternité et de spiritualité " écrit Gustave Cohen ; et encore " Il n'y a pas, dans le Moyen Age chrétien, d'une part l'amour humain, l'amour céleste et l'amour terrestre, l'amour spirituel et l'amour charnel ; il y a l'amour dans toute sa complexité, moteur de vie. "

Au XIIème siècle, le peuple est sur les routes. Ces mouvements de populations (en majorité masculines) ont du avoir des conséquences psychologiques non négligeables. Citons la problématique de la séparation et de l'attente dont Iseult est l'archétype. C'est avec une acuité nouvelle que l'époque soulève certaines questions qui en découlent, telles que celles sur la fidélité, la chasteté, l'abstinence, la tempérance, la continence, le plaisir de la chair et des sens... Ces sujets enflamment d'ailleurs les débats des milieux universitaires et cléricaux d'Abélard à Thomas d'Aquin, de Pierre Lombard à Siger de Brabant, de Gratien à Jean de Fidanza. Parallèlement, l'époque voit l'éclosion de la Fine Amour. La femme est célébrée, mais aussi, et surtout, elle trouve là un moyen d'expression. C'est donc ici l'occasion d'un hommage à des écrivaines-troubadours (les trobairitz) comme Na Guihema de Rozers ou Clara d'Anduza.

Enfin, l'Absent, c'est l'Etre Aimé ; c'est Tristan évidemment. Il est naturel de commencer par savoir qui est Tristan et donc par la question : Quid est miles et quo modo efficitur ? (qu'est-ce qu'un chevalier et comment le devient-on ?)

En s'inspirant de la traduction de la Chronique du Monastère de Saint Pierre le Vif, nous approchons aussi différents types de communication du Moyen Age. Cela permet de souligner la jonction entre l'Oral et l'Ecrit. Il faut en effet retenir que la société médiévale du XIIème-XIIIème siècle est toute traversée d'une oralité libre, chaleureuse, colorée et populaire. L'oral est le moyen communication. Il est donc présent sous des formes sociales les plus diverses comme le serment, l'éloge ou l'hommage, le témoignage, la déclamation, la polémique intellectuelle, le cri de ralliement, le débat courtois...

C'est de la vigueur de certains changements d'habitudes que sort l'écrit vernaculaire. Le lien exclusif du latin et de l'écriture se desserre pour s'ouvrir à la langue romane. Apparaissent alors la chanson, la poésie, le lais, le roman, la fable, la lettre ? Mais, longtemps encore, cet écrit roman continue d'être lu ou chanté à haute voix, et conserve ainsi l'aspect labile, multiple et précaire de l'oral. De même, ne rechigne-t-il pas sur les répétitions ou les variantes permettant de faciliter la mémorisation. Ce n'est que progressivement que le texte roman sera lu en silence, il entrera alors dans la sphère de la réflexion intime ?

Nous aurions aimé utiliser ici une police de caractères " médiévisante " qui s'approcherait un peu, à la fois, de la " Caroline " et de la " Textura ". Charlemagne décrète l'utilisation officielle de l'écriture dite " Caroline ", en 789. La calligraphie de la "Textura", qui en découle et en garde le même ductus, apparaît à partir du XIIème siècle. Les lettres y sont plus étroites, les courbes se brisent, le contraste noir blanc s'accentue. Cette évolution provient de raisons d'ordre pratique, en particulier du biseau de la plume, mais aussi culturel, économique et social. La " Textura " se caractérise par un rythme cadencé, un aspect général rigoureux et posé, conforme à la pensée du style gothique.




Samuel Thyssen


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