Numéro 3 - Juillet 2000
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Cuisine médiévale
Introduction et généralités
par Olivier Smadja
Récits de bataille
La Bataille d'Anthon (11 juin 1430)
par Olivier Petit
Carte de la bataille d'Anthon
par Olivier Petit
Carte des fortifications en Velin vers 1430
par Olivier Petit
Le Liban médiéval
Les sources historiques et littéraires
par Elisabeth Féghali
Le Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Le Comté de Tripoli
par Elisabeth Féghali
La Cité de Tripoli
par Elisabeth Féghali
Toponymes du Liban médiéval
par Elisabeth Féghali
Reportage
La Forteresse de Blanquefort
par Hilona Dellamore
Essai libre
Présentation de la rubrique
par Samuel Thyssen
Iseult
par Samuel Thyssen
Croyances & superstitions
Les Créatures fabuleuses
par Shimrod
Cuisine médiévale
Le Héricot d'agneau
par Olivier Smadja
Festivités
Les Médiévales de Bouliac
par Communiqué de Presse
Iseult

 http://www.citadelle.org/mediatheque/Personnages/uta-epouse-Eckehard-essais-libre-iseult.jpg
Uta (épouse d'Eckehard et, comme lui, fondatrice)
Photo tirée du choeur occidental de la Cathédrale Sankt Peter und Paul, à Naumburg





 
L'hiver se terminait.
Tout était encore obscur, redoutable, désolé ;

Au début de cette année-là, il y eut une famine
et les moines dirent qu'ils avaient vu des bataillons enflammés dans le ciel.
Plusieurs tempêtes s'abattirent sur la contrée.
Les nouvelles venant de Terres Saintes continuaient d'être mauvaises.
Le Seigneur rappela à lui notre bon Evêque.

Au Printemps, un sombre chevalier se présenta à moi ;
Il nous dit revenir des bords du Tage.
Il nous dit avoir rencontré Tristan et apprécié sa bravoure.
Il nous dit aussi avoir perdu sa trace pendant les combats.
Tristan fut, à ses dires, sans doute capturé.
Il nous dit aussi que le calife avait fait grand carnage et moult prisonniers.
Il nous dit qu'il avait entendu qu'un jour le calife appela un chevalier, qui fut peut-être Tristan.
Le calife avait demandé quelle était sa condition.

- Je suis chrétien et chevalier !

Et le calife :
- Je le sais, mais je te demande si tu es noble ou non.

Et le chevalier :
- Je suis noble et chevalier.

Et le calife :
- Qu'est ce qu'un chevalier ?

Et le chevalier :
- Un chevalier est celui qui combat pour l'utilité commune.

Et le calife :
- Où prend-on les chevaliers ?

Et le chevalier :
- Parmi les nobles.

Et le calife :
- Et comment le devient-on ?

Et le chevalier :
- Le noble, qui va recevoir les armes, entre au bain, et purifie son corps, après avoir purifié son âme, et se met au lit. Sortant du lit, il revêt une chemise blanche et neuve ainsi que des braies, puis une tunique rouge et une armure de fer ; il se ceint d'une courroie blanche et chausse des brodequins noirs.

Et le calife :
- Que signifie le bain ?
- Le bain signifie la purification des péchés.

- Que signifient la chemise blanche et les braies neuves ?
- La pureté future que doit avoir le chevalier.

- Que signifie la tunique rouge ?
- Elle indique qu'il ne doit pas craindre de répandre son sang pour Dieu.

- Quel est le symbole de l'armure ?
- L'honneur.

- Que signifie la courroie blanche ?
- La chasteté. Il ne doit point s'approcher de la femme d'autrui.

- Que signifient les brodequins noirs ?
- La mort, sur laquelle il doit souvent méditer, pour toujours bien agir.

Et le calife :
- Comment l'adobe-t-on ?

Et le chevalier :
- Il veille une nuit dans une église, pour demander à Dieu de le rendre tel qu'il doit être. Le matin, il est frappé sur le cou par le prince et ceint d'une épée à deux tranchants, symbole de la droiture des jugements qu'il doit rendre et subir. Ensuite, il monte un cheval qu'il dirige avec un frein et des éperons d'or, qui ne conviennent à aucun autre qu'à un vrai chevalier.

Alors, le calife :
- Je vois que rien ne pourra vous faire plier, vous autres chevaliers chrétiens ! "


Et le calife avait ordonné qu'on coupât la tête au chevalier.





    Alors que je méditais ce drame, la calme et inexorable voix du sombre chevalier retentit :

"Abolissez donc tout espoir, annulez l'avenir doré d'une vie avec le Seigneur Tristan !"

Ces fatals accents avaient frappé l'air tremblant.
Mon regard plongeait dans une nuit sans lune.
Des lueurs d'adieu perlées et évanescentes
Flottaient dans la brume des marais.
Un printemps bien mince et frêle flageola en moi.


Je répondis alors d'une voix obstinée quoique troublée :

"Cette année, Tristan doit me revenir, il voguera vers moi avec une voile immaculée en signe de fidélité et l'espérance ; en preux chevalier, il me l'a promis !"

"Ceci est un monde d'illusion ! reprit le sombre chevalier ;
Autant construire l'éternité avec de la poussière !
Vous ne pouvez pas imaginer et prophétiser
un réel qui ne se réalisera jamais !
Certes, Tristan était brave mais un peu trop téméraire ;
Il aurait dû être plus adroit et plus sage
s'il vous avait vraiment porté en son c?ur !
Voyez à présent, la fuite du temps, et de la lumière et des formes.
Oubliez l'extase des choses de jadis !
Considérez la traînée des ombres de rêve
et passez gaillardement le gué du deuil
."




Je lui répondis :

"Vous tenez ici un dangereux refrain, chevalier,
en tenant des propos aussi désespérants à un esprit déjà accablé.
Vos allégations ont tournure de vérité
Mais, je vous interdis de tuer ainsi mon âme.
Mon amour n'est pas une faim du c?ur,
Mon amour n'est pas un désir de chair ;
Il m'est venu de Dieu, c'est à Dieu qu'il retournera !
Cependant, dans sa grande Miséricorde, Dieu m'accordera un espoir.
Tout comme Tristan m'est venu, amour, amant et bien-aimé ;
comme quelque chose d'éternel,
comme la gigue du fonds des âges que nous dansions quand nous étions enfants.
Tristan est le goût du miel.
Il est comme le Salomon du
Cantique :


"Mon aimé est à moi, et moi, je suis à lui."

"Et sachez aussi, chevalier, que ceux qui blâment mon amour pour lui et s'interposent ne font rien de plus qu'augmenter mon émoi, et confirmer le doux désir accru que j'ai de lui, et mes envies, mes appétits, mon attente.
Quiconque, fût-il mon ennemi, si je l'entends dire du bien de lui me sera cher.
Mais s'il en dit du mal, quoi qu'il dise ou fasse par ailleurs, toujours me déplaira
. "



Le sombre chevalier revint alors :

"L'erreur de votre vision dessine un arc-en-ciel ,
mais regardez bien
la terre asséchée,
les plantes rares,
et le sang des vôtres dans les fossés !
Je puis être votre secours, au premier signe !
"



Je répondis vertement :

"En exposant enfin la finalité de vos propos recevez mon simple mépris,
j'économiserai ainsi mon courroux !
"





Au début de cette année, ma famille entreprit de m'entourer de son réconfort, et demanda à notre confesseur d'intervenir :

"Cette foi dans votre corps que vous appelez amour,
forme ses ailes avec les nuances de vos émotions,
Elle est née dans un ferment de votre corps,
et avec le corps qui l'abrite, elle doit mourir.
C'est la passion de l'absence qui trouble votre corps et votre esprit !
Ressaisissez-vous et acceptez le renoncement !
Vous mettez de l'éternité et de l'immortalité dans cet amour
Mais Eternité et Immortalité ne vous appartiennent pas !
Oubliez donc le gaspillage des pensées stériles !
Oubliez donc le cercle de votre enfance !
Oubliez donc la joie et la lutte !
Obéissez aux Lois que le Seigneur a mises en place sur cette terre !
Acceptez la douleur et le péché et la repentance
! "



Je répondis alors :

"Monseigneur, pardonnez ma franchise,
il me semble que vous parlez comme les sophistes que vous condamnez vous-même !
Etes-vous sûr de faire appel à la Vérité ?
Car, je n'entends dans votre discours
qu'une parcelle de pauvres principes ;
c'est une parcelle de pauvres principes qui pervertissent et qui tuent,
Moi, je vous répondrais par une Vérité qui sauve,
celle de l'Espérance ;
Cette année, Tristan doit me revenir ; et en preux chevalier, il me l'a promis !
Et enfin, regardez-moi, pensez-vous, ma raison affectée ?
Vous parlez des Lois du Seigneur,
Mais, vous-même, vous êtes proche de renoncer à la Volonté Divine !
Vous parlez des Lois du Seigneur,
Mais, que faites-vous de la Gloire du sacrifice de Jésus ?
Quand j'admire la voûte céleste et les étoiles tournoyantes,
Quand j'entends le chant de la mer,
Quand la beauté triomphe dans l'éclosion d'une rose,
Je reconnais les bienfaits du Très Haut
et l'image, la voix et la senteur de Tristan
me reviennent tout de gob
. "




Au début de cette même année toujours, une troupe de pèlerins partit pour Saint-Jacques : je demandais, à tous, de mener une enquête dans les villes, sur les routes et les carrefours, sur le sort de mon Aimé. Ils m'assurèrent de le faire et s'en furent en lançant leur cri de ralliement :

"E ultreïa ! E sus eia ! Deus aïa nos ! " ce qui me regonfla le c?ur.


Encore, au début de cette année-là, une Dame accompagnée de son Conseiller me rendit visite.
Ce dernier me lança :

"Dame, s'il vous plaît, tout ce que fit si volontiers
ce chevalier, avec vaillance
pour sauver les autres de la mort et du désastre,
lui venait de l'amour, car il n'y a pas de courtoisie,
s'il n'y a pas l'amour à l'origine.
Voilà pourquoi sa dame devrait lui être cent fois plus reconnaissante
D'avoir ainsi, par amour pour elle, sauvé
Tant de chevaliers, plutôt que d'être venu la voir
".



La Dame l'interrompit :

"Jamais vous n'avez dit
plus de sottises qu'à propos de ce comportement !
Sachez le, il commit un grand outrage
(puisqu'il se dit au service de l'amour)
de n'avoir pas servi sa dame en premier !
Après, il aurait pu rendre autant de services qu'il voulait,
où il voulait, sans faillir à sa dame...
"



Je leur répondis que peu m'importait et que je voulais retenir qu'une chose :
Tristan devait me revenir ; en preux chevalier, il me l'avait promis.


Et encore, au début de cette année, je priais encore beaucoup le Seigneur Jésus :

"Sois sans crainte Ô Tristan, bel ami.
Avec vous, mon c?ur ne trichera pas
et jamais je ne vous délaisserai pour un autre amant,
même si cent dames m'en priaient.
L'amour qui me tient à vous, d'autorité,
veut que mon c?ur soit pour vous gardé.
Je fais ainsi. Mais si je pouvais soustraire
mon c?ur?un l'a, qui jamais ne l'aurait !
Ainsi j'éprouve une telle colère, un tel désespoir,
de ne pas vous voir, qu'au moment venu de chanter,
je me plains et renifle, parce que je ne peux faire
avec mes couplets ce que mon c?ur voudrait faire !
Je me console avec le goût précieux du nectar et du souvenir,
qui nous ont unis ; et j'attends chaque matin,
avec une belle certitude, sur la grève sauvage et parfumée,
se lever la voile blanche de la délivrance et du recommencement
."




Samuel Thyssen

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