Numéro 6 - Juillet 2001
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Littérature
La Danse Macabre de Villon
par Elisabeth Féghali
Cuisine médiévale
Les Ustensiles et la pratique de la cuisine
par Olivier Smadja
Le Faulx grenon
par Olivier Smadja
Hypocras
par Olivier Smadja
Reportage
La Citadelle de Beaufort au Liban
par Thierry Gigant
La Citadelle de Beaufort au Liban
par Thierry Gigant
Essai libre
Tristan
par Samuel Thyssen
Iseult
par Samuel Thyssen
Actualité DVD
Tolkien le magicien !
par Shimrod
Communiqué de presse
Le 13è Guerrier
par Shimrod
Médiévales de Bouliac 2001
par Communiqué de Presse
Tristan

Essai Libre
 
 
 
... Il y a une clairière magique en Bretagne profonde, non loin de la forêt de Brocéliande où Merlin fut enchanté par la Fée Viviane. Cette clairière était le lieu de réunion des Grands Druides. Au centre de la clairière, trône le plus imposant des dolmens. C'est là, que les druides réalisaient un élixir très particulier à base d'une plante mystérieuse appelée la pen lezen (que les Québécois connaissent d'ailleurs sous le nom d'herbe écartante). On raconte que marcher sur la pen lezen projette l'imprudent dans un Autre Monde. Certains prétendent qu'elle permet de remonter ou de descendre dans le Temps. D'autres sont persuadés qu'elle a la faculté de développer des perceptions fulgurantes.
Imaginez un peu... vous flânez de manière insouciante... vous vous promenez tout bonnement pour prendre l'air et...

J'aurais pu courir au-dessus de la vague, traverser la lande, la futaie de hêtres, tourner vers les rocs et les brisants, virevolter au milieu des genêts et des bruyères chargées d'embruns. Mais, je suis parti...

Et, à présent, que je m'en reviens de par les bois profonds, à traverser les rivières tumultueuses, à descendre les sommets enneigés, sur le retour de Saint Jacques ; et, toujours, résonne à mes oreilles cette danse du fonds des temps, ce rythme des Gwenardelles sauvages, ce refrain que, jadis, nous fredonnions, avec les jeunes du païs. Vous-en souvenez-vous ?



Elle était debout la jeune fille
Dans sa tunique rouge ;
Quand on l'a touchée,
Sa tunique a claqué.
Eia !



Elle était debout la jeune fille
Tout à fait comme une rose :
Son visage brillait
Et sa bouche fleurissait.
Eia !



Elle était debout la jeune fille sous un arbre,
Elle écrivait amour sur une feuille
Et Vénus vers elle s'est approchée ;
Un grand amour
Un haut amour
Un amant lui est donné




Quant à moi, en rage et triste, je m'éloignerai si je ne trouve pas, cet amour de loin. J'ignore quand je le verrai. Nos terres sont trop lointaines. Il y a tant de passes et de chemins et je ne suis pas devin. Enfin, que tout soit comme il lui plaît !

Mais, combien ai-je du m'astreindre à brider cette ire du manque ! Et en gravant ce courrier, à vous dévolu, la tension s'est relâchée, grâce au sentiment que, joyeuse, sera la Saint Jean, et aussi, grâce à l'Inspiration qui m'est venue voici comment . . .

A la vérité, chère et doulce Iseult, l'Inspiration dépend souvent de Compagne Dame Chance. Cette amie m'entremet souvent avec gentils hommes et me gomme de mon atmosphère les fêlons, les potiches et les rustres qui puent l'ail dès la mâtine.

Pour ma part, je fais foi de suivre son noble avis que voilà: "Si on a repos et amusement sans bonne et gracieuse compagnie autant servir poulet sans croupion ou ficelles sans saucisses ! "

Surtout, puissiez-vous prendre cet avis aussi à votre compte en l'heureux avènement de l'Eté ! Et aussi que Compagne Dame Chance veille sur vous toujours !

Or donc, un soir, Dame Chance me fit croiser le chemin d'amis de contrées telles que Provence, Auvergne et Aquitaine.

Ah, par le Corbleu, Iseult, que vous n'ayez vu alors le museau de votre chevalier de c?ur ! Cinq mille litres de grands crus nous torchèrent l'estomac et nos panses s'emplirent de deux tonnes et demie de carne et nous chantions Magnificat sans que vessies fussent lanternes. Je n'ai pu alors, davantage, retenir le rire qui failli m'emporter comme fièvre quarte.

Vous dites, et je vous comprends, très chère et doulce Iseult, ce maraud doit être gâteux de la cervelle car quel rapport métaphysique y a-t-il entre lui, moi, les grands crus et l'Inspiration ? !
Ma réponse restera simplette et débonnaire :
Le racontage de nos épopées n'a pas été que prétextes à beuveries et criailleries. En effet, une poignée d'heureuses occasions nous ont aussi permis le cotoillage de maroufles, grands jaseurs de balivernes et autres chats fourrés d'orateurs.
C'est ici que j'ai ouï un billet, très en vogue, qu'un baladin à trogne céleste, bénie entre toute, a mis en musique. Je ne puis résister de vous le livrer maintenant:



Quand l'herbe pousse drue et la feuille s'étire
et la fleur pointe à la branche
et le rossignol, haut et clair,
lance sa voix et module son chant ...
Joie : lui. Joie : la fleur.
Joie : moi-même. Joie : ma dame par-dessus tout.
De toute part, la joie m'enclôt et me guide,
mais seule est joie, qui toute autre joie anéantît.
J'ai une telle joie au c?ur,
elle me dénature tout.
Fleur blanche, incarnat ou pâle,
me semble froidure.
Avec vent et pluie m'appelle l'aventure,
et s'élève mon chant, et s'accroît mon mérite.
J'ai tant d'amour au c?ur,
de joie et de douceur,
que l'hiver m'est fleur,
la neige, verdure.



Quand je vois l'alouette étirer
de joie ses ailes au soleil,
s'oublier et se laisser choir
le c?ur pâmé de douceur,
Aië... J'envie tellement ceux qui se réjouissent ainsi.
C'est merveille que sur-le-champ
mon c?ur n'en fonde pas de désir.



En joie je commence ce poème,
en joie je le continue et je le finis.
Si l'homme en est la fin,
bon sera le commencement
Du juste commencement me viennent joie, allégresse.
De la juste fin, je rends grâce.
L'acte juste ne se loue qu'une fois mené à sa fin !
Nous devrions parler à sens couvert.
Puisque l'ardeur déclarée ne nous réussit pas,
Que l'ingéniosité nous réussisse !




Et, c'est alors que l'Inspiration est venue ...
Mais, je n'avais hélas comme allié que ce malheureux courrier. Allons, courage courrier ! et, de grâce, épaule moi fidèlement !


Courrier, je veux que tu trouves Amour, qu'avec lui tu ailles devant mon Iseult, pour que mon c?ur puisse lui parler...

Tu vas, courrier, si courtoisement, que même sans être accompagné, tu ne devrais avoir nulle crainte; Mais, pour aller en toute assurance, retrouve Amour tout d'abord: te présenter sans lui est peut-être hasardeux, puisque celle qui doit t'entendre est, peut-être, irritée contre moi. Si d'Amour tu n'étais escorté, quelques affronts pourraient t'attendre.

Avec d'agréables sons, et en sa compagnie, commence par ces paroles, après avoir imploré pitié: "Iseult, celui qui vers vous m'envoie, et si cela vous plaît, désire que s'il a quelque excuse vous la teniez de moi. Voici Amour qui, par votre beauté, transforme comme il veut son visage.

Dis-lui: "Iseult, son c?ur a toujours été si constant en sa fidélité, que de vous servir, il n'a d'autre pensée: il fut vôtre très tôt, jamais il n'a failli. "

Si elle ne te croit pas, dis qu'elle demande à Amour si c'est la vérité, et pour finir, prie-la bien humblement :

Si la retraite trop lui pèse, au-delà de la crainte, que par message, elle ordonne que les portes de l'Océan et de son c?ur s'ouvrent à moi, de nouveau.

Mais avant qu'il quitte Iseult dis à Amour: "Grâce à mes sincères accents demeure encore un peu avec elle, et si, sur ta prière, elle lui pardonne, fais qu'un riant visage lui donne la paix. Et alors seulement, embrasse-la tendrement."

Mon gentil courrier va-t-en quand tu voudras, au meilleur temps, pour que le bonheur t'en revienne.

Ce jour du bon mois de mai de cet an de grâce et d'espérance...
 
 
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