Numéro 9 - Mai 2004
Editorial
Editorial
par Elisabeth Féghali
Le Mouvement Néo-Médiéval
Naissance du Mouvement - Première partie
par Elisabeth Féghali
Les écrivains du XIXè siècle
par Elisabeth Féghali
Critique de Roman historique
Rougemuraille
par Elisabeth Féghali
Arthur de Kevin Crossley-Holland
par François-Xavier Féghali
Actualité DVD
Le Roman de Renard
par Elisabeth Féghali
Merlin de Steve Barron
par Shimrod
Le Moyen Age du DVD
par Shimrod
Rencontre avec le Dragon
par Elisabeth Féghali
Secrets & légendes du Pays Cathares
par Elisabeth Féghali
Jeux & divertissements
Les Figurines et Bâtiments PAPO
par Elisabeth Féghali
Critique de Roman historique
Baudolino d'Umberto Eco
par Shimrod
Rencontre avec le Dragon

http://www.citadelle.org/mediatheque/Neomedieval/DVD/Rencontre_Dragon.jpg

Un film de Hélène Angel

 

Avec
Daniel Auteuil (Guillaume de Montauban, dit Dragon Rouge)
Nicolas Nollet (Félix de Sisteron)
Sergi López (Raoul de Ventadour)
Emmanuelle Devos (Gisela von Bingen)
Titoff (Hugues de Pertuys)
Gilbert Melki (Nicholas Mespoulède)
Maurice Garrel (Duc de Belzince)
Claude Perron (Isabelle de Ventadour)
Frédéric Proust (Baron Léon de Courtenay)
Jean-François Gallotte (Pape Innocent III)
Bernard Blancan (le sergent de Guillaume)
Arno Feffer (Gace Brûlé)


Sorti en salle le 6 août 2003, le second long métrage de la réalisatrice Hélène Angel est paru en DVD le 8 avril 2004. Si le film n'a pas convaincu un large public lors de sa sortie en août dernier (les sorties estivales sont, il faut bien l'avouer, à double tranchant avec l'assaut des blockbusters américains comme l'affligeant Terminator 3 de l'époque qui avait alors bénéficié d'une promotion d'envergure), gageons que cette sortie en DVD rétablira ce malentendu, au moins sur certains aspects !


I - Un Film assez déroutant

a) Fiction médiévale à la lumière des bonus inclus dans le DVD ?

http://www.citadelle.org/mediatheque/Neomedieval/DVD/Rencontre_Dragon_image_film_4_supbig.jpgSe lancer dans une telle aventure en France tient de la prouesse, il faut l'avouer.
Nous sommes dans le sud de la France à la veille de la deuxième croisade. L'inspiration médiévale est évidente, même si la réalisatrice se défend d'avoir voulu faire une reconstitution historique (ses détracteurs y verront d'ailleurs un laisser passer à toutes sortes d'anachronismes) :

"Le Moyen Age évoque pour moi, immédiatement, la quête chevaleresque. Au fond, c'est une quête existentielle intemporelle, une fois tout le décorum ôté. Idéal d'une vie, épreuves...rien n'a changé pour nous. Puis le Moyen Age c'est aussi les armures : raccourci saisissant, anti-psychologique de la condition des hommes. A la fois impressionnants et contraints, fragiles. Le métal protège mais aussi mutile les chairs. On est dans le cinéma pur, l'image suffit."


Un Moyen Age avec des chevaliers, des combats en armures, un parchemin orné d'enluminures, l'intrusion du merveilleux (proche du fantastique) avec l'évocation de thèmes comme :
- l'immortalité,
- la métamorphose de Raoul (Sergi López) en sanglier les soirs de pleine lune,
- les apparitions (le fantôme d'Isabelle de Ventadour)...
Un Moyen Age qui se révèle avec les noms donnés aux protagonistes (Ventadour, Bingen, Pertuys...). Tout y est !

L'idée de départ est alléchante, Guillaume de Montauban (Daniel Auteuil), alias Dragon Rouge, est un guerrier légendaire car considéré comme immortel. Félix (Nicolas Nollet), un jeune gars de 15 ans, à l'image du nice Perceval de Chrétien de Troyes, vit dans l'espoir de rencontrer et servir son héros, "l'homme dont la mort ne veut pas". Leurs chemins se croisent, le jeune bâtard accompagne alors le vieux solitaire parti à la recherche du poète Hugues de Pertuys (Titoff) qu'il doit livrer au Pape Innocent III (Jean-François Gallotte). Ce voyage se révèlera être une quête initiatique.

Mais c'est d'un Moyen Age intemporel dont il s'agit, voilà qui pourra faire réagir les puristes. Et pourtant, si le spectateur attend d'un cinéaste qu'il lui donne à voir sa vision des choses, il sera servi, les autres tristement déçus. Car dans ce domaine-là, Hélène Angel excelle parce que d'une part, elle avoue ne s'être volontairement rien interdit pour ne pas tomber dans ce qu'elle considère comme des "médiévaleries", et d'autre part, comme nous le rapporte Catherine Rigault, sa créatrice des costumes :

"Hélène voulait un Moyen Age imaginaire, elle ne voulait pas quelque chose de réaliste, elle voulait qu'on s'inspire du XI et XIIè siècle, donc du haut Moyen Age. Mais qu'on soit dans la créativité et quelque chose de nouveau qu'on n'ait jamais vu, quoi ! Et donc, je me suis inspiré beaucoup du Moyen Age de l'Asie, de l'Inde, aussi du Moyen Age européen et à travers ça forcément sont intervenues aussi des sources africaines, toutes les sources orientales. A la base, ça vient de là !"

Voilà ce qui a déstabilisé le public. On le comprend aisément car les sources sont un peu floues, ne serait-ce que l'allusion à la période du haut Moyen Age !

b) Trop de références pour trop de réalisme.

- Les costumes -
http://www.citadelle.org/mediatheque/Neomedieval/DVD/Rencontre_Dragon_image_film_2_supbig.jpgPeu de décors, puisque le tournage s'est essentiellement effectué en extérieurs : Savoie, Vercors, Alpes de haute Provence, Ardèche, Camargue. L'image est magnifique. Tout repose donc sur les costumes. Mais trop stylisés, ils nous échappent. On frise même le ridicule vers la fin du film dans une scène magistrale qui montre un Pape Innocent III, hésitant, perché sur ses hauts talons, flanqué de surcroît d'un chevalier (le baron Léon de Courtenay) à la jupe métallique (digne d'un défilé "Jean-Paul Gaultier").
Là aussi les commentaires de la réalisatrice nous renseignent sur ses choix stylistiques :

"L'époque était donnée par les costumes puisque la nature était vierge, -et surtout devait être vierge de tous clichés médiévaux type brume celtique. Comme je viens du sud, j'y suis vite revenue : d'où cette nature rocailleuse, minérale. C'était une expérience assez stimulante, parce que la nature c'est pire que la page blanche. Au sommet d'une montagne grandiose ou dans l'immensité de la plage, où poser la caméra? Il n'y a rien pour s'appuyer, délimiter le cadre. Tout le travail, avec Benoît Delhomme le chef opérateur et Thierry François le chef décorateur, était très graphique. On partait de la verticale des montagnes pour arriver à l'horizontale de la mer."

Les costumes sont certes très originaux. Daniel Auteuil, en guerrier samouraï, semble tout droit sorti du Ran de Kurosawa. La scène au couvent sainte Claire est splendide. L'habit des nonnes est à l'image du décor naturel : blanc sur noir, comme neige sur rocaille. A la scène du début, une des rares tournée en studio, volontairement théâtrale, s'oppose tout le reste du film. Le fond rouge embrasé rappelle Excalibur de John Boorman, référence presque obligée puisqu'on évoque une légende du fin fond des âges.

La scène finale, aussi magistrale soit-elle, est déroutante voire effrayante avec ses longs et sinistres cortèges qui ne semblent figurer dans le film que pour leur aspect esthétique. Ils n'ont aucune autre fonction. La réalisatrice avoue s'être fait plaisir en "piochant" un peu partout dans la représentation iconographique de l'époque des allusions au Moyen Age tant occidental qu'oriental.

Nous sommes en partance pour une croisade et le Pape a déjà perdu toute crédibilité !

Mais malgré cette beauté visuelle indéniable, il manque une unité de ton. Hélène Angel s'éparpille. A force de trop combattre les "médiévaleries",  elle perd de vue l'idée de départ : la quête chevaleresque. L'image ne suffit alors plus et l'on espère beaucoup des personnages.

- Les personnages -
Certains personnages secondaires font un peu grincer des dents, peut-être parce qu'on les attend justement au tournant. La violence des combats prime souvent sur les dialogues, c'est un fait. Ces dialogues, on aurait justement souhaité qu'ils soient plus soignés (avec des accents parfois moins actuels). La première réplique de Titoff par exemple :

- "Guillaume, mon vieux, tue-le, je supporte plus son humour."

Les commentaires de la réalisatrice nous révèleront à ce sujet une anecdote. Aussi amusante soit-elle, elle achève de rompre la magie du film historique. Dommage !

Par contre et fort heureusement, le fantôme d'Isabelle de Ventadour (Claude Perron) n'est pas sans rappeler le rôle tenu par Miranda Richardson dans Merlin. Et tout dans ce personnage comme dans celui du comte de Belzince (Maurice Garrel), père de Dragon, font merveilles.

- La musique -
Les amateurs de musique médiévale seront déçus. Là non plus aucune évocation, aucun lien avec la période évoquée.

 

II - L'histoire


L'apprentissage de la vie

http://www.citadelle.org/mediatheque/Neomedieval/DVD/Rencontre_Dragon_image_film_1_supbig.jpgL'histoire est celle d'un apprentissage : celui de la vie. Où l'on doit apprendre à assumer ses choix, et supporter doutes et démons qui en découlent. Dragon le solitaire, l'égoïste, les combat chaque nuit sans répit. Cette légende vivante va très vite révéler ses multiples failles. Le mythe s'effondre brutalement lors de la première rencontre entre Guillaume et Félix :

- " Tu es qui ?... Fils de qui, abruti ?... Occupe-toi donc des morts ! "

La réalité est telle qu'il ne faut plus se fier à ce que l'on croit car "les livres mentent. La réalité n'est pas belle." Chaque personnage est ainsi double :

- Raoul (Sergi López), le pauvre d'esprit amnésique se transforme en sanglier les nuits de pleine lune.
- La mère supérieure Gisela Von Bingen (Emmanuelle Devos), fuit sur sa mule le couvent, et sa vie de silence pour rejoindre l'homme qu'elle aime et lui offrir le fruit de leur amour.
- L'impitoyable Nicholas Mespoulède (Gilbert Melki) ivre de violence n'a pas encore totalement quitté le monde de l'enfance lorsqu'il "chippe" à Félix son livre contant les légendes de son ennemi juré, Dragon.
- C'est enfin ce bâtard, "fils de rien", qui prendra en assurance et trouvera la force et le courage de s'opposer à celui qu'il idolâtre en défendant les faibles et les opprimés, notamment Raoul. Il se révèlera bien vite digne de certaines qualités qui font un chevalier.


C'est donc dans l'enfance que s'acquièrent les valeurs qui font "l'homme". Il n'y a donc pas de place pour la pureté et l'innocence ? Voyez d'ailleurs comment Dragon arrachera involontairement (?) à la vie son fidèle écuyer.

Mais fallait-il pour le démontrer s'essayer au genre, oserait-on dire, historique ? Car même à force d'éviter soigneusement "médiévaleries" et "tous clichés médiévaux", le film qui a perdu toute crédibilité même stylistique, reste confiné voire prisonnier de ce genre très marqué du film historique.

 

III - L'édition DVD


L'éditeur nous propose, selon ses termes, une "édition chevaleresque", dont on apprécie le jeux de mots ! Mais il est vrai que rares sont de nos jours les éditions riches en bonus. Ne nous plaignons donc pas !

Double version française dolby digital 5.1 et 2.0. Un format cinéma respecté. La photographie superbe est admirablement rendue. La version dolby 5.1 est très présente mais elle a tendance à masquer parfois les dialogues. Il y a beaucoup de bruitages, car en raison des bruits "ambiants" en extérieur, il a fallu tout réenregistrer lors de la post synchro.

Et des bonus...

Le commentaire de la réalisatrice, accompagnée par Emmanuelle Devos et Jean-Claude Janer (co-scénariste), un making of inédit de 45' et des film-annonce cinéma et autres bandes-annonces.


Voilà de quoi réjouir le cinéphile averti ! Et comme je le disais plus haut, il faut se réjouir d'un tel contenu. On regrettera toutefois l'absence d'un sous-titrage pour les malentendants. On aurait également voulu savoir qui avait réalisé les enluminures du manuscrit. Je pense à Thierry Mesnig, enlumineur, qui a réalisé de nombreux accessoires pour le cinéma et notamment pour les films "Le frère du Guerrier" et "Un long dimanche de fiançailles".

 

Si le film martyrise les codes du genre historique ce qui déstabilise le spectateur, ce dernier pourra trouver une réponse aux questions qu'il se pose en visionnant les bonus. Le commentaire de la réalisatrice, un peu intimidée au départ, devient plus sérieux et par là attire l'attention des plus déçus. On comprend dès lors ses motivations et l'on envisage alors le film sous un autre angle ce qui n'est pas pour nous déplaire : d'où, on ne le répètera jamais assez, la grande utilité de faire figurer de nombreux bonus, une façon intelligente d'exploiter le support numérique.


Elisabeth Féghali

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