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Ambassade de Raoul de Brienne Conte d'Eu et de Guines, conétable de France, en Angleterre (1330)
Extrait du Bulletin historique et philologique, 1896.

M. Pagart d'Hermansart Diplomatie - Etude & Texte critique

XIVe siècle


      Nous avons trouvé sur le premier registre au renouvellement de la Loy, aux archives municipales de Saint-Omer, la copie d'une lettre par laquelle Raoul, comte d'Eu, connétable de France, chargé par le roi Philippe VI d'une mission en Angleterre et retenu par les vents contraires dans le port de Wissant, sollicite de l'échevinage un emprunt de 400 livres parisis. 

      Cette pièce n'est datée que du 30 octobre, sans indication de l'année, mais elle figure sur le registre A après divers actes de 1327 et de 1328(1). De plus, comme Raoul de Brienne y prend la qualité de connétable, et qu'il ne fut élevé à cette dignité qu'en 1330, sa lettre ne peut être antérieure au 30 octobre de cette année. 

      Le texte ne précise pas quel est l'objet de la mission du comte d'Eu, qui se dit envoyé " pour chertaignes besoingnes ", et qui, pour expliquer sa demande aux échevins, ajoute : " En si brief temps comme nous avons lieu de partir nous ne povons mie avoir esté si bien pourveu comme nous vausissons. " Toutefois nous pensons que ce voyage se rattache aux négociations relatives à l'hommage lige que le roi d'Angleterre, Édouard III, devait rendre à Philippe VI pour le duché de Guienne. 

      Le 6 juin 1329, l'hommage simple avait été rendu à Amiens(2), mais le roi de France l'avait déclaré insuffisant. Des négociations s'étaient alors engagées entre les deux princes, et Édouard III les avait fait traîner en longueur plus d'une année. Il est probable que, vers la fin d'octobre 1330, Philippe impatienté envoya tout à coup en Angleterre le connétable de France avec mission d'en finir. Édouard III, pressé par le nouvel ambassadeur, se décida le 7 novembre suivant à nommer deux procureurs qui devaient comparaître devant le roi de France et traiter de l'hommage. Il en désigna un troisième le 3 décembre, puis le 16 janvier 1331 (n. s.) cinq envoyés spéciaux. Le traité fut enfin dressé à Paris le 9 mars ; le 3o, Édouard le ratifia en déclarant que l'hommage qu'il avait rendu devait être déclaré lige, et qu'à l'avenir lui et ses successeurs le rendraient en cette forme. Philippe VI, à son tour, ratifia le traité le 13 avril(3)

      Quelques mois plus tard, le roi d'Angleterre récompensa ceux qui avaient rempli la mission dont les avait chargés le roi de France : le 3 décembre 1331, des dons en argenterie furent faits en Angleterre aux chevaliers qui avaient accompagné le comte d'Eu " et quibusdam militibus nuper ad nos in Anglia cum nobili viro comite de Eu venientibus ". D'autres présents furent encore donnés le 2 juillet 1333 par le même prince " pro comite de Eu et nunciis Franciæ(4) ". Et il nous paraît que ces dons faits en 1333 se rapportent, comme ceux offerts en 1331, à la même ambassade de 1330, car, si en 1333 les hostilités entre les Écossais et Édouard III furent suspendues par l'arrivée d'ambassadeurs français envoyés pour faire un accommodement entre l'Écosse et l'Angleterre, le comte d'Eu ne figure pas parmi ces derniers. Le connétable paraît, en outre, avoir fait un assez long séjour en Angleterre et s'y être occupé de ses affaires personnelles et de la gestion des biens qu'il y possédait du chef de sa femme. Il avait obtenu du roi, le 8 juin 1331, des lettres de protection pour un an dans Wigton, et Stiffkey (Norfolk) et le 27 novembre il avait reçu divers pouvoirs pour son absence d'Angleterre(5). Il pouvait y être de retour en 1333. Et dès lors le payement fait en cette année serait bien le complément de celui effectué à la fin de 1331. 

      Il nous parait donc établi que le comte d'Eu fut chargé d'une mission en Angleterre, mission qui aboutit au traité du 9 mars 1331, successivement ratifié par les deux souverains de Grande-Bretagne et de France. 

      Quant à la somme de 400 livres demandée aux échevins de Saint-Omer en 1330(6), il est probable qu'elle fut payée ; sans cela l'échevinage n'aurait pas fait transcrire la lettre du connétable sur son registre comme un titre de créance. Fut-elle remboursée par le comte d'Eu ou par le roi lui-même ? C'est ce que nous ne pouvons préciser, la série des comptes communaux réguliers ne commençant qu'en 1413-1414.


Raoul compte d'Eu, connétable de France, envoyé en Angleterre par le roi de France et retenu dans le port de Wissant par les vents contraires, demande à emprunter 400 livres parisis aux échevins de Saint-Omer.

31 octobre s. d. (1330)


      Raoul, conte de Eu, connestable de France, à nos très chiers et boins amis les Maieur et Eschevins de la ville de Saint-Omer, salut a dilection. Très chier ami, le Roy nostre sire nous envoie présentement en Engleterre pour chertaines besoingnes que il nous commise, et en si brief temps comme nous avons lieu de partir nous ne povons mie avoir esté si bien pourveu comme nous vausissons et encore nous est venu le vent contraire, si que nous n'avons peu bonement passer et nous convient atendre notre passage à Wicent(7). Et pour che, très chier ami, nous qui avons de finance et amour et qui vaudions (sic) tous jours entre appareillié d'aidier de tout notre pooir aus besoingnes de vous et de le boine ville, vous prions tant chèrement et à certes come plus poons que vous nous voeillies aidier et secoure de IIIe lib. paris. en prest, et nous les vous ferons rendre et faire tel about que y vous souffira, on conté de Eu ou ou conté de Guisnes. Très chier ami, combien que nous ne feissions onques riens pour vous, toutefois ausi fiablement comme nous vous requerons voudrions nous que vous nous requeisissiez en tous cas où nous vous poivrions (sic) aidier et valoir, et très chier ami, nous envoions par-devers vous pour ceste cause Monsieur Mahi de Cayeu, nostre chevalier, et Robert de Hammes, nostre vallet, et les voelliez croire de ce que ils vous diront de par nous.
      Nostre sire vous gart.
      Escript à Wicent, le derein jour doctobre.



[Registre au renouvt de la loy A, fo LVI-Ve, aux Arch. municip. de Saint -Omer. ]


IMPRIMERIE NATIONALE. - Novembre 1896.


Notes

(1) Cependant la place occupée par cette lettre sur le registre A ne suffirait pas pour établir sa date, si celle-ci ne nous paraissait résulter d'autres circonstances. En effet, les premiers registres au renouvellement de la Loy servaient aussi à inscrire beaucoup d'autres actes que les procès-verbaux des élections, et ils étaient assez mal tenus : on utilisait souvent les blancs existant entre divers actes pour intercaler des pièces qui, par suite, ne se trouvent pas à leur ordre chronologique. C'est ainsi que le registre A, coté comme contenant des titres de 1324 à 1330, en relate qui sont datés de 1333 : au folio LV recto, on lit un acte de 1333 ; au verso, des actes de 1330 ; au folio LVI recto, on trouve des titres de 1327 et 1328, et c'est au verso que figure la lettre du connétable ; puis au folio suivant, LVII recto, vient une plégerie de 1325.

(2) Une députation avait été envoyée par Philippe VI en Angleterre pour réclamer cet hommage. Froissart nous a conservé les noms des quatre ambassadeurs qui partirent également du port de Wissant ; le comte d'Eu n'y figure pas.

(3) Rymer, Faedera, t. II-III.

(4) Loc. cit., p. 21.

(5) Ces renseignements nous sont fournis par un savant anglais, M. Horace Round, membre de la Pipe Roll Society, qui a bien voulu nous expliquer l'origine de ces biens. Jeanne de Merlaw (Merlo, Mello), femme du connétable, était l'aînée des deux filles et héritière de Dreux de Merlaw, lui-même héritier de Geoffroy de Lusignan à qui Henri III les avait donnés. - D'après Rymer, t. II-III, p. 73, le comte d'Eu possédait aussi des terres en Irlande. - Voir encore Rymer, p. 148, année 1336.

(6) L'échevinage le 6 janvier 1329, et par conséquent en exercice en octobre 1330, était ainsi composé :
      Bauduin de le Deverne, mayeurs
      Gille de Sainte-Audegonde, mayeur
      Elnard Delne ; 
      Williame de Bourbourgh ; 
      Jehan Lescot ; Jake Bollart ; 
      Jehan Alem ; 
      Pierre de Hallines ; 
      Jehan Bonenfant ; 
      Gerare de Culem ; 
      Jehan de Wissoc ; 
      Jake le Rovere.

(7) Wissant (Pas-de-Calais), canton de Marquise, était au moyen âge le port le plus fréquenté pour passer en Angleterre.

 

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