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Lettre Inédite d'Innocent III de l'An 1206

Innocent III - Pape Religion - Etude & Texte critique

XIIIe siècle


      Il serait superflu de rappeler à nos lecteurs la valeur historique des lettres apostoliques, et l'importance exceptionnelle des lettres d'Innocent III. Un récent et intéressant mémoire de M. Rocquain(1) a de nouveau signalé les vrais trésors que renferment ces documents pour l'histoire générale de l'Eglise et du monde chrétien au moyen âge.

      La correspondance et les actes de l'administration d'Innocent III, comme la correspondance et les actes des autres papes, nous sont arrivés par deux sources principales : par les archives même du Vatican, où sont conservés les registres dans lesquels ont été transcrites une grande partie des lettres apostoliques, et par les archives ou autres voies étrangères. Les sources extérieures peuvent fournir des lettres apostoliques de deux sortes : 1° les lettres manquant aujourd'hui à la série malheureusement incomplète des registres du Vatican et dont on peut avoir une idée par les vieux index des rubriques, et 2° les lettres que l'on peut supposer ou que l'on peut affirmer n'avoir jamais été enregistrées. Beaucoup de pièces émanées du Saint-Siège étaient remises ou expédiées aux destinataires sans que la chancellerie romaine en gardât copie devers elle. Ces faits sont rappelés et établis dans la savante étude publiée par ce recueil en 1868 et présente assurément au souvenir de tous nos lecteurs.

      M. Delisle, d'après des copies provenant des registres du Vatican, a pu ajouter aux anciennes lettres d'Innocent III connues déjà le texte de 21 des lettres transcrites dans les livres V, VI, VIII et IX(2). M. l'abbé Chauffier(3) avait retrouvé dans les archives du chapitre de Vannes et avait déjà publié une lettre du 12 mai 1200, 3e année du pontificat d'Innocent III, qui ne parait pas avoir été enregistrée à Rome, ce que l'on ne peut toutefois assurer, le Vatican ne possédant plus qu'une partie du livre III des actes du pape répondant à la 3e année de son règne. Cette pièce touche cependant à des faits très graves, puisqu'elle parait se rattacher à la question de la subordination des évêchés Bretons à la métropole de Tours et qu'elle explique la manière dont l'interdit lancé sur la province de Bretagne devait être exécuté.

      Le cartulaire de Sainte-Sophie de Nicosie renferme trois lettres d'Innocent III, sous les nos 9, 10 et 14. La première, donnée à Anagni le 1er février 1202 (n. s.) 4e année du pontificat, est une grande bulle confirmant et reproduisant presque littéralement, sauf les souscriptions, une bulle déjà connue de Célestin III, de l'an 1196, concernant l'église de Nicosie(4). La seconde, adressée au roi de Chypre, de Latran le 13 janvier 1213, a été publiée par Baluze(5). La troisième est inédite.

      Elle n'a pas l'intérêt historique de celle qu'a découverte M. l'abbé Chauffer, et bien qu'elle ne puisse servir à compléter la série des lettres transcrites dans les registres du Vatican, car le VIIIe livre, dans lequel elle rentrerait chronologiquement, parait être intact, nous croyons devoir la faire connaître en entier. Rien ne doit être négligé, en effet, de ce qui peut contribuer à compléter le monument des actes d'un si grand pontificat.

vLa lettre adressée le 28 janvier 1206 au chapitre de Nicosie, place sous la protection apostolique les personnes mêmes des chanoines et tous leurs biens, particulièrement deux propriétés récemment données au chapitre. La première était une maison de Nicosie autrefois propriété de Guillaume de Gaurelles (Guillermi de Caurellis) et restaurée par l'archevêque décédé, Alain. La seconde était un petit domaine de la nature de ceux qu'on appelait en Orient des prastia et qui comprenaient un jardin, un verger, et souvent quelques terres à exploiter, avec des constructions. La propriété était désignée sous le nom de Pallorum, ou Prastia Pallorum. Comme la première, elle se trouvait comprise dans la ville de Nicosie, encore non entourée des remparts qu'élevèrent Pierre Ier et son fils et bien plus étendue que la ville actuelle fortifiée par les Vénitiens au détriment de l' ancienne. La Nicosie des Lusignan, conservée jusqu'en 1567, s'avançait au Sud jusqu'aux hauteurs d'Haïa Paraskévi ; au Nord elle atteignait les hameaux de Kioneli et de Palourghioitissa.

      Je suis porté à croire que le vrai nom du propriétaire de la maison restaurée par l'archevêque Alain, écrit dans la charte Guillermus de Caurellis, est Gaurelles ou Gaurèles. Caurelles est absolument inconnu en Chypre au moyen-âge. Gaurelles ou Gaurèle au contraire est le nom d'une famille française, établie dans l'île dès les premiers temps, et mentionnée dans les monuments jusqu'au-delà du XIVe siècle. Son nom a été écrit diversement Gaurele, Guarele, Gaurel, Gaurelle, Gaverelles.

      Je crois la forme Gaurelée(6) mauvaise, et je considère Caurellis comme le produit d'une prononciation défectueuse.

      Massé de Gaurele était un chevalier poitevin, parent, dit-on, de Guy Lusignan, qu'il suivit en Orient. Il fut des premiers amis ou des associés du roi dépossédé de la couronne de Jérusalem qui vinrent se fixer avec lui en Chypre. Il y fit belle fortune. Comme il avait épousé une femme d'Antioche, son fils Adam prit le nom d'Adam d'Antioche(7) et devint ainsi la souche de l'une de ces familles d'Antioche, illustres aussi au moyen âge, mais différentes de celles des Boémond. Adam d'Antioche devint maréchal de Chypre sous les premiers successeurs de Guy de Lusignan ; mais le premier nom patronymique de Gaurelles, porté par d'autres branches, resta en Chypre et figura toujours parmi les chevaliers de la haute cour. On le volt souvent mentionné dans les Lignages d'Outremer, alliés surtout aux Mimars, aux Giblet et aux seigneurs de Morpho, comtes d'Edesse(8).

      Jacques de Gaurelles fut un des meurtriers de Pierrre Ier. Léonce Machera écrit le nom de ce chevalier δ σίρ Τξάχες τέ Ταβριάλε(9) ; et Strambaldi et Fiorio Bustron conservent cette même forme : ser Zaco de Gabriel, messer Giacomo de Gabriela(10); Amadi(11) écrit messer Zaco de Gaurialle et Guillaume de Machaut arrive au véritable nom, que ses manuscrits écrivent Gaverelles, mais aussi Gaurelles(12).

      Au nombre des chevaliers chypriotes témoins du traité de Gênes de 1383 figure un Gaurelle, dominus Guilielmus de Gaurellia(13). Mais c'est assez nous occuper de cette famille.

      Comme la plupart des actes transcrits dans le cartulaire de Sainte-Sophie, la lettre d'Innocent III est précédée d'une rubrique analytique et suivie d'une description du sceau qui l'authentiquait. Nous imprimons ici ces mentions en italique. Elles sont l'?uvre des notaires de la chancellerie de l'archevêque de Nicosie Jean II, qui fit exécuter en 1322, dans la grande chambre de la demeure archiépiscopale, en présence de commissaires et de témoins attitrés, le premier cartulaire de Sainte-Sophie continué par ses successeurs.

      La pièce fut donnée à saint Pierre, le 5 des calendes de février, 8e année du pontificat, date répondant au 28 janvier 1206. Elle prendrait donc dans la table de M. Potthast le n° 2671 bis.

1206, 28 janvier. Rome.

Receptio sub protectione sedis Apostolice capituli
Nicosiensis et quorumdam bonorum(14).

      Innocentius, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis capitulo Nicosiensi, salutem et apostolicam benedictionem. Solet annuere selles apostolica piis votis, et honestis [desideriis] petentium favorem benevolum impertiri(15). Ea propter, dilecti in domino filii, vestris justis postulationibus grato concurrentes assensu, personas vestras, cum omnibus bonis que inpresentiarum rationabiliter possidetis aut in futurum justis modis, prestante domino, poteritis adipisci, sub beati Petri et nostra protectione suscipimus, et presentis scripti patrocinio comunimus ; specialiter autem domum que fuit quondam Guillermi de Caurellis, cum pertinentiis suis, que cum olim fuisset diruta, bone memorie, archiepiscopus vester ipsam proponitur(16) restaurasse ; jardinum quoque in Nicosia prastia que vocatur Pallorum, cum suis pertinentiis universis, que vobis et ecclesie vestre, illustris recordationis, Aymericus, rex Cypri, dicitur in elemosinam concessisse, sicut ea juste et pacifice possidetis vobis ac eidem ecclesie auctoritate apostolica confirmamus. Nulli ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostre protectionis(17) infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attemptare presumpserit, indignationem omnipotentis Dei, beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus, se noverit incursurum.

      Datum Rome, apud Sanctum Petrum, quinto kalendas Februarii, pontificatus nostri anno octavo.

      Cui privilegio erat vera bulla plumbea pendens cum filo serico, scilicet glauco et rubeo, in qua scriptum erat a parte una : INNOCENTIUS PAPA III. ab alia vero parte erant sculpta duo capita, et desuper erat scriptum : SANCTUS PAULUS, SANCTUS PETRUS.


L. DE MAS LATRIE.

(Extrait de la Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXVI.)
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. GOUVERNEUR.

 


 

Notes

1. Journal des Savants, juillet-août-septembre 1873.

2. Biblioth. de l'Ecole des chartes, 1873, p. 397.

3. Biblioth. de l'Ec., 1872, p. 595.

4. Nous avons publié la bulle de Célestin III, Hist. de Chypre, t. III, p. 601. Voici les parties de la bulle d'Innocent III confirmant la précédente et qui en diffèrent.
      Innocentius, episcopus, servus servorum Dei, venerabili fratri Alano, Nicosiensi archiepiscopo, ejusque successoribus canonice substituendis, in perpetuum.
      In eminenti, etc. Ea propter, etc. clementer annuimus, et felicis recordationis Celestini, pape, predecessoris nostri, vestigiis inherentes, prefactam Nicosiensem ecclesiam, etc.
      Ego, Innocentius, catholice ecclesie episcopus, subscripsi.
      Ego, Octavianus, Hostiensis et Velletrensis episcopus, subscripsi.
      Ego, Johannes, Albanensis episcopus, subscripsi.
      Ego Petrus, tituli Sancte Cecilie presbiter cardinalis, subscripsi.
      Ego Jordanus, Sancte Pudentiane, tituli Pastoris, p. c. s.
      Ego Guido, presbiter cardinalis Sancte Marie Transtioerim, s.
      Ego Hugo, p. c. Sancti Martini, tituli Equitii, s.
      Ego Cinthius, tituli Sancti Laurentii in Lucina p. c. s.
      Ego Petrus, tituli Sancti Marcelli p. c. s.
      Ego Johannes, tituli Sancte Prisce p. c. s.
      Ego Benedictus, tituli Sancte Susanne, p. c. s.
      Ego Gratianus, Sanctorum Cosme et Damiani diaconus cardinalis, s.
      Ego Gerardus, Sancti Adriani d. c. s.
      Ego Gregorius, Sancti Georgii ad Velum aureum d. c. s.
      Ego Hugo, Sancti Eustacii d. c. s.
      Ego Leo, Sancte Lucie ad Septa solis d. c. s.
      Ego Matheus, Sancti Theodori d. c. s.
      Ego Johannes, Sancte Marie in Cosmedin d. c. s.
      Data Anagnie, per manum Blasii, Sancte Romane ecclesie subdiaconi et notarii, Kal. Febr. indictione quinta, incarnationis Dominice anno M. CC. I, pontificatus vero domini innocentii, pape III, anno quarto.

5. Inn. Epist., t. II, p. 705. Cf Migne, Patrol. Innoc. III, t. III, col. 733.

6. Les Familles d'Outremer de Du Cange, publ. par M. G. Rey, p. 617.

7. Lignages d'Outremer, ch. 41. Assises de Jérus. t. II, p. 743.

8. Assises, t. II, 471-473.

9. Sathas, Biblioth. graeca, t. II, p. 192.

10. Ms. de Rome, fol. 34, not. Hist. de Chypre, t. II, p. 341.

11. Ms. fol. 255.

12. Bibl. nat. suppl. franç. 9221 Mss. ancien fonds français 7609. Aujourd'hui 1584. Voy. Hist. de Chypre, t. II, p. 336. Le prénom du sire de Gaurelles, complice de l'assassinat de Pierre Ier, me paraît un peu incertain. Machera, Strambaldi, Amadi et Bustron l'appellent d'abord Jacques. Mais plus loin, quand ils rappellent la vengeance d'Éléonore d'Aragon qui fit tuer plusieurs des coupables par les Génois à Famagouste, ils le nomment Jean. Je crois donc qu'il y a erreur dans les Assises de Jérusalem sur le nom de l'un des commissaires nommés par la haute cour après la mort de Pierre Ier (t. I, p. 6). Sire Johan de Saurel est tout à fait inconnu. C'est vraisemblablement Johan de Gaurel qu'il faut lire.

13. Sperone, Real grand. di Genova, p. 136.

14. Cartul. de Ste-Sophie de Nicosie, n° 14. Bibl. nat. Mss. latins, n° 10189, copie du ms. de Venise.

15. Au ms. benedictionem impartiri.

16. Sic.

17. Au ms. : porrectionis, et en marge consessionis.

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